‹ Les pièces buccales et le pharynx d'un Staphylin de CeylanChapitre 4 sur 6 · STAPHYLIN DE CE Y LAN · texte numérisé non relu

STAPHYLIN DE CE Y LAN

de la lèvre inférieure, se continue avec le labre, formant, en arrière (le celui-ci, le pli ou sinus labro-pharyngé décrit cidessus. La membrane interne, invaginée au niveau de l’orifice, forme le pharynx proprement dit prolongé en arrière par l’œsophage (fig. 3 et 10). Les muscles constricteurs sont placés entre les deux membranes. On voit encore (pie les brosses et les peignes ne sont pas des pièces indépendantes, librement articulées sur la lèvre inférieure, mais prolongent simplement les parois du pharynx des deux côtés de l’atrium. 11 est vrai (pie ces organes sont dans leurs postérieurs attachés aux bords de la lèvre, mais leur situation en dehors des palpes ne permet pas de les assimiler aux languettes mobiles (glosses et paraglosses) portées d’ordinaire par le labium. Ma conclusion est que les brosses et les peignes qui bordent l’atrium à droite et à gauche se sont, en vue d’une fonction spéciale, formés par différenciation des parois du stomodæum.

Le pharynx peut, grâce aux articulations de son arc, s’avancer quelque peu. L’entrée qui est cachée en dessous du labre, pi'otégée par les poils de ce dernier, se montre à découvert, sur les fig. 5, 6 et 10, indiquée par la lettre o.

Les dispositions anatomiques étant connues, le fonctionnement des pièces buccales peut s’expliquer sans trop de peine.

Il y a entre le labre et l'atrium un espace transverse assez large pour recevoir les bords internes des mandibules au moment où ceux-ci entrent en contact. Les parcelles alimentaires détachées par l’action des mandibules s’accumulent tout d’abord dans cet espace. Retenus en arrière par le pli Iabro-pharyngé, sur les côtés par les brosses mandibulaires, les aliments peuvent, au gré de l'animal, être pressés quelque peu à l’intérieur du sinus.

Les peignes placés de champ fonctionnent vraisemblablement à la manière d’une passoire. Le liquide étant expulsé au dehors,

E. BUGNION

les parties solides sont seules retenues dans le sinus. A ce moment, les mandibules s’étant écartées et les peignes tournés en dedans (à plat), les maxilles prennent la place des mandibules. Ces organes, mobiles en divers sens, balaient au moyen de leurs brosses l’intérieur du sinus et amènent les parcelles nutritives vers l’entrée du pharynx. Le pharynx qui peut, grâce à son arc mobile, se porter en avant ou en arrière, s’avance de lui-même au-devant du bol. Celui-ci, pressé par les muscles constricteurs, est poussé dans l’œsophage.

Le tube digestif d’un Creophilus vïllipennis Ç>. étalé sur le porte-objet, a donné les mesures suivantes : œsophage, 3 mm., gésier 2,5, estomac 8, intestin grêle 1, vésicule stercorale 3, intestin anal 3, total 20,5 (longueur du corps 19).

Le gésier, étroit et allongé, laisse voir par transparence huit lames velues, d’un brun rougeâtre.

L’estomac porte des villosités assez nombreuses.

Les ovaires, longs de 6,5 mm., ont chacun six gaines. Les oviductes mesurent 4 mm., le vagin en a 5.

Une Silphe (Necrodes osculans), disséquée à titre de comparaison, a montré des différences assez marquées.

Le labre, très grand, offre sur ses deux surfaces convexes de petits bâtonnets arrangés sur des lignes courbes plus apparentes encore que celles du Créophile.

Les mandibules, courtes et épaisses, avec la pointe moins acérée, offrent sur le bord interne une grosse dent un peu mousse et en avant de celle-ci un tranchant sinueux.

Le lacinia de la maxille se termine par une forte dent recourbée. La brosse qui se trouve en arrière de celle-ci est formée de poils plus courts et moins serrés. La brosse du galea est moins fournie. Les palpes maxillaires sont formés de quatre articles, comme ceux du Staphylin.

Il y a, comme chez l’espèce précédente, au-devant du menton, une pièce indépendante (promentum) destinée à porter la lèvre

STAPHYLIN DE CHYLAN

inférieure. La lèvre, beaucoup plus large, presque cordiforme, offre sur le bord antérieur une incisure profonde et, des deux côtés de l'incisure. une expansion velue représentant peut-être des glosses rudimentaires soudées avec la lèvre. La lèvre est divisée en trois segments, un médian et deux latéraux. Les palpes, formés de trois articles, ne sont pas comme chez le Staphylin insérés sur le bord antérieur, mais sur la face ventrale, à milongueur de cette face, à droite et à gauche du segment médian. Ce dernier, creusé en gouttière, forme un atrium limité latéralement par deux lignes brunes.

L’entrée des voies digestives est une fente longitudinale commençant en avant à l’incisure de la lèvre inférieure et prolongée en arrière jusqu’au pharynx. La membrane qui limite cet orifice à droite et à gauche, est tapissée de longs poils dirigés d’arrière en avant. Les peignes sont représentés par nue rangée de poils plus forts, à direction transverse, placés des deux côtés de l’atrium. Il ressort en somme de l'étude de la Silphe que les peignes décrits ci-dessus chez le Creophïlus ne sont pas des formations entièrement nouvelles, mais existent chez d’autres Insectes au moins à l’état de rudiments 1 .

I^a Silphe, bien que soumise au même régime que le Staphylin

1 Quelques anatomistes admettent, outre la mandibule, la maxille et la lèvre inférieure, l'existence d'une 4 me pièce buccale (intercalaire) proémiliant sur la ligne médiane en avant du pharynx. Cette pièce, visible chez les Insectes primitifs (Anurida, Machilis), comprend une partie médiane ventrale (lingua) et deux dorsales (superlinguæ).

La pièce intercalaire a été décrite également sous le nom d'hypopharynx.

Les peignes du Greophilus pourraient, d’après la position qu’ils occupent à l'entrée du pharynx, être considérés peut-être comme dérivés des superlinguæ. Toutefois, comme les Coléoptères en général n’offrent aucun vestige de la pièce buccale intercalaire, comme on trouve d’autre part des formes de passage permettant de faire dériver les peignes des Staphylins des poils latéraux du labium, il n’y a pas lieu, semble-t-il, de chercher des homologies plus éloignées.

Voyez au sujet de la pièce intercalaire: Hansen, Zur Morphologie der Gliedmassen und Mundtheile hei Crustaceen und Tnsékten. Zool. Anz. Jg. 16, 1S93. — Folsom. The development of the Mouth-parts of Anurida Guér. Bull, of the Mus. at Harvard College. Vol. 36, 1900.

K. BVGNION

(matières animales décomposées), a, chose curieuse, un tube digestif beaucoup plus long. Les mesures ont donné pour deux sujets: œsophage 11 mm., gésier 1, estomac 16, intestin 230, total 258, soit sept fois la longueur du corps qui est de 36. La longueur de l’intestin est, comme on voit, tout à fait exceptionnelle. Très étroite, d’épaisseur uniforme, cette partie du tractus forme au côté dorsal de l’estomac un peloton assez volumineux pour masquer entièrement ce dernier viscère.

Chez les Blattes, Grillons, Termites, l’organisation diffère en ce que l’atrium, beaucoup mieux détaché de la lèvre inférieure, proémine jusqu'au bord antérieur du labre en formant dans la cavité buccale un embouchoir entièrement libre. C’est dans son tiers postérieur seulement que l’atrium (improprement appelé hvpopharynx) s’attache sur la lèvre inférieure; les conduits salivaires qui cheminent entre la lèvre et l’atrium débouchent en ce point à l’intérieur de ce dernier. Un trait intéressant à relever est que les Orthoptères n'ont, de même «pie les Coléoptères, pas de cavité buccale proprement dite (ouverte en arrière), prolongée directement par le pharynx. Il est clair, en effet, que lorsque l’atrium du pharynx s’avance jusqu’au bord du labre, la membrane de la cavité buccale doit nécessairement se réfléchir tout autour. Ce n’est donc pas seulement entre le labre et l’atrium, mais tout autour de .ce dernier que l’on trouve un sinus. Ces dispositions, encore imparfaitement connues, existent probablement chez beaucoup d’insectes *.

1 La plupart des auteurs qui ont décrit la bouche des Orthoptères figurent une cavité buccale ouverte en arrière (comme celle d’un Vertébré!) directement prolongée par le pharynx. L’organe énigmatique désigné sous le nom d hypopharynx n’aurait d’autre usage que de déverser la salive à l’extérieur. (Voy. p. ex. Packard, Textbook of Entomology, 1S98, fig. 70 et 71).

Une telle manière de voir est erronée. La cavité située en-dessous du labre est fermée en arrière chez les Blattes, Grillons, Termites, etc*, aussi bien que chez le Créophile. Le prétendu hypopharynx se continue directement avec le pharynx et l’œsophage. C’est l’atrium ou, si l’on peut employer ce terme, • l’embouchoir » du pharynx. L’entrée des voies digestives u’est donc nullement au fond de l’es-

STAPHYLIN DE CKYLAN

L’appareil salivaire, si développé chez les Orthoptères, Hémiptères, Lépidoptères, Hyménoptères, parait faire entièrement défaut chez le Creophilus.

pace Iabro-pharyngé (soi-disant cavité buccale), mais au côté dorsal de l’atrium (hypopharynx). L’orifice, difiicile à voir, compris entre deux bords garnis de petits poils, peut être démontré au moyen d’une soie introduite par l’œsophage. Il faut, pour réussir, prendre un Insecte frais et. après avoir isolé le pharynx et l’œsophage, dégager ce dernier de l’ouverture du tentorium.

EXPLICATION DES PLANCHES Lettres communes à toutes les ligures.

atrium.

peigne de l’atrium.

brosse de ht mandibule.

pli

pharynx.

eardo.

arc du pharynx.

clvpeus ou épistome.

pi

palpe labial.

cl'

bord du clvpeus.

pin

palpe maxillaire.

échancrure maxillaire.

stipes de la maxille.

fl

galea.

tentorium.

arc du galea.

la

pilier antérieur du tentorium.

lèvre inférieure.

la'

articulation de ce pilier avec

la

lacinia.

Parc* du labre.

Ib

labre.

te

support du cerveau.

arc du labre.

fp

pilier postérieur du tentorium.

mentum.

tv

pilier vertical »

promentum.

fond du sinus 1 abro-pharyngé.

orifice du pharynx.

baguette qui attache Parc du

œsophage.

pharynx au promentum.

E. BUGKION

Page 1