‹ Les plaideursChapitre 43 sur 116 · ACTE 1, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE VII

Je ne sais quel biais ils ont imaginé, Ni tout ce qu'ils ont fait; mais on leur a donné Un arrêt par lequel, moi vêtue et nourrie.1 On me défend, Monsieur, de plaider de ma vie.

G HIC AN NE AU

De plaider 1

LA COMTESSE

De plaider.

CHICANNEAU.

Certes, le trait est noir. 24">

J'en suis surpris.

Monsieur, j'en suis au désespoir.

CHICANNEAU.

Comment! lier2 les mains aux gens de votre sorte! Mais cette pension, Madame, est-elle forte?

LA COMTESSE-

Je n'en vivrais, Monsieur, que trop honnêtement3.

Mais vivre sans plaider, est-ce contentement*? 250

parler est on peu commune et convient assez à la comtesse, qui a perdu dans les études des procureurs le bon ton et les nobles manières. . . 1. On me fera une pension alimentaire, on me vêtira : mais il m'est interdit de plaider! c'est fini : je n'aurai plus ce contentement. Est-il trait plus no£? Mm vêtue et nourrie, cette tournure, un peu plus rare aujourd hui, et qui pointant est si vive, était très employée au xvue siècle.

î Lier les mains, réduire quelqu'un à l'inaction dans une affaire. - Remarquez ce mot si naturel dit par Chicanneau et que n'entend point la comtesse; tout entière à son indignation. Tout à 1 heure, ce même mot, mal interprète par la comtesse, sera le point de départ de la discussion entre l^s deux plaideurs.

3 Cet aveu dé la comtesse est dune heureuse naïveté. Ainsi la pension qui lui e*t servie est plus qu'honnête : son mari, son père et ses enfants se sont conduits avec délicatesse envers elle.Celane lui suffit pas. Birfe n- pla.de point, elle e«t la plu* malheureuse de<= femmes! Elle vient même voir son juge port aviser avec lui aux moyens de faire rapporter l'arrêt qui la condamne a ne j imais plaider de sa vie.

i. « Or, desjà du temps du Roy Lottfe onzième,!! se £ouya un Bjsqtte - d'Illier , évèque de Chartres, si amoureux de ce dedm (plais r que ce roy le voulant depestrer d'une infinité de procez, il le supplia fort affectueusement de luy en laisser au moins vingt-cinq ou trente pour ^™««s plaisirs. Mais cette humeur est mjourdhuy enrores beaucoup plutonium ne U mesntt aprins tel acfcf es personnes qtf ton seu-

lement v prennent quelque pi .Mr. mais du tout n ont autre V1 ^^ ' F ™ », tellement que vicre sans plaider ne leur seroit que demie me. - Hemu L-t.e.nm Apologie d'Hérodote, en. XV1I.Ï

CHICANNEAU,

Des chicaneurs viendront nous mansrer jusqu'à l'âme Et nous ne dirons mot? Mais, s'il vous plaît, Madame! Depuis quand plaidez- vous?

LA COMTESSE

•n . U ne m'en souvient pas.

Depuis trente ans au plus.

CHICANNEAU.

Ce n'est pas trop1.

LA COMTESSE

Hélas2!

CHICANNEAU.

Et quel âge avez-vous? Vous avez bon visage. 23o

LA COMTESSE

Hé! quelque soixante ans3.

CHICANNEAU.

Comment! c'est le bel âçe Pour plaider4. s

LA COMTESSE

Laissez faire, ils ne sont pas au bout. J v vendrai ma chemise3, et je veux rien ou tout6.

rut-.l^u/^t vhlS^' d°nt,e^- ^propos d'un simple champ dulie plaidait depuis trente ans, et voila qu'un arrêt la nriv» h,, i

^r,°.;s:^T^KS^^'''«c'"»^

âee ,, Coït 1» tZi a 3 P ,deJs,?nc de ponctuation après « c'e^t le hel

Comp. r Avare (II, 6) :

T FZtGp°NFhCKPendan!- Fr0Sine' J"en ai soixante Wen comptés „

5. C est le pendant de : ■ J\ brûlerai mes lnres. » Voir la note 4 de la page 127.

Page 1