PÉRIL FRANÇAIS
interocéaniques du monde entier, n'est apparu dans toute son étendue que le jour où les nations de TEurope, ayant été prises de ce qu'on a appelé la fièvre coloniale , notre pays a vu, avec l'accroissement de son empire d'outre-mer, grandir la nécessité d'assurer la permanence du contact entre la mère patrie et les éléments lointains qui le composent.
Signalé depuis longtemps par les esprits prévoyants, il est tel, qu'a l'heure actuelle, une rupture de nos relations avec la Grande-Bretagne (et, malheureusement, cette hypothèse n'est plus aussi invraisemblable que par le passé), nous trouverait brusquement séparés de nos colonies et de nos escadres et sans aucun moyen rapide de correspondre avec elles, de les diriger, de les défendre. Le temps n'est plus, et la malheureuse Espagne en a fait récemment la cruelle expérience, où le succès dans la guerre résultait presque exclusivement de la valeur de l'individu sur un champ de bataille étroit, où la lutte pouvait durer des années sans épuiser les adversaires.
Par suite de l'expansion coloniale de toutes les nations, c'est sur tous les points de l'univers que les puissances ennemies prendront un contact qui sera court et décisif, et dont l'issue dépendra de la rapidité des avertissements reçus, des ordres donnés, de la prompte exécution des combinaisons que les dirigeants des deux parties auront conçues.
M. de Vogué le disait à M. Ilanotaux, alors ministre des Affaires étrangères, le jour de sa réception à l'Académie française (1) :
« Nos communications universelles et instantanées commandent à la vigie diplomatique une effrayante rapidité de décision. Dans ce cabinet, où l'on attendait
(l> 25 mars 1898.
jadis de lents courriers, un réseau de fils vibre sans cesse et transmet à toute minute les tressaillements de toute la planète. On n'imagine guère le Cardinal dictant au père Joseph ses instructions sur l'Artois ou la' Valteline entre le télégraphe et le téléphone ». ^ ..
Ce qui frappe les yeux de tous aujourd'hui, l'Angleterre, elle, avec la politique avisée qui a toujours inspiré ses actes, l'a compris, il y a déjà un demisiècle. • - V •• " ^. ,.^- .. -- -
Dès que la démonstration a été faite de la possibilité d'un nouveau mode de correspondances rapides a travers les océans, sans hésitation et sans bruit, le gouvernement anglais en a favorisé l'établissement et l'extension par tous les moyens en son pouvoir, intervenant dans la constitution des sociétés de câbles, les aidant par des subventions considérables, les encourageant par toutes les mesures possibles et prenant en niême temps les'précautions nécessaires pour s'en assurer, au moment décisif, la direction absolue (1). - - ^ w....I /.
C'est sous l'empire de cette préoccupation constante, que nous devons admirer et imiter tout en regrettant* de ne pas en avoir eu l'initiative, que s'est constitué un puissant réseau de lignes sous-marines qui sillonnent le
(1) Le cahier des. charges de la concession des cdbles de la côle d'Afrique, pour lesquels le gouvernement anglais paie une subvention de 475.000 francs par an, comprend 13 articles, dans lesquels on lit les clauses suivantes :
Art. 3. — Le câble proposé ne doit, en aucune station, posséder 'd'employés étrangers ; de même, les fils ne passeront dans aucun bureau et ne pourront être sous le contrôle d un gouvernement étranger.
Art. 7. — Les dépêches du gouvernement impérial et colonial doivent avoir la priorité...
Art. 9. — En cas de guerre, le gouvernement pourra occuper toutes les stations du territoire anglais ou sous la protection de l'Angleterre et se servir du câble au moyen de ses propres employés.