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LES CLIMATS ET LES SAISONS

La sur"acc du globe, considérée au point de vue de la distribution des températures, peut être divisée et subdivisée en un très grand nombre de régions, dont chacune présente un ensemble de conditions météorologiques qui lui est propre, et qui constitue ce qu'on nomme un climat.

Les anciens géographes avaient partagé l'hémisphère boréal, le seul qui leur fût connu, en trente zones parallèles, distinguées les unes des autres par la durée de leur plus long jour au solstice d'été. Vingtquatre de ces zones, comprises entre l'équateur et le cercle polaire, étaient appelées climats horaires ou de demi- heure, parce que, de l'un à l'autre, la différence entre les plus longs jours était d'une demiheure. Les six autres zones, comprises entre le cercle polaire et le pôle même, étaient dites climats de mois, parce qu'à partir du cercle polaire le plus long jour de chacune de ces zones était d'un mois plus long que celui de la précédente. Ainsi le climat équatorial était celui r ôù les jours sont toujours égaux aux nuits, et durent, par conséquent, i douze heures ; c'était le premier. Le second était celui où le plus long jour est de douze heures et demie ; le troisième, celui où le plus long jour est de treize heures ; et ainsi de suite jusqu'au vingt-quatrième , où, à l'époque du solstice d'été, le soleil demeure pendant vingt-quatre heures au-dessus de l'horizon. Le premier climat de mois s'étendait depuis le cercle polaire jusqu'au parallèle au-dessus duquel le soleil reste levé, une fois par an, pendant un mois entier; le second allait de ce parallèle à celui où le plus long jour est de deux mois; et ainsi de suite jusqu'au climat polaire, où l'année se compose d'un seul jour et d'une seule nuit, chacun de six mois.

On a donné le nom de climats astronomiques à des divisions où il

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n'est tenu compte, en effet, que de deux circonstances purement astronomiques, Savoir : la durée plus ou moins longue de la présence du soleil au-dessus de l'horizon aux époques successives de l'année, et l'incidence plus ou moins oblique des rayons de cet astre lors de son passage au méridien : circonstances fondamentales, il est vrai, car c'est de leur concours que résulte le phénomène des saisons, si étroitement lié à celui des climats, qu'on pourrait définir ces derniers : les différentes manières d'être des saisons dans les différentes Contrées. Mais ces manières d'être, bien que gouvernées essentiellement par le cours du soleil et par la latitude du lieu, ne laissent pas d'être modifiées encore par une multitude de causes secondaires qu'il n'est pas permis de négliger. Ces causes ont conduit les météorologistes modernes à distinguer des climats astronomiques, qui ne sont guère qu'une conception théorique, les climats physiques ou atmosphériques, qui sont les climats réels, et de l'ancienne climatologie , astronomique on n'a conservé que les cinq grandes divisions ou zones formées, de part et d'autre de l'équateur, par les tropiques et par les cercles polaires. Tout le monde sait que la zone intertropicale a reçu le nom, un peu hyperbolique, de zone torride; que les zones polaires sont appelées plus justement zones glaciales; qu'enfin celles qui, sur chaque hémisphère , occupent l'espace compris entre le cercle polaire et le tropique, sont dites zones tempérées.

Celte division a sans doute, comme toutes les divisions de ce genre, l'inconvénient d'être trop absolue, trop tranchée, de ne tenir aucun r compte des transitions. Il est certain, par exemple, que les zones qu'on :vm nomme tempérées auraient pu être elles-mêmes partagées en trois bandes, dont la médiane seule aurait mérité de conserver la qualification primitive de tempérée, tandis que les deux extrêmes eussent été bien désignées, par exemple, sous les noms de zones sub-torride ou t^sub -tropicale, et de zone sub-polaire ou sub-glaciale.

Quoi qu'il en soit, on ne peut nier que la nouvelle division n'ait sur l'ancienne de grands avantages. En premier lieu, elle n'a rien d'arbitraire : elle est fondée sur des données astronomiques positives et précises, puisque les tropiques sont les cercles qui passent par les points solsticiaux, et les cercles polaires, ceux qui limitent, autour des extrémités de l'axe terrestre, les rayons où les jours et les nuits atteignent et dépassent la durée de vingt-quatre heures. En second lieu, elle donne tout d'abord une idée saisissante et, en somme, assez vraie de la constitution climatériquo qui caractérise chacune des zones. En effet, sur toute la ligne équinoxiale, où les jours sont constamment égaux aux nuits, le3 rayons du soleil arrivent suivant une direction qui, lors du passage de l'astre au méridien, est presque verticale, et

Paysage des tropiques.

qui l'est rigoureusement deux fois par année, après quoi le soleil s'écarte, tantôt à droite, tantôt à gauche, de 23° 28', c'est-à-dire jusqu'au tropique. 11 est vrai que l'équateur thermal (on entend par là la courbe qui relie ensemble tous les points où la moyenne annuelle de la température est la plus élevée) ne coïncide pas sur tous joJ, ses points avec l'équateur géographique. Mais ces divergences ne sont dues qu'à des circonstances secondaires, telles que l'altitude des lieux, la nature du sol, la présence ou l'absence de grandes masses d'eau, etc., qui déterminent en certains endroits une absorption de chaleur plus grande qu'en d'autres endroits; et il n'en est pas moins incontestable qu'à l'équateur la terre reçoit du soleil plus de chaleur que partout lailleurs.

A mesure qu'on s'éloigne de ce grand cercle, soit vers le nord, soit vers le sud , les rayons solaires prennent une direction plus conslamj ment oblique; cependant, pour la zone torride, celte direction reste voisine de la verticale , et tous les lieux compris dans cette zone ont au moins un jour où, à midi, les rayons tombent perpendiculairement sur le sol. Aussi leur température se rapproche-t-elle beaucoup de celle de l'équateur, lorsque même, par l'effet de quelqu'une des causes dont j'ai parlé ci -dessus, elle n'est pas plus élevée encore. Passé les tropiques, l'incidence des rayons solaires est toujours plus ou moins oblique; l'inégalité des jours et des nuits devient de plus en plus sensible; la température moyenne s'abaisse graduellement, sinon régulièrement. Enfin, à partir du cercle polaire, les rayons calorifiques et lumineux prennent une direction presque parallèle à l'horizon; les jours d'été et les nuits d'hiver durent de vingt-quatre heures à six mois. On conçoit donc que, dans l'intérieur de ces cercles, la moyenne thermométrique soit moindre qu'en aucune partie des zones précédentes. 11 faut ajouter cependant que, de même que l'équateur thermal s'écarte de la ligne équinoxiale, de même aussi ce n'est pas aux pôles mêmes du globe que règne la plus basse température. Les pôles du froid paraissent même être situés à une assez grande distance des pôles géographiques.

Aux conditions générales de température qui résultent de la direction des rayons solaires et des longueurs relatives des jours et des nuits, correspondent des différences profondes dans le cours et la tenue des saisons, dans l'état ordinaire de l'atmosphère et dans la nature de ses perturbations, ainsi que dans les caractères de la faune et de la flore de chaque zone, et dans ceux des races humaines qui peuplent les continents et les îles des deux hémisphères. ' • <rrv ' r Si nous considérons d'abord les saisons, nous voyons qu'au pôle on n'en compte que deux, dont on peut dire à la lettre qu'elles sont, l'une

Paysage polaire.

par rapport à l'autre, « 1b jour et la nuit. » A mesure qu'on s'éloigne de cette morne région , outre que la moyenne thermométr.que de 1 année s'élève, et que les durées des jours et des nuits deviennent moins inégales, on passe moins brusquement de l'hiver à l'été et de l'été à l'hiver Dans les zones tempérées, les époques de transition entre les deux saisons extrêmes sont elles-mêmes de véritables saisons intermédiaires; en sorte que les habitants de ces zones ont quatre saisons, dont deux, l'été et l'hiver; commencent aux solstices, et deux autres, le printemps et l'automne , commencent aux équinoxes. ~On sait que les saisons sont inverses dans les deux hémisphères boréal et austral; que l'été règne dans le premier hémisphère lorsque la terre décrit la plus grande portion de son orbite, et dans le second I»- lorsqu'elle décrit la plus petite; et qu'en conséquence l'un a constamment des étés plus courts et des hivers plus longs que l'autre : ce qui achève d'expliquer le refroidissement de l'hémisphère austral. r Sous les tropiques, la distinction des saisons s'efface presque complètement. H n'y a plus de printemps ni d'automne, ni même, à proprement parler, d'été et d'hiver. Les habitants de la région équatoriale voient deux fois chaque année le soleil sur leurs tètes ; après nuoi le soleil s'écarte tour à tour vers le sud et vers le nord de 2d environ 11 semble donc que ces contrées doivent avoir deux êtes compris entre deux automnes, ou, si l'on veut, entre deux printemps. Mais lorsnue le soleil est à l'équateur et darde perpendiculairement ses rayons vers la terre, la chaleur extrême qu'il développe détermine en même temps la formation d'énormes quantités de vapeur d'eau, qui bientôt se condensent et donnent lieu à des orages violents et à des averses torrentielles- en sorte que ces deux prétendus étés sont les plus mauvaises . saisons des climats équatoriaux. On les désigne sous le nom de saisons des pluies ou d'hivernages. Au contraire, lorsque le soleil incline vers iS£*, l'un ou l'autre tropique, ses rayons, étant moins perpendiculaires, Jw "" 1 absorbent beaucoup moins de vapeurs, et il en résulte deux saisons moins chaudes, mais sèches et sans orages. Dans le voisinage des^ tropiques, au lieu de deux saisons sèches et de deux hivernages, il n y en a plus, d'ordinaire, qu'une de chaque espèce, et la différence de température entre l'une et l'autre est peu sensible. Au surplus, les contrées Iropicales, et en général les contrées chaudes présentent, selon les conditions géographiques où elles se trouvent placées, selon la nature de leur sol, l'abondance et la rareté des cours d eau, etc., des caractères climatériques très divers.

11 existe des pays où l'on ignore ce que c'est que des savons et ou la pluie est un phénomène à peu près inconnu. On sait que 1 Egypte jouU d'un ciel toujours limpide et bleu, et que la fécondité proverbiale

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de son sol, qui fournit presque sans culture trois ou quatre récoltes par an, n'est due qu'aux inondations périodiques du Nil. Au Pérou, à côté des contrées où il pleut presque toute l'année, il en est d'autres où il ne pleut jamais et qui cependant ne laissent pas de nourrir une luxuriante végétation.

« La partie du littoral de la mer du Sud où gît le guano, dit m. Doussingault, oflre cette particularité que, sur une étendue considérable, depuis Tumbes jusqu'au désert d'Atacama, la pluie est, pour ainsi dire, inconnue, tandis qu'en dehors de ces limites, au nord de Tumbes, dans les forêts impénétrables et marécageuses du Cboco, il pleut presque sans interruption. A Payta, placé au sud de cette province , lorsque je m'y trouvai , il y avait dix-sept ans qu'il n'avait plu. Plus au sud encore, à Cbocope, on citait comme un événement mémorable la pluie de 1726. Il est vrai qu'elle dura quarante nuits, car elle cessait pendant le jour. »

C'est grâce à la différence des températures et des climats que la

nature présente, selon les latitudes, des aspects si divers, et que les

*• espèces végétales et animales et les races humaines sont distribuées à

la surface du globe d'après des lois qui ne soutirent que des exceptions

très restreintes.

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