II. — Mèm Priape à Priape était cru le plus
vigoureux et le meilleur des hommes; il était fils de
Vénus et de Bacchus.
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12. — La figure de Riont Riom, favori de la duchesse de Berry; elle en a eu trois enfants; le dernier lui causa la mort par une perte de sang ; on les crut mariés. Il fut d'abord son écuyer.
Version de 1795: «Nous avons déjà parlé de cet amant préféré de la duchesse de Berry. Elle en eut trois enfants, et mourut presque subitement en couches du dernier, des suites d'une perte de sang. On les crut mariés. Voltaire le nomme de Rieux, Voici quatre vers qu'on lit dans les variantes de la Pucelle :
Faune et Priape, et le brutal Hercule, Forcés de fuir, rentrent dans les couvents ; Ils n'osent plus se faire voir en France Q.ue sous les traits de Rieux ou de Vence.
— A propos de la Sabran, la Parabère, Riom, les petits soupers et les divertissements de la, Muette, nous donnons la parole à l'Édition Poulet-Malassis, 1858.
« La Muette, Saint-Cloud, mais surtout le Luxembourg, étaient tour à tour le rendez-vous des maîtresses et des roués, de ces jeunes gens de traverse et de ces dames de fnoyenne vertu qui formaient, avec quelques gens obscurs, encore sans nom, brillants par leur esprit ou leur débauche, la compagnie fort étrange des soupers 'du Régent. L'imagination du peuple, dit Lemontey, irrita par le mystère ^ exagérait la licence de ces orgies. Le Palais- Royal, sourd et impùiétrable, apparaissait comme une île infdtne retranchée au milieu des misères publiques ; véritable Captée, oh cependant manquait un Tibère. Là, avec les
Broglie, qu'on y appelait Brouglion, Noce, le Braquemardus de Nocendo 'de la chronique de Papyrius, le beau Fargis, la Fare le bon garçon, Biron, d'Effiat, Brancas et Canillac, l'un la caillette gaie, l'autre la caillette triste, et quelquefois ce petit drôle de RichelieUy comme dit Madame, se rencontraient la seconde duchesse de Gesvres, digne femme du duc qui écrivait en marge du programme des fêtes du 5 août 1721 : Beau-coup boire; madame du DefFant, madame de Parabère, que le Régent appelait son petit corbeau noir quand il était au premier verre de Champagne et le gigot aux suivants ; madame de Sabran, madame d'Âverne et madame de Berry, que les sottisiers appelaient jouffiotte^ et qui, avec sa taille massive, son teint rouge, sa chair ferme et ses joues dures comme une pierre^ était si bien assortie avec Riom, ce gros garçon court, joufflu, pâle, qui, avec force bourgeons, ne ressemblait pas mal à un abcès. Tout ce petit monde railleur et gourmand, mêlé de quelques filles d'opéra, Emilie, Sourie, la petite Leroi, vivait en assez bonne intelligence, sauf les intrigues et les indigestions. La jalousie, en tout cas^ n'y troublait le cœur à personne. Ces dames ^ disent les Mémoires de Richelieu, n'étaient ni jalouses, ni ennemies; elles s'invitaient à des fêtes mutuellement, se donnaient des rendez-^ous, se prêtaient même leurs amants, et cherchaient de nouvelles maîtresses au Régent. Madame de Sabran y présenta successivement madame de Phalaris, mademoiselle Houel et madame Nicolaï. Madame de Parabère, sous les yeux du Régent, qui vivait avec ses maltresses comme les
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patriarches avec leurs femmes, y recevait les inconstants hommages de Noce, et madame de Brossay, maîtresse de Fargis, comptait jusqu'à cinquante-trois amants. »
« Les Mémoires de Richelieu, par Soulavie, donnent sur ces fêtes, dites d'Adam^ dans l'organisation desquelles madame de Tencin montra tout le génie de h lubricité, des détails curieux. D'autres fois oh choisissait les plus beaux jeunes gens de l'un et de l'autre sexe qui dansaient à l'Opéra, pour répéter les ballets, que le ton aisé de la société pendant la Régence avait rendus si lascifs, et que ces jeunes gens exécutaient dans cet état primitif ou étaient les hommes, avant qu'ils connussent les voiles ou les vêtements. De la collaboration de cette femme dépravée, qui traitait la débauche comme une sorte de politique^ avec Dubois, sortirent de nouvelles inventions non moins heureuses; le divertissement des Flagellants, par exemple. Tous ces ébats étaient copieusement arrosés de vin de Champagne, le seul, au dire de Madame, avec lequel le Régent s'enivrât volontiers. Marais nous apprend que pour n'en jamais manquisr, il avait donné au grand prieur d'Orléans, son fils naturel, l'abbaye d'Hauvillers oà croît le bon vin de Champagne. Ce vin émoustillant donnait aux paroles et aux gestes une liberté que les modes efféminées du temps ne devaient pas gêner beîiucoup. La tête frisée ras et poudrée, le corset échancré à l'excès, l'extrémité du pied jouant dans une mule, et pour robe cette étoffe impalpable de l'Inde, qui
sert de papier aux manuscrits orientaux: telles furent les conditions de ce que la Régence appela, la première, un ^g^^g^' — Ajoutez-y l'usage du masque qui préserve à la fois du soleil et de la pudeur y et des robes rabattues, vous conviendrez que des femmes ainsi deshabillées, fussent-elles des vertus, ne valaient pas, comme dit Sterne, la sentinelle. Le moyen de n'être pas légère avec un habillement dont un contemporain évalue le poids à douze onces l
« Saint-Simon, qui se faisait justement honneur de n'être pas admis à ces soupers, et qui, comme le sage d'Ibagnet, que Duclos nous montre refusant d'y suivre son maître, ne les voyait que de la porte, Saint-Simon nous laisse deviner, par le peu qu'il a entendu, ce qui devait s'y dire. On buvait d'autant, on s'échauffait, on disait des ordures à gorge déployée et des impiétés à qui mieux mieux. La duchesse de Berry, quand la scène était au Luxembourg ou à la Muette, admettait parmi les convives le P. Riglet, jésuite, qui en savait dire des meilleures, et d'autres espèces de canailles. En faisant de son confesseur le témoin de toutes ses fautes, la duchesse s'en épargnait le difficile aveu. Après Saint-Simon, tous les Mémoires insistentparticulièrementsurleton d'égalité qui régnait dans cette société où la débauche confondait les rangs. Les laquais et les cuisiniers étaient congédiés et remplacés à merveille, si l'on en juge par le Régent, qui, selon Madame, avait appris en Espagne à faire la cuisine. On se figure aisément les impiétés.
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et, comme dit Saint-Simon, les gueulées qui assaisonnaient ces divertissements. C'était la spécialité de Noce, qui disait sur le compte de tout le numdece qui lui passait par la tête. Qpant à Broglie, madame de Berry m'a dit, raconte Madame, que les plaisanteries de Broglie consistent à dire grossièretnent les plus grandes ordures y etc., etc. C'est au bruit de ces médisances et de ces blasphèmes que l'on représentait, selon les Mémoires de Richelieu, ce que les Romains, ce que les Grecs, ce que les cours d'Italie les plus corrompues avaient imaginé de plus piquant, de plus voluptueux ou déplus infâme. On V exécuta ou bien on en fit de^ essais; on mit m action Messaline et Cléopâtre.
« // n'y avait plus alors dans la compagnie, ni princes, ni comédiens, ni maîtresses, ni ton^ni cérémonial; les rangs confondus y étaient dans um égalité parfaite ; celui qui pouvait dire les choses les plus piquantes était celui qui y domi- • nait ; quelquefois même, oserai-je le dire? on éteignait les bougies, et le duc d'Orléans qui, de son naturel, était fort curieux des anecdotes scandaleuses, ayant placé une fois des flambeaux allumés dans une grande armoire disposée favorablement, en ouvrit les deux battants à la fois et dévoila dans l'instant de grands secrets à la compagnie. Quant aux gardes les plus robustes, c'est une allusion aux gardes de la duchesse de Berry, aux fameux Mirbalais. Quant à ce qui est de leurs fonctions, nous sommes forcés de renvoyer le lecteur au tome XIII, page 253, du Recueil Maurepas. Page 87 du tome XIV, on peut voir aussi,
en raccourci, ce que c'était qu'une orgie à la Muette. Mathieu Marais, à la date du 28 février 1722, raconte aussi une débauche faite chez le Régent, et dont la princesse de Léon fut l'héroïne. Le Régent, loin d'être jaloux de cette promiscuité, y trouvait le seul plaisir auquel fût sensible son âme blasée. Tout de la part de ces femmes lui est égal, pourvu qu'elles le divertissent. Il y a aussi uue chose que je ne puis comprendre : il souffre que ses propres serviteurs soient en rapport avec ses maîtresses y etc. (Madapie). C'est en présence de ces scènes de dépravation et d'abaissement systématiques, que Madame de Sabran, comme le faisait déjà Fpntenelle aux premières orgies de Saint-Cloud, ne trouvait aucune différence entre l'âme des princes et des laquais, les disant pétries par Dieu d'un reste de la même boue. »
« Lorsque les convives^ rassasiés, ne souriaient plus que médiocrement aux lazzis de Noce, — lorsque la Parabère, l'œil mi-clos, laissait tomber sur l'épaule du premier venu sa tête alourdie, — lorsque madame de Sabran bâillait entre deux saillies, et que le Régent, encore outré de la résistance opiniâtre de la belle La Rochefoucauld, portait la main à son œil malade des suites de la lutte, — lorsque enfin La Fare avait montré cette lanterne magique de sa composition, où dansaient les figures de l'Arétin, l'obscurité succédait à la lumière, et de silencieuses saturnales succédaient aux saturnales bruyantes. Parfois aussi, au lieu de demeu-
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rer à la Muette ou à Saint-Cloud, le Régent rentrait au Palais-Royal, et, dans les transports de son ivresse, voulait forcer La Fare, aussi gris que lui, à lui couper la main 'droite.
« Finissons, ne fût-ce que pour purifier ces quelques pages, par ce couplet naïf et touchant qui, dès 1716, sort comme un soupir de quelque âme naïve et candidement indignée :
Hontes de la Régence (dès lyjô).
« Ah 1 prions tous le doux Sauveur û Que nous laissant un peu de cœur, « Il oste aux estrangcrs la veùe a De nostre honte toute nûe, « Qui fait rougir sincèrement a Le plus petit et le plus grand . »
(De Lescure, 1858.)
13, — Que parmi les lascives Description naturelle des repas nocturnes de la Muette, qui étaient de six homtnes et de six femmes nus, et servis par les pages les plus beaux, également nus
Nous ne pouvons pas transcrire entièrement cette note ij, de la page 64 de notre manuscrit. Le sentiment exact des égards que nous devons à nos lecteurs nous fait un davir de couper la fin. Triste époque^ celle ou les mœurs furent corrompues à ce point, que la langue la plus souple doit s'avouer vaincue! — L'allusion la plus déliée y brûlerait ses ailes !
(U annotateur de i8ys.)