‹ Les plaintes d'AcanteChapitre 62 sur 185 · cher Timandre · texte numérisé non relu

cher Timandre

XXXI. La Lyre du Tristan. Meslanges. — A Monsievr le comte de Mons^ premier maistre d^hostel de Monseigneur le duc d’Orléans.

Ressouuien toy qu’après les premiers mouuemens Dont le plus iuste ennuy presse nos sentimens Il faut que la sagesse en nostre deuil présidé ;

Et que mettre ta vie en cette extrémité,

Cest indiscrètement, mesler vn homicide 18 Dans vn acte de pieté.

L’impitoyable froid qui transist tous les corps Et rend par sa rigueur les arbres demi morts Ne fait qu’vn certain temps durer sa violence ;

Et les vents mutinez qui souleuent les flots Ne régnent pas tousiours auec cette insolence 24 Qui fait paslir les matelots.

Zephir qui leur succédé, en courant Tvniuers,

Y fait ressuciter encor des rameaux vers Et dVn soufle bénin raieunist toutes choses :

Alors, on ne sent plus de si fâcheux frissons Et les mesmes Vergers se couronnent de roses 30 Qui se herissoient de glaçons.

Donne donc quelque terme à ces grands desplaisirs Et fais en fin cesser ces pleurs & ces soupirs Dont la trop longue suite est si digne de blâme :

Veux tu contre tout ordre & contre tout discours Sur ce triste accident, introduire en ton ame 36 Vn hiuer qui dure tousiours ?

Tes Peres indomtez, de qui le souuenir Passe auec tant de gloire aux siècles auenir.

N’ont point changé de front aux plus grandes alarmes Et le nombre infini de ceux qu’ils ont veincus Se peut encore voir dans le champ de tes armes 42 Semé de lances & d’escus.

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