‹ Les pilules du diable, féerie, en trois actes et vingt tableauxChapitre 2 sur 94 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, SOTTINEZ, suivi de quatre laquais.

SERiNGUiNOs, allant à lui.

Ahl seigneur hidalgo, que je suis heureux de vous voir I

SOTTINEZ.

Je le crois ; c'est ce que l'on me dit toujours

quamd>je .gm^ pr^g^e. . . Laquais, tenez-vous à

^distance respectueuse. Et la charmante Isabelle, éprouve-t-elle aussi quelque plaisir à me voir? BABILAS, à part.

Oui, à le voir loin.

SERiNGuiNOS, embarrassé.

Il-y a'plaisir et plaisir. Celui qu'elle éprouve n'est pas de nature à se laisser voir... la pauvre petite est si timide!

SOTTINEZ.

Pourquoi donc, jolie signora? de la timidité avec un homme qui se dit votre esclave, qui met à vos pieds sa personne, ses biens, ses titres I

ISABELLE

D'abord, seigneur hidalgo, je ne suis pas timide; je dis assca nettement ce que je pense ; c'est pourquoi je vous engage à mettre vos biens, vos titres et votre personne aux pieds de mon père, si cela l'amuse, et à me laisser, moi, parfaitement tranquille, attendu que je ne vous aime pas, et qu'il est probable que je ne vous aimerai jamais.

SOTTINEZ.

Ah çà I dites donc, brave et digne apothicaire, voici une déclaration que je trouve peu galante. BABILAS, à part.

Elle lui a bien dit cela, la petite I

SERiNGuiNOs, se retournant.

Allez tourner vos cornets, Babilas. Tenez, seigneur Sottinez, quand les petites filles sont grandes, on ne les reconnaît plus; on devrait les marier en bas-âge pour en être le maître... Ma fille était mon plus bel ouvrage; je m'étais plu à la composer moi-même pour en faire l'ornement de mes cheveux blancs, et voici qu'elle m'outrage, qu'elle me bafoue , et qu'en un mot , elle me fait passer pour une ganache, n'est-ce pas, Babilas ?

BABILAS.

Oui, je trouve que ganache est le mot propre.

SERINGUINOS.

J'en étais sûr... c'est révoltant! mais nous verrons. Isabelle! Isabelle I vous allez voir... approchez ici, signera.

ISABELLE, quittant le comptoir.

Me voici, mon père.

SERINGUINOS.

Une fois, deux fois, trois fois, voulez-vous épouser le seigneur Sottinez?

ISABELLE

Encore moins trois fois qu'une fois; je ne veux pas l'épouser du tout. J'aime- Albert et je ne serai jamais qu'à lui.

SOTTINEZ.

Quel est cet Albert?

SERINGUmOS.

C'est un peintre.

SOTTINEZ.

Bien ! c'est un gueux.. . je m'en doutais, les jeunes filles aiment toujours ces drôles-là.

SERINGUINOS.

C'est votre dernier mot, signora?

ISABELLE

Mon dernier, à moins que vous ne vouliez encore celui-ci : c'est que plus je vois monsieur, plus je me fais un devoir de le détester.

SERINGUINOS.

Eh bien ! à l'instant même vous allez partir pour le couvent de la Visitation, et nous verrons là si M. Albert vous fera parvenir des billets doux.

ISABELLE

Je suisprôte.Du moins si je ne vois pas Albert, je n'aurai pas les visites du seigneur Sottinez, et il y aura compensation.

SERINGUINOS.

Marceline ! Marceline I

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