Celui dont on craint peu... L'abbé Nadal, ou La Motte
84. — Cependant l'État.... Le Régent fit transporter en Angleterre des sommes et des provisions considérables.
85. — Les traités.... Le traité d'Angleterre et de Hollande, par l'Abbé Dubois, depuis prince-cardinal de l'Église ; cet homme corrompu obtint la pourpre pour services rendus à l'État, — et ailleurs !
On acheta l'amitié des Anglais, et, pour leur plaire, on abattit le fort de Mardick et celui de Dunkerque ; la crainte d'une lettre de cachet fit signer ce traité au maréchal d'Uxelles; il avait dit qu'on lui couperait plutôt le cou! Il plia devant la menace.
86. — Un %pi que les siens.... Le jeune Roi d'Angleterre, Jacques Stuart, connu sous le nom de Prétendant, que le Régent fit sortir de France, qui lui avait servi d'asile, en des temps où l'hospitalité était mieux com^ prise.
87. — Les Usurpateurs.... Le Régent et Georges, duc d'Hanovre, aujourd'hui Roi d'Angleterre.
88. — Tandis qu'on brise.... Les forts de Mardick, de Dunkerque et-autres, ^
89. — Infâmes Héliogabales . . . . Antonius, empereur romain, surnommé Héliogabale, parce que, avant son élection, il avait été prêtre du Soleil ; il fut tué, à cause de ses débauches avec ses femmes, par ses gardes, en 222, à l'âge de i8 ans.
378 LES PHILIPPIQ.UES.
90. — VolupttuuxSardanapales,... — Sardanapale, le dernier Roi d'Assyrie, fut le plus débauché et le plus adonné aux plaisirs des sens qu'il y eût jamais. Il régnait en 321 5; sa vie^ molle et efféminée, corrompit les mœurs de ses peuples; il était continuellement avec ses femmes dans son sérail, habillé comme elles ; il iilait de la laine avec elles ; il se plaisait à se faire traîner nu dans un chariot par ses plus belles femmes, également nues, qui le tiraient à reculons.
Les Seigneurs de son Royaume, outrés de sa mollesse, lui déclarèrent la guerre; Arbacès se mit à leur tête. Sardanapale au désespoir, pour ne point tomber entre les mains de ses ennemis, et pour n'être point séparé après sa mort de celles dont il n'avait jamais été séparé pendant sa vie, se renferma dans une des salles de son Palais, où il fit mettre le feu ; il y fut consumé avec ses femmes, et d'immenses richesses.
91. — La naissance d'Adonis,... Adonis fut engendré par son grand-père Sinyra, qui abusa de Mirrha, sa propre fille. On compare Madame la Duchesse deBerry à la mère d'Adonis; le Régent, son père, en abusa plusieurs fois. Les fêtes de Sinyra, roi de Chypre, se célébraient la nuit ; et, quand on avait éteint la lumière, chacun jouissait de la femme ou de la fille qui lui tombait sous la main.
92 . — Toi qui joins au.... L'auteur veut faire entendre que le Régent avait eu des enfants de sa fille, Madame U duchesse de Berrv.
93. — Ni Messaline . . . , Messaline et Julie étaient d'infâmes prostituées. Julie était fille d'Auguste, empereur romain; ses infamies la firent reléguer à Samos, où elle mourut misérablement.
Messaline était femme de l'empereur Claude. Juvénal l'a marquée au fer rouge de la Satire; il s'exprime ainsi sur son compte, satire VI :
Nec satiata viris, scd lassa ta reccssit.
Claude se lassa de ses déponements ; elle faisait ramasser les plus vigoureux porte-faix sur la place publique et se donnait au premier venu ; elle fut égorgée sur Tordre de Claude.
94, — Ton père.... Madame la Duchesse de Berry aimait le comte de Riom ; elle avait également commerce avec le Régent.
95. — Quand le nombre. . . . Lahaye fut un des premiers qui eurent part à ses bonnes grâces ; il fut suivi de Riom, de Dex, la Rochefoucault, le comte d'Uxès et Bonnieux, qu'elle fit maître de sa garde-robe et enseigne des Mousquetaires, — et de bien d'autres !
96. — Fille du plus.... Marie-Anne de Bourbon, princesse de Conti, douairière, ///e légitime de Louis XIV et de Mademoiselle de la Valliére.
97. — Fous dont pas un.... M. le comte de Toulouse et M. le duc du^Maine, tous deux fils naturels de Louis XIV. Le dernier fut dépouillé par Iç Régent de la surinten*
280 LES PHILIPPIQ.UES.
dauce de Téducation de Louis XV; il l'obligea de quitter le jeune Monarque, qui l'appelait toujours son bon papa; on ne pouvait en consoler ce prince. Us furent tous deux dégradés de leur droit de succéder à la Couronne et même des honneurs de Princes du sang, à la sollicitation de M. le Duc, par un Édic de 1717.
98. — Prince qui.... L'auteur s'adresse au duc du Maine pour réprimer tous les maux que faisait le Régent ; mais ce prince, n'ayant point été légitimé^ n'avait aucun droit pour empêcher ces désordres *.
* Comme la première ode contient les deux accusations capitales qui pèsent si lourdement sur la mémoire de Philippe d*Orléans^.nous avons préféré les discuter tout au long dans TÉtude; nos lecteurs s'expliqueront ainsi le nombre, relativement restreint, des annotations afférentes au chant premier.
L'empoisonnement àos Enfants de France et Tinceste, — tels sont les griefs terribles portés contre le Prince-Régent ; même en réunissant les notes les plus concluantes, eussions-nous réussi à donner à notre pensée tout son développement ? Non ! Le cas nous a paru assez grave pour motiver une discussion séparée.
Quand on touche à l'honneur, chose délicate, — l'honneur des morts surtout, — on ne saurait trop prendre de précautions.
Au fond du style de l'écrivain véritable il y a toujours une lumière, une conscience !
Fin des ^marques sur la première Ode.
LES PHILIPPiaUES
Je vais entrer dans la carrière, Silence! lyre d'Apollon; C'est à toi, trompette guerrière, D'effrayer le sacré vallon ; C'est à vous, belliqueuses fées, D'inspirer à tous nos Orphées Des chants mâles et pénétrants, Dignes de verser dans nos âmes L'esprit d'intrigues et de trames Qui fait h chute dçs Tyrans,
284 LES PHILIPPiaUES.
Toi, qui, par la pourpre Romaine Brille moins que par tes vertus, Retz, dont l'audace plus qu'humaine, Releva les cœurs abattus.
Sur ton troupeau, qui te réclame, Sur un Sénat dont tu fus l'âme.
Daigne encore jeter les yeux; Tends-leur d'en haut un bras propice.
Qui les sauve du précipice Dont tu garantis leurs aïeux.
Sacrilège faim des richesses.
Osez-vous inventer des lois
Pour donner trois fois aux espèces 3
Un prix au-dessus de leur poids !
Toi qui fus longtemps gémissante 4
Sous l'autorité renaissante S
Des Vespasiens, des Galbas, 6
Vis-tu dans ces Princes avares
Ni des rapines si barbares.
Ni des artifices si bas.
Mortels, qui tenez la balance 7
Entre le Prince et ses sujets,
Pouvez-vous garder un silence
Qui favorise ses projets I
Craignez-vous, par des voies permises,
Par des remontrances soumises,
D'armer les griffes d'un lion.
Et de voir la force et la fraude
Joindre les cruautés d'Hérode
Aux vices de Pygmalion. 8
Mais non, leur voix est entendue 9
De l'inflexible Léopard ;
De sa retraite défendue 10
Us percent le dernier rempart.
Qpelles réponses ! quels blasphèmes I 1 1
Des Mexences^ des Polyphèmes 1 2
La bouche a vomi moins d'horreurs,
Jamais Ajax, bravant la toudre, 1 3
De celle qui le mit en poudre
N'a tant mérité les fureurs.
286 LES PHlLlPPiaUES.
Tremble, Paris, tu vas apprendre
A quel maître tu t'es donné, 14
De la vengeance qu'il va prendre
Tu seras sans doute étonné.
Réduit à souffrir sans te plaindre,
Rome n'eut jamais tant à craindre
Des fureurs de Caligula; 1 5
Jamais tatit de têtes proscrites
Ne lassèrent les satellites
De Marins et de Sylla. 16
Déjà, quels bataillons accourent 17
Sur nos rivages pleins d'effroi !
D'où vient que tant d'armes entourent
Le sacré séjour de mon Roi?
L*étranger est-il à nos portes?
Par de fanatiques cohortes
Nos Temples sont-ils menacés?
Et l'État^ voisin de sa chute,
Craint-il de se revoir en butte
Aux horreurs des siècles passés ? 1 8
Qiiel est cet appareil sinistre 1 9
Dont ce jour dévoile l'horreur ?
Sur qui Philippe et son Ministre
Vont-ils déployer leur fureur ?
Je vois un innocent Monarque
Conduit par les mains de la Parxjue,
Comme une victime à l'autel,
Par son regard et son silence
Autoriser la violence
Qui lui prépare un coup mortel.
Pour entendre les Lois injustes
Que vont dicter ses ennemis,
Je vois deux colonnes augustes 10
Sortir du temple de Thémis ;
Dans leur marche majestueuse,
Une douleur respectueuse,
Règne sur leur front généreux ;
Et le zèle qui les inspire
Leur fait craindre pour cet Empifc
Ce qu'ils ne craignent pas pour eux.
288 * LES PHILIPPiaUES.
Tels s'avancèrent vers un homme 2 1
^ Que moins de fureurs emporta, Les graves Pontifes de Rome Et les Prêtresses de Vesta ; Tels, dans leurs murs réduits en cendre, 22 Â ceux dont on nous fait descendre S'offrirent jadis ces grands cœurs, Ces vieux Confrères de Camille 23
Q.ui, par leur port noble et tranquille, Épouvantèrent leurs vainqueurs.
Digne chef de ce corps illustre, 24
Quel est Tétat où je te vois ?
Ta gloire tire un nouveau lustre
Des outrages que tu reçois;
En vain, dans sa lâche colère,
Sous l'effort d'un bras sanguinaire,
Le Tyran te tient abattu ;
Les blasphèmes dont il t'accable, 25
Dictés par sa haine implacable.
Font l'éloge de ta vertu.
Mais toi, qu'un Arrêt plus indigne 26
Perce encor de traits plus aigus,
Prince, qui d'un trésor insigne
Était l'infatigable Argus,
C'est peu qu'une injuste puissance,
Malgré les droits de ta naissance.
Ait le front de te l'enlever.
Dans ce coup fatal qui t'opprime.
Nous voyons le genre de crime
Qu'elle est sur le point d'achever.
Ainsi, ta vigilance exacte.
Tes vertus, tes soins infinis.
Ont produit ce malheureux Pacte
Entre deux Cydopes unis; 27
Ta tendresse, au gré du barbare.
Fut trop soigneuse et trop avare
Du sang dont il veut se rougir.
Bourbon, plus dur et moins austère, 28
Prêtera mieux son ministère
Au Maître qui le fait agir.
290 LES PHlLlPPiaUES.
Monstres d'Argos et de Mycène, 29
Ne vantez plus vos attentats;
Celui des rives de la Seine
Passe tous ceux de TEurotas. 30
Toi, qui de ta famille entière 3 1
N'as fait qu'un vaste cimetière,
De tes neiges, de tes glaçons.
Ton fils, que ta fureur immole,
Nous fait reconnaître l'école
Où tu vins prendre des leçons.
Si Louis, des sombres rivages, 32
Pouvait revenir dans sa Cour,
Que penserait-il des ravages
Qui la désolent chaque jour?
Mais de quelques monstres terribles,
De quelques changements horribles
Qu'elle épouvantât ses regards,
Les plus affreuses entreprises
Lui causeraient moins de surprises
Que la disgrâce de Villars. 53
Et toi, qu'un double parricide
Joint pour jamais à ton époux.
Tendre et fidèle Adélaïde, 34
Reviens un moment parmi nous.
Arme-toi des mêmes Furies,
Que pour de moindres barbaries
Inventa la mère d'Hector ; 3 s
Ne cède point à la luxure.
L'honneur de venger ton injure
Sur ce nouveau Polymnestor. 36
Aimable enfant, tu vois le gouffre
Qui va te rendre à tes aïeux ;
On connaît ce que ton cœur souffre.
Aux pleurs qui coulent de tes yeux ;
Mais^ malgré ta douleur amère,
N'espère plus revoir ce père 37
Que tes cris appellent en vain :
On estime trop peu ta vie,
Pour avoir la pieuse envie
De te remettre dans sa main.
29^ LES PHILIPPiaUES.
Noble compagne de sa couche, 38
Pour qui la gloire a tant d'appas,
Je vois que ce malheur te touche
Plus que l'approche du trépas.
Un avorton de la nature 39
Qui, malgré sa naissance obscure,
Porte un cœur plus fier que le tien.
Vient d'une bouche impitoyable
T'annoncer l'Arrêt effroyable
Qui confond ton rang et le sien.
Lâches, dont la paix ni la guerre 40
N'ont jamais distingué le nom.
Inutile poids de la terre,
Guiche, la Force, et Saint-Simon,
Votre orgueil et votre ignorance
Feront le destin de la France ;
Tout sentira votre pouvoir ;
Tandis qu'on accable les Princes, 41
Qui des malheureuses Provinces,
Font tout Tamour et tout l'espoir.
Princesse, de la tyrannie
SoufTre le coup sans t'émouvoir;
Elle sera bientôt finie ;
Ses excès nous le font prévoir.
Vois quelles affreuses tempêtes 42
Vont frapper les plus nobles têtes
Jusques dans le sein de Thèmis,
Et que, réduits à cet usage,
Nos guerriers n*ont plus de courage 43
Qpe contre de tels ennemis.
Tandis que la mort et la crainte
Assiègent les persécuteurs^
Fuis, Princesse, sors d'une enceinte 44
Pleine d'assassins, de flatteurs ;
Tes amis marchent sur tes traces;
Dans tes faveurs, dans tes disgrâces.
Ton destin doit régler le leur;
Ils ont partagé ta fortune ;
D'une constance non commune,
Us partageront ton malheur.
294 L^S PHILIPPiaUES.
Cependant un grand Roi s'apprête 45
A te rétablir dans tes droits ;
L'Espagne forme une tempête
Vengeresse du sang des Rois.
Objet de notre idolâtrie,
Cher Prince, venge ta patrie ;
Songe qu'elle fut ton soutien.
Et que, dans son besoin extrême,
Tu dois rendre à son diadème 46
Tout ce qu'elle a fait pour le tien.
En vain un pouvoir tyrannique
Pense t'en fermer les chemins, "
Avec le secours Britannique
Et l'alliance des Germains ; 47
Ouvre seulement la carrière ;
La France n'a point de barrière
Qjii ne s'abaisse sous tes pas.
Ni son sein d'enfants.dignes d'elle,
Qui n'affrontent pour u querelle
Toutes les horreurs du trépas.
Poursuis ce Prince sans courage
Par ses frayeurs déjà vaincu ;
Fais que dans l'opprobre et la rage
D meure comme il a vécu ;
Que sur sa tête scélérate
Tombe le sort de Mithridate 48
Pressé des armes des Romains;
Et que son désespoir extrême
Ait recours à ses poisons même
Pour se garantir de tes mains.
Fin de la deuxième Ode,
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