‹ Les phénomènes d'autoscopieChapitre 4 sur 38 · DEFINITIONS · texte numérisé non relu

DEFINITIONS

Nous n'avons normalement qu'une représentation très faible de nous-mêmes, soit que nous considérions nos attitudes, notre démarche, nos gestes, nos expressions de physionomie, c'est-àdire notre personne extérieure, soit que nous considérions nos différents organes dans leurs modifications fonctionnelles, c'est-à-dire notre personne intérieure.

Lorsque nous nous représentons notre personne extérieurement, soit dans son ensemble, soit dans ses parties constituantes, à l'état de repos ou en mouvement, ce n'est que par le souvenir des images visuelles, soit directes pour les régions ! .accessibles à notre vue, soit indirectes, au moyen lide glaces, de photographies, de statues, etc. pour celles qui sont en dehors de notre champ visuel, ît même pour les premières, il nous est plus difficile de les imaginer, les yeux fermés, dans leur iforme réelle, que de nous les représenter chez

d'autres personnes. Un peintre peut beaucoup iiiicox: faire de souvenir le portrait de quelqu'un que le sien propre.

Quant à notre personne intérieure, sa représentation est encore beaucoup plus vague. Elle correspond dans la conscience à une notion d'ensemble, formée par le souvenir de toutes nos impressions internes, cénesthésiques, qui sont loin d'atteindre le degré de netteté et de conscience de nos sensations externes. C'est un sentiment assez confus, même s'il est intense comme dans les cas où il y a de la douleur dans un organe, plutôt qu'une représcnt^ition précise, et si nous pouvons relativement nous rendre compte du siège de nos différentes fondions, rien ne nous permet de nous en repré-, scnter les organes.

Or, il est des cas dans lesquels la représentation de notre personne extérieure est possible. Elle se projette alors au dehors de nous, sous forme d'une \érilable hallucination, V hallucination deatéroscojiiffite, ou mieux aatoscopique. Ces cas, pour rares qu'ils soient, sont bien connus aujourd'hui et aucune discussion n'existe à leur sujet. Malgré l'apparence visuelle du phénomène, il ne s'agit d'ail^leurs pas d'une hallucination visuelle proprement; dite, mais d'une hallucination purement cénes-j^ tliésique, ainsi que nous l'établirons plus loin

Plus rares, plus nouveaux, et par cela même plus contestas, et même niés par certains, sont les %

SENSATION VISUALISEE

it

cas dans lesquels il y a représentation de tout ou partie de notre personne intérieure, où le sujet aperçoit nettement au dedans de lui certains de ses organes dans leur forme, leur situation, leur structure et leur fonctionnement. C'est exactement le même phénomène que lé précédent, et d'ordre cénesthésique comme lui. La seule dlflerence entre les deux est que dans Tun il y a objectivation et extériorisation de la sensation cénesthésique, tandis que dans l'autre il n'y a pas de projection au dehors.

Dans les deux cas, ce qui est fondamental en somme, c'est le fait de se représenter sa propre personne, soit extérieure, et par conséquent vue du dehors, soit intérieure, et par conséquent vue du dedans. On voit donc qu'il n'y a pas réellement d'hallucination dans le premier cas; il n'y a, comme dans le second, qu'une sensation cénesthésique à laquelle, par un mécanisme que nous examinerons ultérieurement, le sujet donne une forme pour se la représenter. En lui donnant ainsi une forme, le phénomène purement cénesthésique prend un caractère visuel en apparence. C'est ce caractère que le radical scop rend très justement, et le terme d'hallucination autoscopique serait parlement juste s'il s'agissait réellement d'un phémène hallucinatoire.

Dans la représentation des organes internes, cet ject hallucinatoire disparaissant, le premier

auteur (Comar) qui les a décrits avait donné à ces phénomènes le nom de phénomènes à'auto-représentation pour bien marquer qu'il ne s'agissait que d'une représentation. Mais en réalité il ne s'agit pas plus d'une représentation que d'une hallucination, il s'agit d'une sensation cénesthésique qui donne au sujet la connaissance de sa forme, soit extérieure, soit intérieure, connaissance qui se traduit par une sorte de visualisation inhérente à la notion même de forme. Le terme à'autoscopie me paraît donc beaucoup plus juste dans les deux cas. Il a l'avantage d'être déjà appliqué à une partie des phénomènes que nous allons décrire et d'être ainsi plus familier. Il suffit en outre de lui accoler l'épithète externe ou interne pour avoir les deux variétés essentielles qu'on y rencontre : Yautoscopie externe correspondant aux hallucinations autoscopiques, c'est-à-dire à l'aperception de notre personne extérieure ; Yautoscopie interne s'appliquant à l'aperception de nos organes internes, c'est-à-dire de notre personne intérieure.

Nous allons les étudier successivement, examiner les conditions de leur production, leurs rapports réciproques, leur véritable nature, l'interprétation de leur mécanisme, les critiques qu'elles soulèvent et leurs conséquences au point de vue psychologique.

L'AUTOSCOPIE EXTERNE

Elle consiste dans le fait de se voir soi-même devant soi. L'historique de ce phénomène, qu'on ne peut pas qualifier absolument de pathologique, car il s'est montré d'une manière trop transitoire, trop accidentelle chez des individus, d'ailleurs non malades vraisemblablement, est très court. La plus ancienne mention qui en soit faite sans doule se trouve dans Aristote^ qui parle d'un homme qui voyait sa propre image venir au-devant de lui quand il se promenait. Wigan^ cite un homme intelUgent qui avait le pouvoir d'évoquer sa propre image devant lui ; il riait en voyant son double qui riait toujours aussi. Il finit par entrer en discussion avec ce double qui réfutait parfois ses arguments. On retrouve là quelque chose d'analogue " certaines hallucinations psycho-motrices chez es aUénés.

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