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Les pionniers du lac Nominingue :

Obéissant à des conseils que je respecte, je publie ce drame dans les intérêts de la colonisation. Ce n'est pas, je le comprends, ce qui soulèvera le pays pour le jeter vers la forêt; mais, me fait-on remarquer, ne serait-ce qu'une goutte d'eau, j'aurai du moins apporté à cette effluve de paroles convaincues et patriotiques qui se disent chaque jour en certains quartiers, ma contribution, toute faible qu'elle soit, en faveur de cette œuvre religieuse et nationale. Chacun donne ce qu'il a.

Ce drame a été joué pour la première fois, au Séminaire de Ste-Thérèse, le 24 juin 1881, la veille de la sortie des élèves. Voici le compte-rendu qu'en donnaient dans le temps les Annales Térésiennes :

" Le premier acte se passe à Ste-Thérèse, le deuxième au Colorado et le troisième au lac Nominingue. Les diverses péripéties de ce drame nous montrent le résultat bien différent où sont arrivés les membres d'une même famille qui ont cherché l'aisance et le bonheur, les uns dans les manufactures du Massachusetts et les mines du Colorado,, et les autres au pays dans le défrichement des terres nouvelles. {Livraison du mois de mai 1881 .)

M. Blainville a décidé d'aller s'établir au lac Nominingue; déjà son gendre, Jean Rivard,y est rendu; son fils ainé approuve le projet ; mais ses deux fils cadets, trompés par les promesses d'un embaucheur américain, préfèrent partir l'un pour le Massachusetts et l'autre pour le Colorado. Ces pauvres jeunes gens ne rencontrent aux Etats-Unis que misères, ennuis, désappointements et déboires. Cependant, Blainville prospère sur sa terre nouvelle ; il est élu maire de la paroisse qu'il a créée, son gendre devient le représentant du comté à la législature locale; à fa fin même, les deux fils cadets, ennuyés, ahuris, reviennent des Etats: Unis et sont heureux de commencer la vie de colon auprès (îê leurs parents. La pièce est entremêlée de réflexions justes et pra-

tiques sur l'agriculture, de détails nouveaux sur la colonisation, de scènes et d'incidents plus ou moins comiques qui mettent dans l'action, de la vie, du mouvement et de la variété. {Livraison du mois de juin 1881.) "

Qu'il me soit permis d'ajouter que, m'y étant pris trop tard à la fin d'une année scolaire, je n'eus guère que trois semaines, tout en restant chargé de mes occupations ordinaires, pour composer ce drame et le livrer aux acteurs qui devaient le représenter. Je ne dis pas cela pour excuser l'ouvrage, mais pour en expliquer les imperfections et les emprunts. Quant à le remettre une seconde fois sur le métier, je n'en ai ni le temps, ni la volonté, ni le courage.

Je dois au Rév. P. Hamon l'idée de mon Canadien américanisé, bien que, cependant, le M. Drinkwater de ma pièce ne joue pas tout à fait le même rôle et ait une toute autre fin que son M. Waterspot. J'ai tiré de Gérin-Lajoie, de pied en cap; trois de mes personnages, Jean fiivard, Pierre Gagnon et Gendreau-le-plaideux ; et pour qu'on reconnût plus facilement leur origine et leur filiation, je me suis bien gardé de changer leurs noms. Même quand elles revenaient à la circonstance et à mon but, j'ai conservé dans mon dialogue, non seulement les pensées, mais encore les paroles de réminent écrivain. Un article de la Minerve et un opuscule intitulé : " Le Père Trinquet," m'ont fourni la matière de quelques situations plus ou moins palpitantes. Enfin j'ai emprunté à Suite, à Cartier et à Grémazie quelques-unes de leurs meilleures inspirations poétiques.

Quelle a donc été ma part de travail ? j'ai voulu créer une fable unique dans son développement, amener sur la scène des personnages qui soutiendraient leur caractère jusqu'au bout, mettre de la proportion enlre les différentes pièces de l'ouvrage, et adapter au dialogue 1# manière et les paroles qui conviennent aux diverses conditions de la vie rurale, sans avoir recoures pourtant aux expressions du bas comique. J'ai voulu, pour la partie morale, flétrir d'une manière éclatante la fourberie et la méchanceté des embaucheurs, faire

tomber par le spectacle de malheurs cuisants et de traverses sans nombre les illusions de ceux qui s'expatrient à la recherche de la fortune, et étaler aux regards et à l'admiration le succès brillant qui finit toujours par couronner les efforts des colons courageux et persévérants. J'ai voulu inspirer l'amour du sol natal en mettant en contraste la vie si dure que l'on traîne dans les souterrains des mines ou les prisons des manufactures avec cette vie si douce et si agréable que coule l'heureux habitant de nos campagnes canadiennes. En même temps, jJai voulu faire connaître les avantages qu'offrent à la colonisation les cantons du Nord en semant dans le développement du nœud dramatique, quantité de renseignements puisés aux sources les plus autorisées.

Ai-je réussi? à vous, lecteurs, de le dire. Dans tous les cas, ayant rendu à chacun ce qui lui appartient, je livre avec confiance mon travail à la bienveillance et à l'impartialité de votre critique.

Ste-Thérèse, 8 décembre 1882, fête de l'Immaculée Conception.

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