‹ Les pilules du diable, féerie, en trois actes et vingt tableauxChapitre 5 sur 94 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les Mêmes, MAGLOIRE.

MAGLOIRE, entrant tout effaré.

Cachez-moi, mes amis, cachez-moi dans un bocal, dans un mortier, dans un cornet, dans ce que vous voudrez.

BABILAS.

Eh beni qu'est-ce qu'il y a donc?

MAGLOIRE

Vous ne les voyez pas venir?

BABILAS, regardant dans la rue.

Je ne vois personne.

Bien sûr?

BABILAS.

Bien sûr! d'ailleurs il est midi; ce n'est pas à cette heure-là qu'à Madrid on voit du monde dans les rues.

MAGLOIRE

Voilà précisément ce qui est cause de mon malheur !

BABILAS.

Il est fou !

MAGLOIRE

Est-il bête, lui!... il ne voit pas que j'ai peur, et que ça vous donne un air... Ah! braves commis apothicaires, si vous saviez quelle aventure î... Je venais ici tout bonnement comme quelqu'un qui marche devant lui... j'entends crier; mais c'était un cri qui ne ressemblait pas à celui des hommes... c'était un chien... on venait de lui marcher sur la patte... j'étais ému comme tout chrétien doit l'être; tout-à-coup arrivent trois grands coquins de laquais qui sortent de la maison du grand inquisiteur... C'est toi qui as marché sur la patte de Bibi , car à midi il n'y a dans les rues que des Français ou des chiens... nous allons l'assommer... Après un argument comme celui-là... il n'y avait rien à répondre... j'ai vu que j'étais dans mon tort... je me suis sauvé; ils m'ont poursuivi jusqu'au coin de la rue ; il était temps que j'arrivasse, cher BabiLas!... De grâce, que se peut-il qu'on me fasse?

BABILAS.

Le ca? est grave! diable ! le chien du grand inquisiteui".

VoYcz-vous ça?

BALILAS.

Est-ce que par hasard vous seriez hérétique ?

MAGLOIRE

Non, je suis domestique.

BABILAS.

Hérétique, domestique...

MAGLOIRE

Oui! c'est le ique qui pourrait me compromettre... que faut-il faire?

BABILAS.

Il ne faut plus venir dans notre quartier.

MAGLOIRE

Ce ne serait pas mal vu: mais j'ai affaire par ici tous les iours...

BABILAS.

Chez nous, n'est-ce pas?

MAGLOIRE

Qui vous a dit ça?

Pour apporter des billets doux à M^e Isabelle... malin !

MAGLOir.E.

Oui, malin!... le père Serin guinos m'en a attrapé un hier.

BABILAS.

C'est ce qui fait que W^^ Isabelle est entrée au couvent aujourd'hui, et qu'en conséquence vous n'avez plus rien à faire par ici.

MAGLOir.E.

C'est-il bien vrai?.-. Ah! mon pauvre maître, quelle désolation!... il est dans le cas de faire quelque malheur!... M^ie Isabelle au couvent... bien, me voilà joli garçon; s'il apprend que c'est par ma faute, il est dans le cas d'escalader le couvent; il faudra que je le suive... ce sera pis encore que le chien de l'inquisiteur... Gueusard de pays, va!... j'ai déjà été suffisamment grillé parle soleil... je finirai quelque jour par être rôti toutà-fait, à l'aide d'un cent de fagots... c'est une jolie perspective.

BABILAS.

Aussi vous vous jetez dans les intrigues.

MAGLOIRE

Moi !... en voilà une idée! c'est-à-dire qu'on m'y jette, dans les intrigues, qu'on m'y précipite comme une victime... Dieu de Dieu, que je, regrette Saint-Malo! là, du moins, on n'a de soleil que ce qu'il en faut pour sa consommation.

Air de la Colonne.

Mon Saint-Malô, je t'aime! ô ma pairie! Oui, pour mon cœur, loi seul as desaltraitsi Sur des charbons je passe ici ma vie.

Mon emLonpoinl, ma grâce, mon leint frais, J'ai tout perdu, voir' même mes mollets ; Là-bas du moins, de pauvres créatures Ts'e brûlent pas en Tlionneur des cagots, Et si Ton voit flamber quelques fagots,

C n'est jamais qu' pour fair'' des fritures!

Ali ! qu'on fait là d' bonnes fritures !

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