II. 12. & 13. Stances
Vautre jour vn Centaure espouueniable à voir étc. (71)
60 Cest vne autre preuue de sa générosité, qui fait deux effets, montrant son courage, à veincre le Monstre, & Textresme fidelité de son amour : qui ne lui permit pas en cette Occasion, de porter les yeux sur la Nimphe.
En la 14. & 15. Stances.
65 Au reste auec Vhonneur d'estre né genereux Et de sçauoir lancer de le dard & la pierre ; le m'imaginerois estre bien malheureux Si ie n'estois bon qu’à la guerre Sec, (92-95)
Puis en l’autre Stance.
70 le n’ay pas simplement cette noble fierté
Qui protégé par tout vne foible inocence. (99, 100)
Il fait vanité de n’auoir pas seulement la bonté du courage, & l’adresse du corps en tous exercisses martiaulx ; mais encore, beaucoup de cognoissance et d’esprit, ainsi
75 que les plus sçauans et les plus ciuilisez Bergers. Il dit qu’il sçait quelque chose du leuer et coucher des Astres, qui est vne science, assez familière aux Pasteurs.
Et cognoy la puissance De cent racines de valeur
80 Qui peuuent tout guérir^ excepté ma douleur, (103-105) Et qu’il n’ignore pas aussi la vertu de beaucoup d’herbes singulières pour la guérison de toutes sortes de maladies, excepté de celle d’amour.
Ainsi Ouide i. Hure de la Métamorphosé 9. fable.
85 Inuentum medicina meum est, opiferque per orbem Dicor, ét herbarum est subiecta potentia nobis Heu mihi I quod nullis amor est medicabilis herbis.
ANNOTATIONS
En la i6. et 17. Stances.
le vous pourvois montrer si vous veniei vn jour écc. (106)
90 Apres luy auoir dit qu’il cognoit les proprietez des herbes ; il passe doucement à la cognoissance des fleurs, qui est vne matière plus agréable ; Et propose à Siluye, qu’il lui feroit voir tous les Amans qui ont esté changez en fleurs, si jamais elle luy faisoit tant d’honneur que de 95 venir voir son Parc et sa maison.
Ils ont pour aliment les larmes de V Aurore.
Dieux! que ne suis je entre ces fleurs, (iio, iii)
Il treuue moyen de faire par là, une secrette comparaison de Siluye, auec l’Aurore, et d’y mesler des marques 100 de sa passion.
Vous y verriei Clytie aux sentimens jaloux
Oui na peu jusqu’icy guérir de sa jaunisse. (i 1 3, 1 14)
Clytie estoit vne Nymphe bocagere Maistresse d’Apollon qui conceut vne extresme jalousie, ayant descouuert 105 qu’il aymoit Leucothoë fille d’Orchame Roy de Perse. Elle s’anisa là dessus, de descouurir au Pere tout le secret de cet amour, affin de se deffaire par ce moyen de sa Riuale : ce qui luy succéda, de façon qu’Orchame enragé de cholere contre sa fille, la fit enterrer toute viue. iio Depuis Apollon cruellement affligé de la mort de Leucothoë, ne peut pardonner à Clytie qui l’auoit causée par son raport ; bien que l’exces de son amour, la rendit aucunement excusable. La pauure Nimphe desdaignée, fut huit jours à pleurer couchée sur la terre, où elle prit 115 racine & fut changée en soucy. Ouide 6. fable 4. Hure de la Metamorp.
Memhra ferunt hæsisse solo^ partem que coloris
Luridis exsangues pallor conuertit in herbas.
Poésies de Tristan.
Est in parte ruhor, violeque simillimus or a 120 Flos teget : ilia suum quamvis radice tenetur Vertitur ad solem mutataque seruat amorem.
Et la fleur de ce Grec dont le bouillant courons
Ne peut soufrir vne iniustice. (i 1 5 , 1 16)
Cest vne fleur rouge qui nasquit du sang d’Ajax, lors 125 qu’il se donna de son espée dans le corps, voyant qu’Vlisse auoit emporté par la force de l’eloquence les Armes d’Achille qui sembloient plutost deües à sa valeur. Voy Ouide Metamorph. i. fable du 13. liure.
Mota manus procerum est : ét quid facundia posset 130 Tum patuit, fortisque viri tulit arma disertus,
Hectora qui solus, quiferrum, ignemque^ louemque Sustinuit toties, vnam non sustinet iram :
Inuictumque virum vicit dolor : arripit ensem. étc.
Vous y verriez encore Adonis â: Narcisse 13$ Dont Vvn fut aymé de Cypris,
Vautre fut de son Ombre aueuglement espris. ( 1 1 7, 1 1 9)
Adonis sorti de l’incestueux acouplement de Cynire et de Mirrhe sa propre fille fut vn des plus beaux garçons ' de son temps. Venus qui l’aymoit chèrement, & le suiuoit 140 ordinairement à la chasse, l’auoit souuent auerti de n’ataquer pas des animaux feroces et furieux, qui pourroient luy faire courre hasart de perdre la vie & de ruiner ensemble toutes ses delices. Mais ce jeune chasseur, mesprisant le conseil de la Deësse, ne laissa pas d’affronter 145 vn grand sanglier qu’il blessa d’un coup de flesche ; l’Animal irrité de voir son sang, court apres Adonis, qu’il jetta par terre d’vn coup de deffence qu’il luy donna à l’endroit de l’ayne. Venus entendit le cri qu’il fit, & se rendit aussitost auprès de luy, mais ce fut inutilement, 150 car il mourut entre ses bras : tout ce qu’elle peut faire en sa faueur ce fut de mesler vn peu de Nectar auec son
ANNOTATIONS
sang, qu’elle conuertit en vne fleur rouge qui porte son nom, quelques vns l’appellent Passe fleurs. Voy Nouel des comtes de la Mithologie & la fln du lo. liure 155 d’Ouide.
Narcisse, fils de Liriope & du Fleuue Cephise, fut vn garçon si beau, que toutes les Nimphes de son temps l’aymerent. Echo en fut tellement esprise, qu’elle l’osa bien rechercher d’amour, répétant à propos les dernieres 160 paroles qu’il proferoit pour luy descouurir sa passion. Et l’on tient que le regret qu’elle eut de s’en voir mesprisée, luy causa cette mélancolie qui la fait habiter dans les rochers. Apres mille desdains dont Narcisse rebuta les Belles qui le suiuoient, Ramnusie Deësse vangeresse des 165 ingrates amours, fit que se regardant vn jour dans vne fontaine, il deuint furieusement épris de son ombre. Et ne pouuant treuuer le moyen de la posséder, sécha sur le bord de desplaisir. Les Nayades ses soeurs, ayant apris sa mort, voulurent faire ses obsèques ; mais elles ne 170 treuuerent au lieu de son corps, qu’vne fleur iaune et blanche, qui depuis a porté le nom de Narcisse. Voy Ouid 3. liure, fable 6.