XIX. Les Amours. — L’Amant secret
Tadore, ie Pauoûe, vne Beauté diuîne,
De qui la celeste origine Condemne mes désirs de trop d’ambition :
Mais quoy? de quelque erreur dont son esprit m’acuse, Ses apas sont si doux, que iamais passion 24 Ne fut si temeraire & si digne d’excuse.
Sa bouche et ses beaux yeux ont des trais indontables Et des charmes ineuitables,
Il n’est rien de si rare, il n’est rien de si fort ; .
O Dieux ! qu’il m’est sensible en touchant sa louange De n’auoir en mes maux que le seul resconfort 30 De seruir vn Tiran qu’on prendroit pour vn Ange.
Mais que ce dur glaçon qu’elle porte dans l’ame Résisté tousiours à ma flame.
Et que plus ie la prie elle m’exausse moins : le luy veux conseruer vne ardeur si fidelle Ne deussay-ie obtenir iamais rien de mes soins 36 Que la seule faueur de mourir auprès d’elle.
Cependant mille voix dont ma fin m’est prédite M’anoncent qu’il faut que ie quitte Cet objet que ie sers auec si peu de fruit.
Destin, vueille cesser de me faire la guerre,
Et monstre ta clemence à dissiper vn bruit 42 Qui m’est aussi mortel qu’vn esclat de tonnerre.