SCÈNE VIII
DANDIN, à une fenêtre ^ LÉANDRE, CHIGANNEAU, L'INTIME, PETIT JEAN.
Paix ! Paix ! que Ton se taise là.
i. Rappelons-nous que P^tit Jean croit que Dandin est sorcier. (I, ii.)
2. « Le nom d'épices Tient de ce qu'anciennement les présents qu'on faisait aux juges étaient Toiontaire», et que les parties leur donnaient ordinairement quelques couQtures qu'ils achetaient chez les épiciers. Dans la suite, quoique ces mènî-is présents aient été convertis en or et en argent, et que depuis la Ténalité des charges ils soient dus comme un droit, en sorte même qu'oi ne les peut saisir, on a laissé le nom d'une louable coutume à une fâcheuse nécessité, et o» s'est contesté, pour éloigner autant que l'on peut des juges les sentiments de corruption, de leur faire entendre qu'on ne leur accorde pas des droits pour le jugement qu'ils rendent, mais bien pour la peine qu'ils prennent d'examiner les procès, et pour les extraits qu'ils sont obligés en conscience et par devoir de faire eui-mêmes. » {Dictionnaire civil et canonique (1Ô57), p. 328-329.) Ou peut dire la même chose des pots de vin, des épingles, etc. « Il y a, dit Boncenne dans sa Théorie de la procédure civile (I, 147;, des écrivains qui font remonter, très sérieusement, l'origine des èpices jusqu'au siège de Troie, parce que, disentils, Homère, dans la description du jugement figuré sur le bouclier d'Achille, a placé au milieu des juges deux talents d'or pour celui qui opinerait le mieux. »
3. Sàint-Amaod, dans so.i épigramme sur l'incendie au Palais, a fait le même jeu de mots que Petit Jean, mais moins innocemment :
Certes l'on vit un triste jeu Qtand à Paris dame Ju-lice Se nnl le palais tout en feu Pour avoir trop mangé d épice.
4. On lit dans le Censeur dramatique (III, 189), joomal rédigé en 1797 par Grimod de la Reynière : « Lorsquo dans une pièce quelconque un acteur ou nne actrice doiveùt repondre pir une feuclre, on la "voit souxrrir comme p:ir magie, et l'iulcrlocuteiir s'élever à mesure qu'il monte les degrés d'une échelle de meunier appuyée derrière la décuratiou qui rc;.résen!e une croisée. Rica de plus absurde que cette manière de répondre à l'act-'ur qui se trouve dans la rue. Il conviendrait, pour que l'illusion ne fût pas blessée, que lorsqu'il est nécessaire qu'un acteur paraisse à une croisée, il y eût derrière une espèce de petit pallier; le personnage paraitrait alors à la hauteur où il doit être pour répondre à l'interlocuteur qui l'appellerait. > Cette réforme nécessaire a été accomplie. Racine a joué là M. Portail, dont parle Tallemant dans ses BistO' riettes (éd. de 1854, t. I, p. 453) : t M. Portail était aussi un conseiller au Parlement de Paris, fort homme de bien, mais fort %isioonaire. Il avait retranché son grenier, et y avait fait son cabinet, et ne parlait aux gens que par la fenêtre de ce grenier..'... Un procureur qu'il haïssait, parce que c'était un chicaneur, fut pour lui parler. Il lui demanda par sa lucarne ce qu il voulait, t C'est, Mcnsieur, dit le procureur, une requête que je vous apporte.. .. — Ls.-z-la, lisez-la. dit M. Portail. » Ce procureur se me: a lirenu-têîe, comme vous pouvez pin-er. La lequéie était longue, et il faisait très graud froid, et le bonhomme, par malice, lui faisait à toute heure des difficultés. ■
LÉANDRE
Hé ! grand Dieu ?
PETIT JEAN
Le voilà, ma foi, dans les gouttières*. 515
DANDIN
Quelles gens êtes -vous? Quelles sont vos affaires? Qui sont ces gens en robe? Êtes-vous avocats? Çà, parlez.
PETIT JEAN
Vous verrez qu'il va juger les chats*
DANDIN
Avez-vous eu le soin de voir mon secrétaire?
Allez lui demander si je sais voire affaire^ 520
LÉANDRE
Il faut bien que je l'aille arracher de ces lieux. Sur votre prisonnier, huissier, ayez les yeux*
PETIT JEAN
Ho! ho! Monsieur^.
Tais-toi, sur les yeux de la tête, Et suis-moi.