SCENE IV
SOTTINEZ, BABILAS.
BABILAS.
Ahl enfin, voilà quelque chose d'heureux qui nous arrive ; nous avons un talisman ; il n'est pas gros, ça doit être un diamant au moins. sottinez.
C'est un œil de perdrix.
BACILAS.
Parbleu! nous n'avions pas besoin de la vieille, j'en avais à votre service.
sottinez.
Se serait-elle encore moquée de moi?
babilas.
J'en ai peur; mais nous allons savoir tout de suite à quoi nous en tenir ; si elle remet l'infortuné Seringuinos sur ses jambes, elle fera un fameux miracle ... Rassemblons-le; aidez-moi un peu, s'il vous plaît. (// tire une jambe du panier.) Qu'est-
ce que c'est queça? Ah ! c'est une jambe... est-ce ïa droite ou la gauche? Si j'avais pu prévoir ce qui arrive, j'aurais numéroté tout ça. {Il tire une autre jambe.) Ah ! voilà la paire. A présent cherchez-moi la partie inférieure de cet infortuné, donnez-moi son torse. Oh î comme il est déjà desséché! Ah! bon, voilà la tê(e; quelle bonne petite boule! Ya-t-il encore quelque chose dans le panier?
SOTTINEZ.
Certainement.
BABILAS.
Je n'aurais jamais cru qu'il fallait tant de morceaux pour faire un apothicaire... Là! Nous n'avons rien oublié ?
Babilas a place tous les inorccaux les uns sur les autres en les appli(|uanl contre le mur ; Seringuinos est complet, sauf le Lras gauclie.
Le panier est vide.
BABILaS.
A présent le baume. Quoi qu'en ait ditlavieille, je ne placeiais pas deux sous sur la tête de mon patron. {Ici Seringuinos commence à remuer.) Ah ! mon Dieu ! regardez donc, seigneur Soliinez, le baume opère... voilà le patron qui remue; il a déjà ouvert un œil. Tenez, le voilà qui bâille... mais il bâille très-bien. . . il nous regarde, il a l'air très-solide sur ses jambes. [Babilas se baisse pour regarder les jambes de Seringuinos, celui-ci en avance une et renverse Babilas du coup. Babilas à terre. ) Décidément il remue.
SERINGUINOS.
Babilas, où suis-je? d'où viens-je? et qu'est-ce que tu fais là ?
BABILAS,
Je vous raccommode, patron. Il est commeneuf, ma parole d'honneur 1
SOTTINEZ.
Ce cher Seringuinos 1
SERINGUINOS.
Babilas, je prendrais bien quelque chose, mon ami.
BABILAS.
Vous avez faim, patron?
SERINGUINOS.
Oui, j'ai du vague dans la tête et beaucoup de vide dans l'estomac ; je prendrais bien quelque chose, mon ami.
Qu'on apporte une table.
Ou apporte une table.
SERINGUINOS.
C'est assez bien servi, mais je ne vois qu'un couvert.
SOTTINEZ.
Vous avez raison : quand je dîne, je veux avoir mes aises ; nous aurons chacun noire table.
La laLle se divise en trois tables garnies de mcls et de lumières.
SERINGUINOS.
C'est charmant. Babilas, donne-moi une chaise.
BABILAS
Prenez garde ; asseyez-vous tout doucement, vous ne devez pas encore tenir à grand' chose.
SERINGUINOS.
Qu'est-ce que tu me chantes donc, toi? je n'ai jamais été si dispos, je danserais la gigue si je le voulais.
SOTTINEZ.
A table, à table.
BABILAS.
Je suis curieux de voir manger cet assemblage de pièces et de morceaux.
SERINGUINOS.
C'est drôle, mais il me manque quelque chose.
Quoi donc?... est-ce que vousn'avez pas de fourchette ?
SERINGUINOS.
Si fait... mais je ne sais pas où la mettre. Ah! mon Dieu! Babilas, qu'est-ce que j'ai fait de mon bras gauche?
BABILAS.
Bon, je l'ai oublié là-bas.
SERINGUINOS.
Babilas, qu'est-ce que ça veut dire?
BABILAS.
C'est vrai, il lui en manque un... Ah! quel bonheur!... c'était votre bras malade... en voilà un bonheur!... Vous êtes né coiffé.
SERINGUINOS.
C'est possible, mais je ne suis pas né manchot, et je veux mon bras.
BABILAS.
Plaignez-vous donc! et si j'avais oublié la tête.,, qu'est-ce que vous diriez? ..
SOTTINEZ.
Ne VOUS désolez pas, Seringuinos... ce bras n'est qu'égaré, et en promettant une récompense honnête, on vous le rapportera.
BABILAS.
Certainement, celui qui l'aura trouvé en sera fort embarrassé; que voulez-vous qu'on fasse d'un bras d'apothicaire ? Il y a encore un peu de baume dans la fiole : quand le bras reviendra, nous le collerons.
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