JosÈPHE, ibid
rindépendance nationale; un grand nombre d'entre eux se rallièrent au parti de la révolution.
L'Orient était d'ailleurs frémissant. On sentait, dans tout l'Empire, que se disputaient déjà les ambitions des chefs militaires, les sourds tressaillements des populations. Des hommes sérieux, en observant les symptômes de dissolution qui se laissaient entrevoir, pouvaient penser qu'un grand soulèvement oriental, dont la Judée serait l'âme, n'était pas une entreprise sans espoir. La mort de Néron devait bientôt donner une grande consistance à cette prévision. La Gaule et l'Allemagne allaient se révolter en même temps. On pouvait prévoir que les compétitions de pouvoir entre les généraux entraîneraient de nouveau les armées romaines dans les fureurs de la guerre civile et les détourneraient des questions extérieures. Josèphe déclare que cette situation menaçante, ces dissensions intestines furent le plus vif stimulant de l'insurrection de Judée. La jeunesse juive embrassa avec ardeur le parti de la guerre. Elle excita môme un mouvement redoutable dans tout l'Orient, en liant à sa cause les nombreuses populations juives qui habitaient au delà de l'Euphrate K
Le même historien ajoute que les peuples voisins crurent non- seulement aune guerre d'indépendance, mais encore à une guerre de conquêtes de la part des
l. JosÈPUE, Guerre des Juifs, prologue.
118 LES PHARISIEiNS.
Juifs. C'en fut assez pour réveiller contre ces derniers toutes les haines mal assoupies. Dès qu'on les vit en hostilité ouverte avec les Romains et, par conséquent, privés de la protection toute-puissante que les Césars leur avaient accordée jusque-là, on ne garda plus aucun ménagement vis-à-vis des colonies juives répandues dans tant de contrées éloignées. Une sorte de mot d'ordre sinistre, auquel la politique romaine ne fut peut-être pas étrangère, semble alors avoir été donné dans l'ombre. Les massacres des Juifs commencèrent sur divers points avec un ensemble qui ne permet pas de n'y voir que des faits accidentels et locaux. A Césarée vingt mille Juifs furent égorgés eu un seul jour, sans avoir donné aucun motif à leurs assassins et sans qu'un seul put échapper au carnage. Florus, évidemment complice, faisait saisir ceux qui s'enfuyaient K A Scythopolis une odieuse trahison en fit tomber, sous le fer des habitants, treize mille qui s'étaient réfugiés dans un bois voisin ^. A Ascalon on en massacra deux mille cinq cents; à Plolémaïde, deux mille. A Tyr mômes exécutions. A Hippone et à Gadara on sa contenta de les expulser ^ L'esprit de haine soufflait de toute part. A Alexandrie, où •le feu couvait sous la cendre depuis Caligula, les passions s'enflammèrent tout d'un coup plus terribles