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niser l’Acadie avaient à ce moment tourné l’attention de l'Angleterre vers le Nouveau Monde. A la rupture de la paix, une entreprise était préparée sous les auspices de ce singulier personnage, pour s’emparer des possessions françaises dans l'Amérique du nord,
A sa tête était un sujet de la France, David Kirk, un huguenot de Dieppe ; il avait avec lui ses deux frères, et plusieurs réfugiés protestants faisaient partie de l'équipage. Après avoir été expulsés de la Nouvelle-France, les protestants y retournaient en ennemis. Un certain capitaine Michel, «calviniste furieux, » selon l’expression du P. Charlevoix, et qui avait été au service des de Caen, agissant sous leur influence, était, dit-on, l’instigateur de cette entreprise.
Pendant ce temps, les habitants affamés de Québec attendaient avec anxiété le secours annoncé tous les jours ; ils allaient sur la pointe Lévy et le long des canaux d'Orléans, jeter au loin un regard dans le vain espoir de découvrir les navires français. Enfin, le 9 juillet, deux hommes traversèrent le Saint- Charles et gravirent le rocher apportant des nouvelles. Ils venaient du poste avancé du cap Tourmente annoncer que, d’après les Indiens, six gros
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LES ANGLAIS A QUÉBEC. 319 vaisseaux étaient dans l’anse de Tadoussac, Le P, Le Caron était à Québec; il partit avec un frère récollet en canot, pour avoir de plus amples informations. Comme les deux missionnaires ramaient le long de l’île d'Orléans, ils virent venir vers eux, en grande hâte, deux canots montés par des Indiens qui, par leurs cris et leurs gestes, les invitaient à retourner. Les religieux, cependant, attendirent d’être rejoints par ces canots, et alors ils virent, au fond de l’un d’eux, un homme mourant dont les moustaches étaient brûlées par le feu du mousquet qui l'avait blessé, C'était un nommé Foucher, qui commandait au cap Tourmente. Dans la matinée, d'après le récit des Indiens, vingt hommes avaient débarqué à ce poste, d’un petit bateau pêcheur; ayant toutes les apparences de Français, ils furent accueillis favorablement ; mais ils ne furent pas plutôt entrés dans les maisons qu'ils pillèrent et brûlèrent tout, tuant le bétail, blessant le commandant, et faisant même plusieurs prisonniers. Le rôle de la flotte à Tadoussac devenait maintenant suffis:mment clair, Québec était incapable de défense; il y avait à peine cinquante livres de poudre dans le magasin, et le fort, grâce à la négligence et au mauvais vouloir des de Caen, était si mal construit que, quelques
jours avant, deux tours du bâtiment principal étaient
tornbées.
Champlain, cependant, assigna à chacun son poste et attendit. Le lendemain, on vit venir une barque qui parut essayer d’atterrir à l'embouchure du Saint-Charles. Ayant été hêlés, les hommes qui se trouvaient dans cette barque répondirent qu'ils étaient des pêcheurs basques faits récemn.ent prisonniers par les Anglais, et envoyés maintenant contre leur gré à Champlain, comme messagers de Kirk. Gravissant le sentier escarpé conduisant au fort, ils remirent au commandant leur lettre, qui était en réalité une sommation, faite en termes de grande courtoisie, de rendre Québec. Il n'y avait d'espoir que dans le courage ; une attitude herdie devait suppléer au manque de batteries et de remparts; Champlain renvoya donc les Basques avec une réponse exprimant, avec une égale courtoisie, sa résolution de tenir jusqu’à la fin.
On était ainsi sur le qui-vive quand, au lieu d’une flotte ennemie, une barque se montra, et un Français, nommé Desdames, accompagné de dix autres, débarquèrent aux comptoirs. Ils apportaient de pressantes nouvelles. Le commandant français Roquemont les avait dépêchés à Champlain pour l’in-
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LES ANGLAIS À QUÉBEC. 381 former que les vaisseaux des cent associés remonaient le Saint-Laurent avec des renforts et des provisions de toute espèce. Mais dans sa route, Desdames avait vu un fait de mauvais augure : l’escadre anglaise était partie de Tadoussac, toutes voiles dehors, afin d’intercepter le secours annoncé. Ils avaient échappé aux Anglais en tirant leur barque sur le bord et en la cachant, et à peine étaient-ils hors de vue que le bruit du canon leur indiqua que le combat commençait. Les habitants de Québec affamés, tourmentés par l'inquiétude, attendaient le résultat du combat ; mais ils attendirent en vain, nulle voile amie ni ennemie n’apparut, et ce ne fut que longtemps après qu'ilsapprirent, par les Indiens, que le convoi de Roquemont avait été saisi par les Anglais, et toutes les provisions destinées à soulager leurs misères, jetées dans le Saint-Laurent ou emportées par les vainqueurs. Kirk, cependant, trompé par la ferme contenance de Champlain, avait craint d'attaquer Québec, et après sa victoire il se contenta de croiser dans le fleuve ; pendant ce temps, les souffrances s'augmentaient; environ cent hommes, femmes et enfants, étaient enfermés dans le fort, n'ayant pour nourriture qu'une faible ration de pois ct de maïs. Le jardin des Hébert, les seuls colons
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industrieux et économes, fut dépouillé de toute racine ou graine pouvant fournir un aliment. Les mois se passèrent et au printemps la détresse était arrivée à un tel point, que Champlain avait presque résolu de laisser aux femmes, aux enfants et aux malades le peu de nourriture qui restait, et de faire unc pointe avec les hommes valides dans le pays des àroquois, afin de s'emparer d’un de leurs villages, de s’y fortifier, et de trouver leur subsistance dans les réserves de maïs que ces prévoyants sauvages avaient coutume d’enterrer dans leurs places fortes.
La ration journalière se bornait à sept onces de pois concassés, et même, à la fin de mai, elle manqua ; alors hommes, femmes et enfants se dispersèrent dans les bois, ramassant les glands et arrachant les racines; les uns allèrent chez les Hurons ou les Algonquins, d’autres errèrent vers les Abenakis du Maine, d’autres descendirent le fleuve, comptant rencontrer quelque navire français; il n’y en avait guère qui n’eût accueilli les Anglais comme des sauveurss mais les Anglais étaient retournés dans leur patrie-avec leur butin. Oubliée ainsi des amis et des ennemis, Québec était à la dernière extrémité.
Le matin du 49 juillet; un Indien, qui avait bâti sa hutte sur le Saint-Charles, près de la nouvelle ha-
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LES ANGLAIS A QUÉBEC. 383 bitation des jésuites, accourut annoncer à Champlain qu'il venait de découvrir dans le canal d'Orléans trois bâtiments sous voile, Champlain était seul ; tout son monde était en quête de nourriture; mais un de ses hommes, qui revenait avec un sac de racines, confirma cette nouvelle.
Champlain, alors, rassemblant les débris de la misérable colonie, au nombre de seize, les plaça à leur poste, d’où ils virent, avec les yeux de la faim, s'approcher la flotte anglaise, qui, après avoir jeté l'ancre, envoya une barque portant un parlementaire vers le rivag':. Un jeune officier apportait les conditions de la reddition; elles furent bientôt réglées. Les Français devaient être reconduits dans leur pays, et chaque soldat conservait le droit d’emporter des fourrures pour la valeur de vingt couronnes.
La lecture de cet article excita les murmures; car beaucoup de ceux qui avaient séjourné parmi les Hurons en possédaient pour une assez grande va leur. Maïs les plaintes étaient vaines; et, le 20 juillst, le son du canon célébrait la prise de possession par Louis Kirk, au nom de son frère l'amiral, des mêmes
D'rochers où Wolfe devait, cent trente ans après,
planter la croix de saint Georges.
Après l'inspection du fort, il se rendit chez les
récollets et les jésuites sur les bords du Saint- Charles, traitant les premiers avec autant de courtoisie qu’il témoigna d’aversion aux autres, et allant jusqu’à exprimer le regret de n'avoir pu commencer par démolir leur bâtiment sur leurs têtes. Les colons, ceux, furent bien traités ; il engagea la veuve d'Hébert, surnommé le patriarche des émigrants, ct sa famille, à conserver le fruit de leur travail sous la domination anglaise : la misère, en France, étant leur seule alternative, l'offre fut acceptée.
Champlain, privé de son commandement, de- 4 manda à être envoyé à Tadoussac, où se trouvait l'amiral Kirk, dont les deux frères avaientété chargés de la prise de Québec.
Il fut donc conduit vers l’amiral, accompagné des jésuites et sous la garde de Thomas Kirk. Sur leur route, ils rencontrèrent une voile étrangère, qui se trouva être celle d’un vaisseau français, porteur d’un ravitaillement qui, reçu plus tôt, eût sauvé Québec. Il avait échappé, à la faveur des brouillards, à la flotte de l’amiral, mais sa bonne fortune allait cesser : Thomas Kirk se porta en avant et le combat commença. La lutte fut ardente et longtemps égale, mais enfin le navire français amena son pavillon, et Kirk put ramener sa prise dans le port de Tadoussac,
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Bien que nés à Dieppe, les Kirk étaient écossais d'origine. Ce dernier avait été commerçant en vins à Bordeaux. Ses deux voyages d'entreprise privée au Canada, tout en lui valant la capture de dix-neuf bateaux de pêche et des dix-huit transports de Roquemont, n'avaient pas répondu à son attente,
Ses dispositions étaient donc loin de se montrer gracieuses, d'autant qu'il craignait que la déclaration de paix ne le forçât à rendre gorge. Néanmoins il traita courtoisement ses prisonniers, à l'exception des jésuites, emmenant même Champlain à la chasse aux oiseaux sur le rivage. Les huguenots, qui étaient en grand nombre sur les navires, se montrèrent des plus animés contre les catholiques. A leur tête était un nommé Michel, chef réel de l’entreprise, car l’amiral commerçant avait peu l'expérience de la navigation; Michel tenait le poste et le titre de vice-amiral. D'un tempérament susceptible, les reproches mérités de trahison et de perfidie, dont l’assaillirent les prisonniers français, l'irritèrent jusqu’à la fureur, augmentée par l'ingratitude dont il se crut l’objet de la part des Anglais. Il en voulait surtout à Kirk, dont
l’arrogance l’exaspérait. Son imagination troublée,
agissant sur un corps usé, l’emportait contre les marins de Saint-Malo, et lui faisait invectiver les jésuites. Un jour où Kirk causait avec ces derniers :
« Messieurs, leur dit-il, votre seul but, en venant au Canada, a été celui de jouir des dépouilles de M. de Caen, que vous avez dépossédé,
— Pardonnez-nous, Monsieur, répliqua Brébeuf, nous ne vinmes que pour la gloire du Seigneur, et nous nous exposâmes à mille dangers afin de convertir les Indiens. »
lei Michel l’interrompit en criant :
« Ah! ah! convertir les Indiens; dites donc convertir les castors.
— C'est faux, » repartit le père.
Alors Michel, levant le poing, s’exclama :
« N'’était le respect dû à l'amiral, je vous frapperais pour ce démenti. »
Brébeuf, homme d’une force physique peu commune, garda néanmoins son sang-froid, et répondit :
« Excusez-moi, je n'ai pas eu l'intention de vous donner un démenti; ces mots sont ceux dont nous nous servons dans les écoles lorsqu'on avance une proposition douteuse, et ils ne comportent donc pas d’offense; je vous prie de me les pardonner cependant, »
it contre les invectiver les ces derniers :
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