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SCÈNE IV

CHICANNEAU, ISABELLE, etc.

CHICANNEAU.

Monsieur...

DANDIN (à Léandre, l'Intimé, Petit Jean).

Oui, pour vous seuls l'audience se donne.

(A Chicanneau.)

Adieu... Mais, s'il vous plaît, quelle est cette enfant-là? 835

CHICANNEAU.

C'est ma fille, Monsieur.

DANDIN

Hé! tôt, rappelez-la.

ISABELLE

Vous êtes occupé.

DANDIN

Moi! je n'ai point d'affaire1.

Que ne me disiez-vous que vous étiez son père2?

CHICANNEAU.

Monsieur...3

DANDIN

Elle sait mieux votre affaire que vous. Dites... Qu'elle est jolie et qu'elle a les yeux doux4

1. « Racine rentre ici dans la bonne comédie et dans la peinture des mœurs. Ce juge qui n'a plus d'affaire en voyant un joli minois, et tout prêt à favoriser Te père pour faire sa cour à la fille, est bien dans la nature. Gsovfbmv) Nous faisons une réserve : voir la note 2 de la paije 124.

2. « On voit que Dandin n'est pas seulement sensible au vin mupersonnage serait bien odieux, s'il n'était pas souverainement ridicule. » (Gébdsez.)

3. Ne croyez point que Chicanneau se récrie contre la galanterie du vieux juge ou qu'il s'excuse de ne lui avoir point tout de suite présenté s a fille. Il a bien d'autres soucis! Il veut commencer de narrer son affaire. Dandin. qui le sait prolixe et n'a d'yeux en ce moment que pour la jeune plaideuse, l'interrompt assez brutalement.

4. « Pour celui-ei, lui dit-il. c'est un homme qui passe pour galant: il est fort civil au sexe, et vous êtes assurée d'une favorable audience, si vous l'allé/ voir avee quelque jeune personne qui soit bien faite. — Fort bien, reprit-elle. je connois une demoiselle suivante qu'on avoit prise dernièrement pour quêter ;'i notre parois», à cause de sa beauté. Je la prierai de m'y accompagner Fuhetière, Roman bourgeois, p. 205.)

Ce n'est pas tout, ma fille, il faut do la sagesse1. Je suis tout réjoui de voir cette jeunesse2. Savez-vous que j'étais un compère autrefois? On a parlé de nous3.

ISABELLE

Ah! Monsieur, je vous crois

DANDIN

Dis-nous, à qui veux-tu faire perdre la cause? 845

ISABELLE

A personne.

DANDIN

Pour toi je ferai toute chose.

Parle donc.

ISABELLE

Je vous ai trop d'obligation.

DANDIN

xYavez-vous jamais vu donûer la question4?

ISABELLE

Non, et ne le verrai, que je crois , de ma vie.

1. Léandre. dégui«é en commissaire, avait fait aussi à Isabelle ce compliment avec cette restriction :

Adiea. Soyez toujours aussi sage que belle.

2. Il faut comparer ce passage avec la On de cette scène si charmante des Femmes savantes de Molière.

chrtsale [à Clitandre.) Allons, prenez sa main, et passez devant nous: Menez-la dans sa chambre. Ah! les douces caresses ! (A Ariste.' Tenez, mon cœur s'émeut à toutes ces tendresses : Cela resaillardit tout a fait mes vieux jours: Et je me ressouviens de mes jeunes amo:n s.

Le sentiment de Chrysale est touchant. C'est un père aimable et bon qui suit des yeux sa fille et son futur pendre, et qui. à la vue de leur bonheur, se souvient du passé. La galanterie du vieux juge est quelque peu grotesque et n'a rien qui la relève.

■ En 1671. Molière prend à partie un robin de province, dans la comtesse d'Escarbagnas, M. Thibaudier, un magistrat à la fois bel esprit et galant et qui dans sa vieillesse sera peut-être comme Dandin. » (Saiht- Mabc Girabdin.)

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