SVR LA VENVE DE MADAME
Puis, les vœux de sa sœur, ce Recueil de merueilles. Qui s’employoit pour elle en ses deuotes veilles, Estoient assez ardans & meritoient assez Pour se voir exaussez.
Enfin, par vn bonheur dont elle estoit bien digne. Après s’estre embarquée en vn orage insigne.
Cette jeune Amazone auec vn rare efifort Arriue dans le port.
Voicy le digne effet de tant de sacrifices :
Gaston va retreuuer son Ame & ses Delices,
Et par ce beau remede auiourdhuy ses soucis Se rendront adoucis.
Mais n’aperçois-ie pas cette fleur de mérité,
Cette toute parfaite et digne Margverite Qui surpasse en esclat le lustre variant Des Perles d’Orient ?
Mille Diuinitez vienent au deuant d’elle Et dans cette rencontre, elle paroist si belle Qu’il semble que parmy tous les feux de la nuit C’est Diane qui luit.
Celle dont tant de vers ont célébré les charmes.
Pour qui dix ans entiers l’Europe fut en armes Et pour qui tant de Rois treuuerent le tombeau N’auoit rien de si beau.
Et celle dont la gloire est si digne d’enuie.
Qui sauua par sa mort la moitié de sa vie Quoy que l’on ait escrit, n’eut point tant de bonté Ny tant de pieté.
O vigilantes sœurs, puissantes Destinées,
Tournez de soye & d’or le fil de ses années ; Rendant pour son suiet tous les decrets des deux Aussi doux que ses yeux.
Faites que désormais elle ne soit attainte Ny du plus petit mal, ny de la moindre crainte. Laissant gouster en paix à ses chastes désirs Mille honnestes plaisirs.
Destournez le malheur de tout ce qui la touche Et faites que bien tost il sorte de sa couche Des petits Demi-dieux qui, lors qu’ils seront grands, Imitent leurs Parans.
Ils auront pour Ayeux mille vaillans Monarques Et d’vn si digne sang portans les belles marques.
Le moins fortuné d’eux aura pour son butin L’Empire du Matin.