‹ Les philosophes contemporains IChapitre 208 sur 244 · Voir Bourdeau, op. cz^, passim · texte numérisé non relu

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2, Th. Ribot, page 31.

La pierre d'achoppement de la philosophie allemande a été cet éternel problème :.la connaissance. Que connaissons-nous et surtout comment connaissons-nous, telle est la question qui se pose forcément.

La connaissance est d'abord un fait. Un objet frappe mes sens, j'en ai une idée, je le connais, voilà le fait. Il suppose nécessairement deux termes : le sujet et l'objet, le moi et le non-moi, pour parler comme les philosophes d^outre-Rhin. Comment le sujet peutil atteindre l'objet? En s'unissant à lui par une image, c'est-à-dire au moyen des espèces intelligibles. Quiconque repousse la théorie des espèces intelligibles doit trouver une autre solution au problème de la connaissance. Les philosophes allemands l'ont résolu en admettant l'identification du sujet et de l'objet :

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l'objet n'est plus uni au sujet, sa réalité et celle du sujet sont une seule et même chose. Il n'y a donc plus union seulement, il y a unité, identification. Cette unité, pour Fichte, est le moi, elle est l'identique de Schelling, ride'e de Hegel et la volonté de Schopenhauer. Les noms changent, le fond de la doctrine est le même.

C'est Kant qui est responsable des aberrations de la philosophie allemande. Il avait dit, en effet, dans sa Critique de la raison pure : a Si je fais abstraction du sujet pensant, « tout le monde des corps s'évanouit, puisce qu'il n'est rien autre chose que le phéno- « mène de cette faculté subjective qu'on <c appelle sensibilité, un des modes de repré- « sentation du sujet qui connaît ». Si Kant se fût contenté de dire que la disparition du sujet pensant entraînerait celle de l'objet en tant que connu et pensé, il eût été dans le vrai, car, pour être connu, Tobjet suppose nécessairement un sujet connaissant; mais il fait dépendre la réalité de l'objet de l'existence du sujet, de telle sorte que c'est le sujet qui crée l'objet, non plus seulement en tant que connu, mais dans sa réalité totale. Kant prévoyait peut-être l'abus que l'on pourrait faire d'une proposition si étrange déjà en elle-même, aussi il la supprima dès la seconde édition.

Schopenhauer lui reproche amèrement d'avoir ainsi brisé l'unité de son système, d'avoir arraché la clef de voûte de l'édifice et il réussit à faire publier, en i838, une édition de la Critique de la raison pui^e dans sa forme primitive.

Les maîtres avérés de Schopenhauer sont Bouddha, Platon et Kant. Ce qui l'attire vers le bouddhisme, c'est la négation radicale du théisme. « Le bouddhisme, dit-il ', c'est-à- « dire la religion qui compte sur la terre le « plus de fidèles, loin d'admettre le moindre « vestige de théisme, en a, au contraire, une c( horreur invincible; c'est là une vérité abso- « lument démontrée.» Quant à Platon, « c'est « aux Juifs qu'il doit ses accès périodiques de « théisme 2;» lui en faire un titre de gloire, « c'est une vraie capucinade », et si Kant s'était livré à de sérieuses études historiques, il n'aurait pas dit que le concept de Dieu est « une conséquence nécessaire, un produit na- (( turel de la raison ^ ».

Schopenhauer a subi d'autres influences qu'il ne pouvait pas avouer sans se donner à

1. Le Monde comme volonté et comme représentation^ tome II, page 84.

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