‹ Les Phlébotomes et la Fièvre à PappataciChapitre 11 sur 30 · HABITAT, — MOEURS · texte numérisé non relu

HABITAT, — MOEURS

Les Phlébotomes sont lucifuges. Ils affectionnent les

endroits sombres, les recoins obscurs des chambres, les

pièces mal éclairées et particulièrement les penderies de vêtements. En dehors des habitations, ils établissent leurs repaires dans les interstices des moellons et des pierres, les crevasses des murs des souterrains, dans les tas de pierres, de briques, de tuiles, dans les amas de planches et les trous des arbres. Pendant la guerre on les a trouvés au cap Hellès dans les parois des vieilles caves des maisons abandonnées de Sedd-Ül-Bahr et aussi dans les craquelures des remblais, des parapets en terre des tranchées. Niccor les signale dans les traditionnelles maisons en bois et en pisé de la Haute-Alsace, RouBauD dans les cases en pisé nouvellement construites de la région de Tombouctou. Cetteterre, gächée avec de la paille qui, en séchant, se fendille, se fissure, formant ainsi des anfractuosités innombrables, fournit un refuge d'élection à ces insectes.

Mais, si la lumière du jour les chasse, la lumière artificielle au contraire les attire, témoin les nombreux cadavres d'insectes trouvés par Dorrr sur les lampes à pétrole des corps de garde. Ils restent donc cachés pendant la journée et ne sortent de leurs abris que par les nuits calmes et chaudes. Certains observateurs (AUBERT, Sar- RAILHÉ) prétendent cependant les avoir vus voler et piquer en plein jour, notamment pendant la sieste, des dormeurs reposant dans des pièces obscures.

Les femelles seules piquent l’homme etsucent son sang, les mâles se nourrissent vraisemblablement du suc des plantes ; nous avons reconnu déjà plus haut dans la constitution différente de la trompe chez les deux sexes la raison de cette dissemblance de régime.

Le Phlébotome commet en général ses méfaits à l'intérieur des maisons ; mais il peut piquer aussi à l’extérieur ; un calme atmosphérique parfait est alors néces-

LUE saire. Le moindre souffle emporte ce léger et fragile insecte, qui, incapable de soutenir un vol prolongé, s'écarte peu de l'endroit de sa naissance. La distance maxima qu'il peut parcourir horizontalement est de cinquante mètres environ ; elle est plus réduite encore dans le sens vertical. Dans les régions qu'il infeste on ne le trouve qu’au rez-de-chaussée et au premier étage, les étages supérieurs en sont indemnes. A Khartoum, où il envahit les vérandas et les chambres à coucher, les habilants échappent à sa piqûre en dormant sur les toits.

En raison de sa petitesse, de sa couleur claire, de la transparence de ses ailes, il est difficile à saisir ; il se dérobe par courtes envolées, ressemblant un peu aux boniis des puces. On peut le capturer cependant en le surprenant la nuit sur les murs et les vitres et en appliquant prestement sur lui l'ouverture d’un tube à essai.

Son vol est complétement silencieux, à l'inverse de celui des Culicidés et Anophélidés, qui annoncent leur présence par un léger bourdonnement à timbre élevé. Le Phlébotome pique sans avoir prévenu. Quelques-uns des noms qu'il porte dans différents pays rappellent cette particularité.- Papalas, en patois vénitien, signifie : « il mange en silence »; Akhl-ou-Skoût, en Arabie a le même sens; Vouva à Malte veut dire: « muet, silencieux». En dialecte arabe de l'Afrique du Nord on l'appelle Koul-ou-eskout. Il se nomme enfin « Sand- {ty ou Moth-fly en anglais: Bealillas en espagnol.

On ne le sent pas se poser, il pique même à travers l'étoffe, les chaussettes minces et les vêtements légers de coton ; son estomac est vite rempli et au bout de quelques secondes il s'échappe. Sa piqûre est très douloureuse, plus douloureuse en général que celle des moustiques, et dans les régions où il pullule il devient un véri-

Re table tyran interdisant tout sommeil et tout repos la nuit. La production de la douleur est due plus à l’inoculation en quantité impondérable d'une salive irritante qu'à la piqûre elle-même. Dans « un pays à Phlébotomes » l'insecte semble piquer les indigènes moins souvent que les étrangers et, parmi ces derniers, certaines personnes ne sont jamais attaquées par lui alors que d'autres sont constamment harcelées. I! semble que l’on puisse répéter pour le « pappataci » ce que Réaumur disait des Cousins, c'est-à-dire des moustiques : « Il y a des chairs que les Cousins préfèrent à d'autres » et aussi : « Il paraît qu'il doit y avoir des moyens de rendre notre peau dégoütante pour les Cousins ; que, si celle de nos mains et celle de notre visage étoient lavées d’une certaine eau, les Cousins n'aimerojent pas à la percer, ni même à se poser dessus ». Nous verrons au chapitre « Prophylaxie » ce qui a été tenté dans ce sens.

L'insecte semble avoir des régions d'élection comme terrain d'attaque; les parties du corps qui sont le plus maltraitées sont, par ordre de fréquence décroissante, d'après Dogrr : l'articulation du cou-de-pied, le dos du pied, l'articulation du poignet, la face antérieure de l'avant-bras, le genou, la jambe, le bras et le cou. Le visage, la nuque, le dos et l'épaule seraient généralement respectés.

L'homme n'est point la seule victime des Phlébotomes. Une espèce, le Phlebotomus minutus, est l'hôte naturel de certains Lacertiens : les geckos. RouBauD a trouvé à Bingerville (Côte d'Ivoire) sur un lézard : Agama colonorum une multitude de femelles de Ph. minutus, variété africanus, gorgées de sang. Un autre lézard du Pérou : Tropidurus peruvianus, a comme associé constant le PhlebolOmMUS VErTUCarum.

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