‹ Les Plaisirs D3e L'isle EnchanteeChapitre 26 sur 56 · ADVIS · texte numérisé non relu

ADVIS

LE dessein de l'Autheur estait de traiter ainsi toute la Comédie; mais vn commandement du Roy qui pressa cette affaire, l'obligea d'acheuer tout le reste en Prose y et dépasser légèrement sur plusieurs Scènes, qu'il aurait estenduês d'auantage, s'il auait eu plus de loisir,

AGLANTE

Pour moy je tiens que cette passion est la plus agréable affaire de la vie, qu'il est nécessaire d'aimer pour viure heureusement, et que tous les plaisirs sont fades s'il ne s'y mesle vn peu d'amour.

LA PRINCESSE

Pouuez-vous bien toutes deux, estant ce que vous estes, prononcer ces paroles; et ne deuezvous pas rougir d'appuyer vne passion qui n'est qu'erreur, que foiblesse et qu'emportement, et dont tous les desordres ont tant de répugnance auec la gloire de nostre sexe. l'en pretens soustenir l'honneur jusqu'au dernier moment de ma vie : Et ne veux point du tout me commettre à ces gens qui font les esclaues auprès de nous, pour deuenir vn jour nos tyrans : Toutes ces larmes, tous ces soupirs, tous ces hommages tous ces respects sont des embusches qu'on tend à nostre cœur, et qui souuent l'engagent à com-

de l'Isle Enchantée. 6i

mettre des lâchetez. Pour moy quand je regarde certains exemples, et les bassesses épouuantables où cette passion rauale les personnes sur qui elle étend sa puissance : le sens tout mon cœur qui s'émeut : et je ne puis souffrir quVne ame qui fait profession d'vn peu de fierté, ne trouue pas vne honte horrible à de telles foiblesses.

CINTHIE

Eh! Madame, il est de certaines foiblesses qui ne sont point honteuses, et qu'il est beau mesme d'auoir dans les plus hauts degrez de gloire. l'espere que vous cliangerez vn jour de pensée, et s'il plaist au Ciel nous verrons vostre cœur auant qu'il soit peu...

LA PRINCESSE

Arrestez, n'acheuez pas ce souhait estrange, i'ay vne horreur trop inuincible pour ces sortes d'abbaissemens, et si iamais j*estois capable d'y descendre, ie serois personne sans doute à ne me le point pardonner.

AGLANTE

Prenez garde; Madame, l'Amour sçait se van* ger des mespris que l'on fait de luy, et peutestre...

Non, non ie braue tous ses traits, et le grand pouuoir qu'on luy donne n'est rien qu'vne chimère, qu'vne excuse des foibles cœurs qui le font inuincible pour authoriser leur foiblesse.

CINTHIE

Mais enfin toute la terre reconnoist sa puissance, et vous voyez que les Dieux mesmes sont assujettis à son empire : On nous fait voir que lupiter n*a pas aymé pour vne fois; et que Diane mesme dont vous affectez tant Pexemple n'a pas rougy de pousser des soupirs d'amour.

LA PRINCESSE

Les croyances publiques sont toujours meslées d'erreur : Les Dieux ne sont point faits comme les fait le vulgaire, et c'est leur manquer de respect que de leur attribuer les foiblesses des hommes.

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