‹ Les philosophes francais du 19. siecleChapitre 44 sur 66 · Préface de Dugald Stewart · texte numérisé non relu

Préface de Dugald Stewart

salions, de nos idées, de nos plaisirs, de nos peines, de nos désirs, de nos résolutions ; que cette connaissance est perpétuelle ; qu’elle est commune à tous les hommes;. que ni les yeux, ni les oreilles, ni les mains, ni aucun sensn’y a part ; que néanmoins elle est indubitable, et que lorsque nous mangeons une pêche, nous ne sommes pas plus assurés de la présence delà pêche que de la présence de notre plaisir. Il y a donc des faits intérieurs et non sensibles aussi réels que les faits extérieurs et sensibles. 11 y a donc une observation intérieure de conscience aussi véridique que l’observation extérieure des sens. Il y a donc dans la science de l’ilme un objet et un instrument comme dans la science des corps.

Get instrument, manié maladroitement par le vulgaire, peut être manié adroitement par des hommes spéciaux. L’observation intérieure, comme l’observation extérieure, n’embrasse d’abord que des masses, et n’atleint que tardivement et péniblement les détails. L’homme ordinaire, apercevant un lis, ne voit qu’une grande fleur blanche dont le calice évasé contient des fils jaunâtres; le botaniste distingue la corolle, les six pétales, l’ovaire, le style, le stigmate, les étamines, les anthères, le pollen, les divers changements et les divers rapports de toutes ces parties depuis leur naissance jusqu’à leur mort. L’homme ordinaire, apercevant un objet beau, remarquera en lui-même une sensation de plaisir, et

rien de plus ; le psychologue démêlera que ce plaisir est désintéressé, qu’il est produit parla sympathie, qu’il a pour cause la notion d’une force invisible qu’en cette force nous nous reconnaissons nousmêmes; que la matière n’est qu’un symbole ou moyen d’expression ; que notre plaisir est augmenté par la nouveauté de l’objet, ou par son ancienneté, ou par les idées associées. L’observation de conscience, comme l’observation sensible, peut donc, en se perfectionnant, distinguer plusieurs objets là où elle n’en remarquait qu’un seul, changer les notions vagues en notions précises, les notions incomplètes en notions complètes, les notions fausses en notions exactes. La science de l’âme, comme la science des corps, est donc capable de progrès.

Comme la science des corps, elle est capable de lois. Car, de même que dans l’enfance des sciences physiques les hommes savaient quelques règles des phénomènes physiques, de même, dans cette enfance des sciences morales, nous savons quelques règles des phénomènes moraux. Us savaient que la chaleur fond le plomb, et qu’une pierre abandonnée à elle-même tombe vers la terre; nous savons que toute résolution est précédée par la vue d’un motif, que tout souvenir est précédé et suscité par

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