Talmud, Synhédrin, 102 et
Yoilà la vraie doctrine plïarisienne. Elle s'est exprimée par une de ces saisissantes paraboles qui sont dans le génie de la race juive et que l'apostolat chrétien a si souvent copiées ou imitées. L'Évangile et le Talmud ont, tous deux, ua récit apocalyptique du jugement dernier. C'est dans la description imagée de cette solennelle épreuve qu'éclate la doctrine de la Synagogue, fort supérieure, on va le voir, à celle de la primitive Église. Comparons en effet ces deux scénarios mystiques du drame final de l'humanité.
Après avoir annoncé les fléaux, les calamités^ les prodiges célestes, qui précéderont l'avènement du règne divin et épouvanteront la terre, TÉvangile montre « le fils de l'homme apparaissant, sur les » nuées du ciel, dans sa puissance et sa majesté.' » Toutes les nations comparaîtront devant son trône,' » et, comme un pasteur sépare les brebis des béliers, » il séparera les justes des impies. Il placera les pre- » miers à sa droite et les derniers à sa gauche. A ceux », qui seront 5 sa droite, il dira : « Soyez bénis def » lïion père et venez posséder, le royaume qui a été )) préparé pour vous depuis le commencement des » âges. » — A ceux qui sont à sa gauche, il dira : « Éloignez- vous de moi, maudits, et soyez plongés » dans le feu éternel qui a été préparé par le diable et )) par ses anges. » Et les impies subiront un supplice » éternel et les justes jouiront de la vie et de la béa- » titude éternelle ^ »
1. Matthieu, cli. xxivet xxv.— La critique moderne pense que cette
Voici l'apocalypse pharisienne :
« Lorsqu'arrivera le jour du jugement dernier, un » Amen formidable retentira de gouffre en gouffre » dans les profondeurs de l'Enfer, et tous les pécheurs » qui y sont tourmentés, seront sauvés.
» Alors rÉternel s'assied sur son trône immortel. » Devant lui sont les milices célestes. Lé soleil et les » planètes à sa droite; la lune et les étoiles à sa » gauche. Le prophète Zeroubabel(?) se lève alors et » dit: « Que le nom de l'Éternel soit béni et sanctifié ! »
« Ces mots retentissent et se répètent d'un bout à » l'autre de l'Univers, et tous les mortels répondent : » Amen! et même les impies parmi les Hébreux qui » gémissent dans le Guéhinom, et même les Gentils » qui n'ont pas encore expié leurs fautes, répondent : » Amen!
» Cet Amen s'élève des régions infernales jusqu'au » trône céleste et l'Éternel dit : — Ces infortunés ont » assez souffert. Leurs péchés n'étaient qu'un effet » des tentations de l'esprit du mal. » Alors, il confie » aux archanges Michaël et Gabriel les clefs de l'Enfer, )) , et les messagers divins s'envolent aussitôt sur l'aile » des vents.
» Les huit mille portes du royaume infernal sont » immédiatement ouvertes. Les anges prennent,
apocalypse a été imaginée et introduite dans l'Évangile longtemps après Jésus. C'est probable, mais il importe peu pour la doctrine qu'elle exprime.
» avec amour, parla main, les Juifs et les Gentils, » comme un ami relève déterre son ami tombé; ils )) les lavent, les purifient, guérissent leurs blessures, » les revêtent d'habits immaculés et les conduisent à )) l'Éternel parmi les légions des bienheureux ^ »
Il existe de magnifiques tableaux, œuvres magistrales, qui ont popularisé, par le pinceau et le crayon, les descriptions fantaisistes du jugement dernier. L'art des grands peintres n'a fait que répandre, dans la foule crédule, les superstitions enfantées par l'imar gination des théologiens. Le voile que Dieu a mis sur le monde à venir est resté aussi épais, aussi impénétrable avant qu'après ces rêveries. Mais, enfin, puisqu'on ne peut rien savoir, convenons que l'Apocalypse juive, qui respire une foi si profonde en la miséricorde divine et ne voue personne à une damnation éternelle, est incontestablement préférable à celle qui ne laisse aux pécheurs aucune espérance de rédemption.
I. Yalkut Yesaia 41. a.— Cette belle parabole est insérée dans V Anthologie Tahnudique de Giuseppe Levi, (Florence, Lemonier.) Je l'ai déjà publiée dans mes Déicides, p. 108. J'y renvoie le lecteur pour les observations qui s'y rattachent.
iU LES PHARISIENS.
Dans ces régions obscures l'esprit se trouve aux prises avec un autre problème bien plus intéressant encore, car il s'applique non plus à la destinée future de l'homme, mais à son existence terrestre; c'est celui de la responsabilité et de la rémunération en ce monde ; c'est celui des souffrances du juste et du bonheur des méchants ici-bas.
Cette justice divine, dont, au gré de notre caprice, nous cherchons à pénétrer le mystère dans le monde à venir, comment s'exerce-t-elle en celui où nous sommes? Ne semble-t-il pas, avoir si souvent, autour de nous, la vertu malheureuse et persécutée, le vice prospère et triomphant, que la Providence abandonne parfois les hommes on ne sait à quels génies malfaisants ou fantasques qui se plaisent à bouleverser les lois fondamentales de la justice et de la raison? Toutes lesphilosophies se sont arrêtées avec épouvante devant ce point dlnterrogation sinistre ; toutes les religions ont tenté d'y répondre. Yain effort! La question subsiste toujours, avec ses doutes et ses angoisses, dans les ombres de la conscience et de la foi.
La Bible entière révèle, à chaque page, la préoccupation de ce douloureux problème. Les prophètes
osent même apostropher Dieu pour lui demander compte des iniquités impunies dont ils sont témoins : « Seigneur, s'écrie Jérémie, je t'interpelle au nom de » la justice 1 Pourquoi la voie du méchant est-elle pros- » père? Pourquoi les impies sont-ils heureux? ^ » — (( Jusques à quand, dit Habacuc, t'implorerai-je sans » que tu m'écoutes? Jusques à quand te dénoncerai-je » des actes de violence sans que tu interviennes? » Pourquoi regardes-tu les impies avec indifférence? » Comment peux-tu te taire quand le méchant dévore » le juste ^? » — « Quel avantage, observe Malachio , » y a-t-il à adorer Dieu, à obéir à ses commandements? » Ne faut-il pas, au contraire, féliciter les rebelles et » les impies, quand nous voyons ceux qui osent ten- » ter Dieu, échapper à tout châtiment^?» La légende de Job tout entière est la discussion approfondie de ce phénomène moral, où toutes les notions du juste et de l'injuste semblent démenties par les épreuves amères des gens de bien et le bonheur insolent des ouvriers d'iniquité. Mais ni les prophètes ni les amis de Job, dans leurs longs discours, ne répondant aux objections qu'ils se font à eux-mêmes et aux doutes dont ils sont assaillis. •
Les premiers se réfugient, faute de mieux, dans le non moins insoluble problème de l'éternité,