‹ Les pionniers du lac Nominingue :Chapitre 26 sur 28 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Gagnon, Félix, Charles, Blainville, Gendreau, Gràton, Desjardins, Paquet, Hector, Amédée et autres.

Gagnon. — Bonjour, M. le maire.

Blainville.— Bonjour, Pierre.

Gagnon.— Allons donc, vous autres, dites avec moi : Vive le maire de St-Ignace.

Tous. — Vive le maire de St- Ignace !

Gagnon. — Tonnerre d'un nom, en voilà-t-il une belle journée ' où donc est M. Jules?

Blainville. — Il vient en arrière avec Jean Rivard.

Gendreau.— Oui, mais vous comprenez, je vous le répète,

M. Blainville, comme je vous le disais tantôt, deux obstacles sérieux s'opposent à l'établissement d'écoles dans nos endroits : le manque d'argent et le manque de bras.

Blainville.— Il est ainsi dans les commencements, mais cet état de choses doit disparaître avec le progrès matériel de la localité.

Gendreau.— Qu'avons-nous besoin, M. Blainville, qu'avons-nous besoin de commissaires d'école? On s'en est passé jusqu'à aujourd'hui, ne peut-on pas s'en passer encore? (Se tournant vers les iyivités.) Défiez-vous, mes amis, défiez-vous de toutes ce? nouveautés ; cela coûte de l'argent : c'est encore un piège qui nous est tendu à la suggestion du gouvernement. Une fois les commissaires nommés, on vous taxera sans miséricorde, et si vous ne pouvez pas payer, on vendra vos propriétés.

Tous.— Oh! oh! allons donc ! allons donc!

Blainville.— Supposons, M. Gendreau, que pas un individu, parmi nous, ne sache lire ni écrire, que ferions-nous? où en serions-nous? vous admettez sans doute, M. Gendreau, que nous ne pouvons pas nous passer de prêtres.

Gendreau.— C'est bon, j'admets qu'il en faut.

Blainville.— Ni même de magistrats pour rendre la justice ?

Gendreau.— C'est bon encore.

Blainville.— Vous admettez aussi, n'est-ce pas, que les notaires rendent quelquefois service en passant les contrats de mariage, en rédigeant les testaments, etc

Gendreau.— Passe encore pour les notaires.

Blainville.— Et même sans être aussi savant qu'un notaire, n'est-ce pas un grand avantage que d'en savoir assez pour lire à l'église les prières de la messe, voir sur les gazettes ce que font nos membres au parlement, lire les journaux qui traitent d'agriculture et prendre connaissance de tout ce qui se passe dans le monde ?

Gendreau.— C'est vrai.

Blainville.— Supposons encore que vous, M. Gendreau, vous auriez des enfants pleins de talents naturels, annonçant les meilleures dispositions pour l'étude, qui, avec une bonne éducation, pourraient devenir de* hommes éminents, des prêtres, des agriculteurs distingués, des juges, des avocats.... n'aimeriez-vous pas pouvoir les envoyer à l'école?

Graton (à part).— Il le prend par son faible, il lui parle d'avocats.

Gendreau . —Peut-être .

Blainville.— Ne refusez pas aux autres ce que vous voudriez qu'on vous eut fait à vous-même. Certainement, avec un peu d'éducation, vous seriez devenu un maître avocat.

Gendreau.— Je le crois.

Tous.— Ah ! ah!

Graton (à part),—\j£ voilà désarmé.

Blainville. — Pour moi, chaque fois que je rencontre sur mon chemin un de ces heaux enfants, au frontfélevé, à l'œil vif, présentant tous les signes de l'intelligence, je ne m'informe pas quels sont ses parents, s'ils sont riches ou pauvres, mais je me dis que ce serait pécher contre Dieu et contre la société que de laisser cette jeune intelligence sans culture. N'êtes-vous pas de mon avis, M. Gendreau ?

Tous. — Nous le sommes, nous.

Gràton.— Laissez Gendreau prêcher dans le vide.

Desjardins.— Laissez-le plaider la controverse.

Paquet.— Il se croit avocat.

Gendreau {piqué a u vif).—- C'est bon, messieurs, riez bien. Pour moi, je dirai toujours : on veut nous taxer à tout jamais pour le seul plaisir de faire vivre des maîtres d'école ; à bas les taxes, à bas les gens qui veulent vivre aux dépens du peuple, à bas. ...

Gagnon.— Ferme ta murgoulette, vieux grognard. Gendreau.— Tiens, c'est Pierre Gagnon qui. . . . Gagnon. — Oui, c'est moi, tonnerre d'un nom; je suis tanné de t ' e n te n d r e jasp iner .

Gendreau.— Es- tu pour les taxes?

Gagnon.— Oui, j'en veux des écoles, moi, j'en veux des écoles, (Rivard et Jules entrent.)

Page 1