‹ Les Pharisiens [microform]Chapitre 424 sur 500 · Psaumes, xxxiii · texte numérisé non relu

Psaumes, xxxiii

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pères. Ils regardaient, à coup «sur, la loi juive comme contenant des vérités supérieures à toutes les autres croyances, mais ils ne tirent pas dépendre de son observation le salut éternel.

N'y avait-il donc pas de vertu , n'y avait-il pas de morale, n'y avait-il pas de mérite digne des récompenses que Dieu réserve à ses élus, avant la révélation du Sinaï ? La tradition répond affirmativement à cette question avec une unanimité significative, v

Elle exprime la conviction qu'il y a eu pour l'humanité plusieurs révélations successives. D'abord, celle d'Adam; c'est la loi naturelle dans sa plus simple expression ; ensuite celle de Noé, après le déluge ; c'est la loi de la morale universelle ; puis celle d'Abraham, lors de sa vocation ; c'est la loi du monothéisme et de l'élection d'Israël ; enfin, celle de Moïse sur le Sinaï ; c'est la loi du Décalogue et l'organisation complète de la société religieuse ' .

Dans la large hypothèse des docteurs pharisiens, tous les peuples se rattachent plus ou moins directement à ces diverses révélations, et tous peuvent être

1. Cette croyance a fait l'objet d'une intéressante parabole : « Un prince, y est-t-il dit, passe en revue ses plus fidèles serviteurs et leur accorde à chacun des présents, à l'un une pierre précieuse, à l'autre un riclie bijou ; mais quand son fils paraît, il lui donne tout ce qu'il possède. — Ainsi a agi l'Éternel dans la révélation de ses lois. Il enseigna à Adam, piiis à Noé six commandements fondamentaux; il en ajouta de nouveaux pour Abrali'am, Isaac et Jacob ; maispour Israël, il a épuisé tout le trésor de ses vérités. » (Schiti-ha-schirim, Rahbrr, S b.)

également sauvés en observant les principes essentiels qui furent établis à chacune de ces phases de rhumanité. Si Israël, initié à toute la loi divine, est tenu d'en accomplir tous les devoirs, il n'en est pas de même pour les autres nations. Les justes qui, même dans l'idolâtrie, pratiquent les lois morales enseignées à Noé, (les Noachides) ont le même mérite et peuvent espérer les mêmes récompenses que les fils d'Abraham, adorateurs du Dieu unique et fidèles à la loi duSinaï.

Cette doctrine est attestée par trop de textes pour qu'il soit nécessaire d'y insister. D'ailleurs, dès qu'on se déclarait impuissant à rien affirmer dans l'ordre éternel et infini, on ne pouvait se reconnaître le droit de condamner, en ce monde ni au delà, ceux qui professaient, sur ces impénétrables problèmes^ d'autres opinions que les Pères de la Synagogue. Tout devait se réduire, dès lors, à une question- de morale universelle.

L'enseignement pharisien est allé plus loin encore dans cette voie de tolérance. E admet que chaque peuple a, ici-bas, sa mission à remplir et son œuvre à exécuter, et que tous, en accomplissant la loi de leur destinée, ont un droit égala la bienveillance du souverain maître. C'est ce qu'explique en ces termes une de ces paraboles qui plaisent tant à l'esprit des docteurs juifs.

« Au jour du jugement. Dieu siégera, la main » appuyée sur le livre de la loi. et il dira : — Que

» tous ceux quiont observé mes commaudementsvien- » nent chercher leur récompeuse ! — Alors tous les » peuples accourront à la fois ; mais l'Éternel leur pres- » crira de se présenter chacun à son tour et d'exposer » leurs titres à la rémunération céleste. La puissante » race d'Édom ouvre la marche; puis vient celle des » Perses, puis successivement toutes Jes autres na- » tions. — Qu'avez- vous fait sur la terre ? leur de- » mande le juge suprême. A cette question, elles » répondent par l'énumération de leurs institutions n politiques, de leurs gigantesques monuments, de » leurs exploits guerriers, de tous les progrès maté- » riels qu'elles ont réalisés dans le monde. — Dans » tout ce que nous avons fait, ajoutent-elles, nous » avons secondé la mission d'Israël. Nous nous » sommes chargés de la besogne matérielle pour » qu'il pût librement se livrer à sa tâche particulière^ » l'étude et la propagation de la' loi divine *. »

Ce curieux interrogatoire est la proclamation' solennelle de la solidarité qui unit et associe tous les efforts des familles humaines dans un même but d'intérêt universel. Toutes ont leur génie propre et leur sphère d'action. Celles-ci sont vouées aux arts de la paix ; celles-là, aux arts de la guerre ; les unes, aux travaux matériels ; les autres, aux œuvres morales ; mais toutes, par des moyens différents, concourent

1. Cette intéressante parabole se trouve dans .le Talmud, 46od«/i Zarah 2.

au développement de la civilisation qui rapproche, peu à peu, les hommes de l'idéal divin: Quant à Israël, si dans ce faisceau de forces civilisatrices, il est plus exclusivement le représentant de Tidée religieuse, ce n'est pas pour lui un mérite exceptionnel, car tous ses frères de l'humanité travaillent en même temps à aplaiiir la voie par où doit passer, tôt ou tard, la vérité et préparent le champ où doit mûrir un jour la moisson providentielle.

« Si Dieu avait donné la loi en Palestine, ajoute )) une troisième parabole qui est l'éloquent commèn- » taire des principes qui précèdent, on aurait pu dire » aux autres nations : « C'est un privilège oxclusif et » vous n'y pouvez prétendre. )> Aussi l'a-t-il donnée 11 dans un désert qui n'est la propriété de personne. » Il Pa, donnée à ia clarté du jour et non dans Tombre » de la nuit, aux lueurs des éclairs et au bruit du » tonnerre et non dans le mystère et le silence, pour »* indiquer qu'elle est accessible à tous les hommes )) et que quiconque veut la recevoir en a le droit *. » Ilest inutile de faire ressortir le caractère élevé de cette doctrine de tolérance universelle. Le Pharisaïsme rie fait d^Israël un peuple élu que pour en faire un peuplé à mission ; mais son élection n'enlève rien au mérite des autres peuples. Tous ont leur grandeur , tous auront leurs récompenses. Si les justes de tous les cultes peuvent aspirer au bonheur de la vie

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