LA PASSERELLE DE LA RUE DE BEAUNE, 557 JANVIER
Maria Devaux, photog. Verascope Richard.
con est superbe et sinistre : peu de monde sur les quais, au loin, dans le noir, des voix de camelots crient les « dernières nouvelles »... La lumière électrique brille encore sur la rive droite... Les feux rouges signalant les piles de ponts jettent leurs notes sanglantes.
Sur le quai du Louvre deux feux à l'acétylène projettent de grandes lueurs dont les reflets viennent danser sur l'eau 4ioire en donnant exactement l'impression de ces « pluies d'or » que tirent les artificiers.
La lune est très claire... Par-ci par-là, sur les quais, de petites flammes : les feux de bivouac allumés parles soldats qui vont passer la nuit pour nous garder, nous proléger contre l'inondation et nous défendre des malfaiteurs dont les sinistres visages commencent à se montrer dans les ruelles sombres.
L'ami qui est près de moi contemple ce morne paysage... Soudain il pousse un cri : « Allons, bon... me voilà bloqué... l'eau qui commençait à peine à mouiller la chaussée devant la rue Bonaparte a tout envahi... comment vais-je pouvoir rentrer chez moi...» Et il me quille anxieux!
Vendredi 28, 4 heures du matin. — La nuit est douce, le ciel très calme, sans une étoile... Aucun autre bruit que le grondement morne et continu du fleuve... L'eau paraît avoir atteint le niveau même du pont des Saints- Pères, dont le tablier semble poser directement sur la Seine... Des silhouettes d'agents cyclistes passent rapidement dans la nuit ; les grands feux ranges du quai du Louvre continuent à briller.
7 heures. — Le jour parait, livide... Dans l'escalier de service on entend les domestiques se hâtant de descendre pour aller aux provisions, cela rappelle les mau-
LA SEMAINE D'UN INONDÉ
vais jours du siège... Le boucher monte lui-même prendre les instructions, il est inondé et va fermer... La Seine semble encore plus menaçante. ..De grands nuages gris traînent comme dos toiles sur les loits du Louvre