ACTE I, SCENE II
MADAME RENARD
Oui, Monsieur, la voici.
Grâce à Dieu, sans malheur nous sommes arrivées. AK ! de quel mauvais pas vous nous avez sauvées ; Oui , vous êtes , Monsieur , notre ange protecteur,
JENNY
Ah! c'est bien vrai.
RAYMOND
La mère est parfaite , d'honneur !
Il faut passer les ponts pour voir de ces figures.
MADAME RENARD
C'est que sans vous jamais nous n'avions de voitures.
SAINT-LÉGER
Mesdames > ce serait pour moi le plus beau jour, Si vous daigniez réadmettre à vous faire ma cour •, Ne me refusez pas cette faveur extrême.
MADAME RENARD
Je vous l'accorderais , Monsieur , à l'instant même , Mais je ne suis point veuve ; il faut qu'à mon époux J'en parle auparavant.
SAINT-LÉGER
Est-ce qu'il est jaloux ?
MADAME RENARD
Un peu. Jenny, qu'il doit avoir d'inquiétude ! Depuis trente-deux ans il est dans l'habitude De ne me point quitter.
SAINT-LÉGER
Ah ! qu'il doit être heureux !
i MADAME RENARD.
Oui , nous nous reverrons , inconnu généreux !
SAINT-LÉGER
C'est mon plus doux espoir.
JENNY
Ma mère , l'aimable homme '
SAINT-LÉGER
Puis-je savoir comment cette place se nomme ?
Le Cloître Notre-Dame.
SAINT-LÉGER
Ah! j'en suis enchante.
MADAME RENARD
Il serait fort joli s'il était habité.
Mais nous sommes, Monsieur, au centre des affaires.
SAINT-LÉGER
Ici?
MADAME RENARD
Tous nos voisins sont presque des confrères : Ce sont des procureurs , des clercs , des avocats \ Le Palais de justice est d'ailleurs à deux pas \ Et mon mari , Monsieur , trouve cela commode \ Je sais qu'un avoué qui veut être à la mode S'établit , à grands frais , dans les plus beaux quartiers ;