‹ Les PhilippiquesChapitre 89 sur 121 · Le Triumvirat Magistrats qui avaient le · texte numérisé non relu

Le Triumvirat Magistrats qui avaient le

Gouvernement de la République de Rome, au nombre de trois, ce qui occasionnait souvent des troubles publics.

27. — Duc qu aucun opprobre M. le duc de Bourbon, ministre d'État pendant la Régence; il était universellement détesté.

L'Édition de 1795 est en opposition avec l'Annotateur anonyme de notre manuscrit, qui vise le Duc de Bourbon, tandis que l'autre croit voir le duc de la Force.

Là-dessus, les critiques de 1795 sont en corrélation d'idées avec l'Édition de 1858; laissons-la parler :

a Sous la Régence, comme du temps de Dante, la vengeance la plus commode aux satiriques était d'envoyer d'avance leurs ennemis en enfer. Les Sottisiers sont pleins de ces condamnations, et l'histoire n'a pas appelé de tous les jugements. A côté du Régent, de Law, de Dubois, de la duchesse de Berry, dont les charrhes dangereux séduisent jusqu'à Pluton, nous trouvons, poussés par d'invisibles verges, la Force et d'Argenson. Marais donne, à la date de juin 1721, la description d'une de ces estampes satiriques, sorte de brevet illustré de damnation , libéralement accordé au défunt ministre ; tous ces excès finirent par provoquer les rigueurs d'une chambre spécialement établie à cet effet à l'Arsenal. La Force ne fut pas plus ménagé que d'Argenson, convaincu comme lui de haïr le Parlement, et soupçonné aussi de concussion. Comme le remarque le poëte, l'arrêt qu'il prononce n'est qu'une confirmation pour l'éternité du jugement des hommes. Le duc de la Force, comme nous l'avons vu dans V Introduction, avait été flétri par arrêt du Parlement. L'acharnement fut même porté contre lui à ce point, que ses ennemis et ses juges, dans leur haine commune et leur commune ignorance, crurent possible de punir d'une peine capitale un crime, non défini quant aux particuliers, dans l'ancienne législation, et qu'elle ne frappait, en ce qui touche les marchands, que d'une amende tout au plus. On rapporte qiCun Bue demanda à un juge si la peine du monopole était capitale. Le juge répondit que oui. Sur quoi le Duc dit : Ne pourrait-on

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pas adoucir cette rigueur, et la réduire à la peine du

pilori? »

(Mathieu Marais, 13 février 1721. — Édition Malassis, 1838.)

Mathieu Marais, page 170 du tome II, à la date du 6 au 12 juillet, sous la rubrique Duc de la Force, ^nous raconte ainsi les débats du Parlement : « Le lundi 7, le Parlement s'est assemblé, et a commencé de travailler au procès de M. le Duc de la Force. Il y avait les trois princes du sang, dix ou douze ducs et toutes les Chambres. On a continué de travailler toute la semaine dès le grand matin, jusqu'à onze heures et demie. Enfin l'affaire a été terminée le samedi 12 sur les une heure après midi. Tous les accusés ont été entendus, et M. le Duc de la Force lui-même, qui a bien parlé, qui a protesté, comme s'il était devant Dieu, qu'il ne connaissait point le chevalier Landais, qui s'est expliqué éloquemment, et qui n'a été embarrassé que sur le cautionnement par lui prêté pour Bernard, son secrétaire, dans une société de la Louisiane. Toute sa famille était à la porte de la Grand'-Chambre. Il a fait là un personnage bien différent de celui du jour de la Régence, où il protesta contre le Parlement, qui ne lui voulait pas ôter le bonnet. Il a paru dans un état bien humilié, mais l'arrêt l'humilie encore bien davantage, et voilà un triste exemple des procès criminels et des engagements que l'on prend contre son honneur-s »

Marais, avec sa judiciaire accoutumée, résume l'arrêt qui contient, contre le Duc de la Force, la phrase

suivante, stigmate indélébile, qui fait le plus grand honneur au Parlement : « Et sera tenu le Duc de la Force d'en user avec plus de circonspection, et de se comporter à l'avenir d'une manière irréprochable. »

Le 13 juillet 1721, Marais, revenant sur le duc, ajoute : « Le Duc de la Force a marié son neveu, le comte de Roure, avec mademoiselle de Biron, et lui a fait de grands avantages. Il a attendu le jugement du procès, parce qu'il ne pouvait rien donner pendant qu'il durait. Ce neveu est fils de Madame de Roure, qui a été maîtresse de feu Monseigneur le Dauphin, et, depuis lui, de beaucoup d'autres (sic), qui ne. sont pas de si bonne maison. M. de CoUandre a d'elle une grande fille très-bien faite. Ce mariage mettra le Duc de la Force un peu en crédit auprès du Régent, dont le marquis de Biron est favori. On dit qu'il a demandé à rentrer au Conseil de Régence, et que le Régent lui a dit : Je ne réponds pas que si je vous y menais^ le Roi ne vous m fît sortir. »

Ce duc de la Force est jugé. D'Orléans, bon prince, mais pointilleux sur le point d'honneur, ne voulut pas rompre en visière avec l'opinion publique, moins éloquente qu'aujourd'hui, mais déjà puissance redoutable. La Force fut sacrifié à la raison d'État.

(V Annotateur âe iSjs)

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