Cours de droit naturelf 29* leçon, p. U
vérités nous en découvrent une troisième, à savoir que < si chaque être a une fin qui lui est propre, chaque être a dû recevoir une organisation adaptée à cette fin, et qui le rendit propre à l'atteindre : il y aurait contradiction à ce qu'une fin fût imposée à un être, si sa nature ne contenait le moyen de la réaliser. •
Puisque la nature des êtres est appropriée à leur fin, on pourra, en étudiant la nature d'un être, connaître sa fin, de même qu'en étudiant la structure d'un édifice on peut conclure sa destination.
Puisque chaque être a sa fin, la création, qui n'est que l'ensemble des êtres, a sa fin ; « et les fins particulières de tous les êtres qui peuplent et composent l'univers ne sont que des moyens divers qui concourent à l'accomplissement de cette fin totale et suprême. » — « Ce concours des fins éparses aspire à un but unique, celui-là même que Dieu s'est proposé en laissant échapper l'univers de ses mains. »
Jusqu'ici les conceptfons et les déductions qu'on vient de lire ne sont que spéculatives ; la remarque suivante les rend pratiques; elles n'étaient que des œuvres de science, elles deviennent des ressorts d'action.
La fin d'un être est son bien ; et le bien d'un être est sa fin. Cette vérité est évidente par elle-
même. « Il y a aux yeux de la raison une équation parfaite, absolue, nécessaire, entre l'idée de fin et ridée de bien, équation qu'elle ne peut pas ne pas concevoir dès que le principe de finalité lui est apparu*. »
Puisque la fin est le bien, la fin absolue de la création est le bien absolu ; or, ce bien nous apparaît comme sacré ou obligatoire. Et comme la fin de chaque être particulier est un élément de la fin absolue, le bien de chaque être particulier est un élément du bien absolu ; il est donc sacré et obligatoire. En d'autres termes, il est de notre devoir de respecter la fin ou le bien des autres et le nôtre, et d'y aider.
Puisque la nature d'un être est appropriée à sa destinée et l'indique, la nature dé l'homme est appropriée à sa destinée et l'indique. Or, en étudiant la nature, c'est-à-dire les tendances fondamentales de rhomme , on s'aperçoit qu'elle ne peut être satisfaite en ce monde, et, par exemple, atteindre la plénitude de la science, de l'activité, du bonheur. Donc elle n'a pas pour fin en ce monde cette satisfaction et cette plénitude ; car il serait absurde qu'une fin lui fût proposée et qu'elle ne pût l'atteindre. Donc elle a pour fin ce qui est uniquement en son pouvoir, et ce que, par elle