AbOTU, cil. II, g
iiime de ropinion, dit assez à quel point il inspira autour de lui l'admiration et le respect. Il est- resté, dans les souvenirs populaires, comme le type du docteur, du maître par excellence. Aussi ne le désignet-on pas sous son nom propre ; on l'appelle simplement « le Maître )y{Rabbi) ou « Notre Maître le Saint » {Rabbenou-Ha-Kaddosch). Et, tandis que l'affection des masses consacrait cette qualification d'honneur jl'histoire, à son tour, lui assignait une place hors ligne au milieu de tous les autres patriarches, en joignant à son nom son titre officiel. Elle le nomme Yéhoudahha-Nassi, Yéhoudah le patriarche.
On ne saurait plus s'étonner, après cela, qu'un pareil homme ait été investi, sans opposition, delà dictature. L'amour et la confiance de ses concitoyens la lui déférèrent unanimement, autant par considération pour sa personne que dans l'intérêt du pays. On savait d'ailleursquecettepuissance souveraine serait exercée j cette fois, par une intelligence si élevée^et un esprit si droit, qu'elle ne pourrait ayoir que de bons effets sans risquer d'aboutir au despotisme.
Quand R. Yéhoudah fut en ppssessipn de cette autorité, il n'eut pas d'autre souci que d'en profiter pour achever le monument de la ioi orale. Le Synhédnn disparaissant de fait, Uscha cessa d'être la ville synhér driale. R. Yéhoudah transporta le siège du patriarcat à Beth-Schéarim, au nord de Séphoris. Plus tard, il
le fixa idans cette dernière ville dont lia salubrité é tait nécessaire à sa santé chancelante. ; ;
A Texeinple de Moïse, à qui la tradition l'a comparé, en rélevant presque au niveau dti grand législateur hébreu \ il ; s'entoura dlun conseil de soixante-dix membres choisis parmi les docteurs les plus distingués de cette époque. Ce fut aussi une "sorte de Synhédrin^, mais, n'ayant plus d'attributions officielles, ce ne pouvait être qu'une assemblée consultative, une réunion de savants appelés- à aider le patriarche dans l'œuvre qui devait être le but et l'honneur de sa vie.
Cette oeuvre c'était la Mischnah. Ce n'est pas a tort que Yéhoudah le saint a été mis en parallèle avec Moïse, car, lui aussi, il porta au peuple les tables de la nouvelle alliance. Notons une différence pourtant, qui caractérise le mouvement pharisien depuis son origine: ce ne fut plus aux lueurs miraculeuses des éclairs et au fracas du tonnerre, comme sur le Sinaï, mais aux lumières de la raison humaine que se formulèrent les principes que le Pharisaïsme était parvenu à faire triompher par une lutte et une éducation de cinq siècles.