‹ Les philosophes classiques du xix siecle en FranceChapitre 47 sur 56 · Éthique^ livre III, Prop. 3Î · texte numérisé non relu

Éthique^ livre III, Prop. 3Î

M. JOUFFHOY PSYCHOLOGUE. 257

livre de V Éthique, disant que l'explication y est entière, et qu'il n'y a plus rien à chercher sur ces questions-là. C'est que votre but et votre marche auront été les mêmes que ceux des sciences positives. Étant donnés l'ascension des ballons, l'élévation de la colonne barométrique, le glissement de l'eau sur les plans inclinés, le physicien ne les explique point par une force d'ascension, par une horreur du vide, par une force d'inclinaison, mais par un fait observable, la chute des corps pesants. Étant donnés la sympathie, Tégoïsme, la vertu, l'amour, l'ambition, la crainte et toutes les passions, Spinoza les explique non par une liste d'inclinaisons primitives, mais par ce fait que la joie est un accroissement d'action et de perfection. Nous voulons donc que la psychologie imite les sciences naturelles dans la recherche de l'essence comme dans la recherche des causes, qu'elle travaille à découvrir non la substance imaginaire et invisible, mais les faits primitifs auxquels se réduisent les autres; non les facultés imaginaires et inutiles, mais les faits généraux d'où se déduisent les autres. Ce n est pas assez d'imposer avec vous à la psychologie l'observation et l'induction, à l'exemple des sciences physiques ; il faut encore, malgré vous, la renfermer dans l'étude des faits, sjules choses réelles, à l'exemple des sciences physiques. Ce n'est pas assez de lui donner sa mé-

ilioJe; il faut encore lui fixer sa matière. Ce n' pas assez de lui fournir sa lumière ; il faut enc l'appliquer sur son objet. Avec un grand talent psychologue, un zèle admirable, des précautic passionnées, de belles découvertes partielles, y( étiez homme. Faute de précision, vos descripti( sont restées inexactes. Votre psychologie s'est é) rée dans une métaphysique oiseuse, parmi des i cherches imaginaires. Vous n'avez laissé dans science que des constructions chancelantes, complètes et provisoires, et dans le monde qu' long souvenir de sympathie et d'admiration. »

Si l'habitude de la réflexion conduit l'homme intérieur dans la psychologie, elle l'en ôte bientôt pour l'enfermer dans la morale. Qui suis-jeî question curieuse. Que dois-je faire, et que deviendrai-je? question terrible. Le cœur se trouble en l'écoutant, plus que tout autre le cœur imbu de la pensée du salut et des souvenirs du christianisme. Il faut un aliment à ces âmes ardentes, et leur passion ne se rassasie que dans la contemplation anxieuse du devoir et de réternité.

La grande affaire de M. Jouffroy fut la connais^ sance de la destinée humaine ; il la donna pour but

à la philosophie* ; pour lui les autres recherches ne furent que rentrée de celle-là. Avec quelle émotion douloureuse il la tentait, ses paroles seules peuvent le dire*. Il parcourut l'univers, la science et la vie, montrant que tout spectacle, tout événement et toute pensée y ramènent l'homme, qu'elle est l'œuvre, non d'une curiosité tranquille, mais d'un besoin impérieux et âpre, qu'elle n'est point un divertissement de l'esprit, mais la vraie et la première nourriture du cœur. Dès l'abord, le premier essai du bonheur nous y précipite. « Car à peine obtenu, ce bonheur, si ardemment, si uniquement désiré, effraye l'âme de son insuffisance; en vain elle s'épuise à y chercher ce qu'elle avait rêvé ; cette recherche même le flétrit et le décolore ; ce qu'il paraissait, il ne l'est point; ce qu'il promettait, il ne le tient pas : tout le bonheur que la vie pouvait donner est venu, et le désir du bonheur n'est point éteint. Le bonheur est donc une ombre, la vie une déception, nos désirs un piège trompeur. Ici la nature même des choses est convaincue de méchanceté ; le cœur de l'homme et toutes les félicités de la vie mis en présence, le cœur de l'homme n'est point satisfait. » D3 là un découragement profond, un désen-

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