SCENE II
LES BLANCHISSEUSES, puis SERINGUINOS et MAGLOIRE.
LES BLANCHISSEUSES
Air : Fla.Jla.
Pan, pif, paf, pan, Que cliaciin frappe Le ling' qu'aujourd'hui T^ous devons rendre bien blanchi.
Pan, pif, paf, pan, Que le battoir tape ;
Faut, pour not' honneur, Qu' tout soit d'une entière blancheur.
Seringuinos et Mugloire paraissent revédis d'Iiabils gui ne sont pas faits à leur taille et tout-ii-Jait gr-otesf/ues.
SERINGUINOS.
Arrêtons-nous, Magloire... je suis sûr que j'ai quelque chose de gelé.
MAGLOIRE, grelottant.
Quelque chose... mais j'ai tout, absolument tout, gelé... les pieds, les mains, le nez... le nez surtout, je ne le sens plus... Et dire que nous n'avons trouvé pour nous couvrir et rappeler la chaleur que des pantalons de nankin et des paletots d'étél... Aussi, faute de pouvoir réchauffer le dessus, je vais réchauffer le dedans... Je vais demander à ces belles blanchisseuses l'adresse du débit de consolations.
Air des Laveuses du Couuent.
Hola ! fillette brune et blanche, Qui restez, le poing sur la lianche, A regarder chaque passant, Indiquez-moi, je vous en prie, Où s' vend la plus vieille eau-de-vie?
Ce qu'il nous faut ]-resentemtnt.
C'est un cabaret, mon enfant.
Vile!
Oh ! bien vile .' Ayez la honte' de m'instruirc.
Ah! prenez pilie' du martyre D'un beau garçon, Suivi d'un vieux glaçon.
Qui cherchcnl un boucliûn,
UNE BLANCHISSEUSE
Vous demandez le cabaret... levez le nez... il est devant vous.
MAGLOIRE
C'est, ma foi, vrai... Holà! garçon...
SERINGUINOS.
Qu'est-ce que tu vas faire?... As-tu de l'argent pour payer? Le mien est parti avec mes gilets...
MAGLOIRE
Je vous laisserai en gage, on vous trouvera bon pour un petit verre. Holà, garçon!
SERINGUINOS.
Je m'y oppose... Tiens, nous allons fumer, si tu veux... voilà deux cigarettes sur cette table; elles sont payées, sans doute, je t'en régale; fumons... ça ne nous coi!itera rien , et ça nous réchauffera.
MAGLOIRE
Vous croyez?... Va pour les cigarettes, faute de mieux. Ah! voilà la chandelle qui s'en va.
Du tout; elle ne s'en va pas : tu vois bien que j'allume.
Ils veulent allumer leurs cigarres, mais la chandelle se met à tourner.
MAGLOIRE
Voilà les bêtises qui recommencent.
SERINGUINOS.
Attends, je vais allumer au passage.
Mais alors les chaises tournent aussi, et Seringuinos et Magloire jcllenl Jcs liiuls cris. Les Blanchisseuses accourent.
LES BLANCHISSEUSES
Est-ce que vous êtes fous , de tourner comme ça?...
SERINGUINOS.
Il ne me manquait plus que la gymnastique; j'ai maintenant les reins plus malades que les jambes... je ne pourrai jamais retourner à Madrid...
LA BLANCHISSEUSE
Tenez, brave homme! j'ai là ma petite voiture, et comme je laisse un paquet ici , il y aura juste de la place pour vous... Je vous emmènerai jusqu'à la ville.
Oh! voilà une blanchisseuse à laquelle je donnerai mon linge et ma bénédiction.
MAGLOIUE.
Et moi!...
SERINGUINOS.
Tu reviendras comme tu pourras.
LA BLANCHISSEUSE
Aidez-moi , vous autres, à conduire ce brave homme jusqu'à ma voiture.
UNE AUTRE
Oui, oui... {A Magloire.) Dis donc, mon gros, puisque tu restes ici, garde notre linge, entends-tu?
K EPRISE DU CHOEUR.
Pan, pif, paf, pan, elc.
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