CXXX
LA PLAINTE INVTILE
STANCES
Enfin pour mon affliction,
L’objet de vostre affection Vous cause vne horreur apparente Mais dans ce soudain changement Vostre repentir, Amaranthe, Condemne vostre iugement.
Vous pouuiez aysément iuger Auant que de vous engager A faire estât de mes seruices.
Que lors que vous me soufririez, Vous mesleriez trop d’iniustices Aux faueurs que vous me feriez.
Deuiez-vous par ce mauuais choix Egaler vne simple voix A tant d’agreables merueilles :
Et d’vn soin peu iudicieux Ne consulter que vos oreilles Où vous deuiez croire vos yeux.
De moy ie suis au desespoir Depuis que vous me faites voir Que mon amour vous importune Et mes secrets ressentimens Contre le Ciel & la Fortune Murmurent à tous les momens.
POESIES GALANTES
Si les Cieux m’eussent exaucé Lors que ie fus embarassé Dans cette chere confidence ; le possederois tant d’appas Pour vous porter à la constance Que vous ne me quitteriez pas.
Mais par ce vain ressentiment le m’oppose inutilement A des passions obstinées :
Et c’est en vain se tourmenter Contre vn arrest des Destinées A qui ie ne puis résister.
Que l’Amour d’autant de plaisirs Acompagne tous vos désirs Qjae vous m’auez donné de peine ; Pourueu qu’il face par pitié,
Que iamais vne iniuste haine Ne suiue vne iniuste amitié.
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POLIPHEME EN FVRIE
SONNET
le vous voy Couple infâme, enyuré de plaisir. Quand vos secrets complots m’ont enyuré de rage Est-ce ainsi qu’on trahit mon amoureux désir.
Et que l’on ose encore irriter mon courage ?
le vous voy, mesnagez vostre peu de loisir.
Vous ne me ferez plus que ce dernier outrage : Ce morceau de rocher que ie vay vous choisir Vous presse de bien-tost acheuer vostre ouurage.
POLIPHEME EN FVRIE
Maintenant ie vous tiens, rien ne peut destourner Le iuste chastiment que ie vay vous donner,
Il faut que de ce coup ie vous réduise en poudre.
Ainsi dit le Cyclope, à deux Amans transis ;
Sa voix fut vn tonnerre, & la pierre vne foudre. Qui meurtrit Galatée, & fit mourir Acys.