‹ Les plaintes d'AcanteChapitre 64 sur 185 · XXXII · texte numérisé non relu

XXXII

POVR VNE EXCELLENTE BEAVTÉ QYl SE MIROIT

Amarille en se regardant Pour se conseiller de sa grâce Met auiourdhuy des feux dans cette glace 4 Et d’vn christal commun fait vn Miroir ardant

Ainsi touché d’vn soin pareil Tous les matins TAstre du Monde Lors qu’il se leue en se mirant dans l’onde,

8 Pense tout estonné voir vn autre Soleil.

Ainsi l’ingrat Chasseur^ domté Par les seuls trais de son image,

Panché sur l’eau, fit le premier hommage 12 De ses nouueaux désirs à sa propre beauté.

En ce lieu, deux hostes des Cieux Se content vn secret mistere :

Si reuestus des robes de Cithere i6 Ce ne sont deux Amours qui se font les doux yeux.

Ces doits ajeanceant ces cheueux.

Doux flots où ma raison se noyé.

Ne touchent pas vn seul filet de soye 20 Qui ne soit le suiet de plus de mille vœux.

O Dieux ! que de charmans apas Que d’œillets, de lys & de roses.

Que de clartez & que d’aymables choses,

24 Amarille destruit en s’écartant d’vn pas !

Si par vn magique sçauoir On les retenoit dans ce verre.

Le plus grand Roy qui soit dessus la Terre 28 Voudroit changer son septre auecque ce Miroir.

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