L’INNOCENTE TROMPÉE
SONNET
Cette ieune Beauté dont ie fais tant d’estime,
Et que Daphnis adore auec tant de raison ;
Cet obiect sans deffauts, & sans comparaison,
Qui n’a pas vn penser qui ne soit légitimé.
Amaranthe est trahie, ô détestable crime !
Et sans s’apperceuoir de ceste trahison.
De la main d’vn Barbare elle prend du poison.
Et s’auance à sa perte innocente victime.
Celuy qui la trahist, m’en a dit le secret, le n’en puis voir le cours sans mourir de regret.
Et ie pers mon Amy s’il faut que ie le die.
Mais il se faut résoudre en ceste extrémité.
Car mes ressentimens par une perfidie La doiuent asseurer de ma fidelité.
[XLVIIIJ
LE DESPIT SALVTAIRE
SONNET
Despit^altier Enfant d’vn desdain rigoureux^
Dont on fait vanité lorsjju’on me desespere ;
Vien rompre d’vn grand coup les fers d’vn mal-heureux Et te rends dans mon Ame aussi fier que ton Pere.
Ostons nous d’vn sentier inégal & pierreux Où l’on ne trouue en fin qu’vne longue misere ;
Les Roses qu’on y void dont i’estois amoureux, Couurent de leur esclat vne noire vipere.
ro8 LES AMOVRS DV S*" TRISTAN
Souz vn aimable teint, ceste ieune Beauté
Loge Tingratitude auec la cruauté
Pour gesner ses Amans dVn eternel martyre.
De moy, qui n’aime point les longs sujets de pleurs, Quand ie voy qu’vn serpent souz des fleurs se retire, l’abhorre à mesme temps le serpent & les fleurs.