LA PRINCESSE, MORON, PHILIS, TIRCIS
MORON
IL ne vous en doit rien, Madame, en dureté de cœur.
LA PRINCESSE, le donnerois volontiers tout ce que j*ay au monde, pour auoir l'auantage d'en triompher.
MORON
le le croy?
LA PRINCESSE
Ne pourrois-tu, Moron, me seruir dans vn tel dessein?
Vous sçauez bien, Madame, que je suis tout à vostre seruice.
LA PRINCESSE
Parle luy de moy dans tes entretiens, vante luy adroitement ma personne, et les auantages de ma naissance, et tâche d'ébranler ses sentimens par la douceur de quelque espoir. le te permets de dire tout ce que tu voudras, pour tâcher à me l'engager.
MORON
Laissez -moy £siire.
LA PRINCESSE
Cest vne chose qui me tient au cœur, je souhaite ardemment qu'il m*ayme.
MORON
Il est bien fait? oUy, ce petit pendart là : Il a bon air, bonne phisionomie, et je croy qu'il seroit assez le fait d'vne jeune Princesse,
LA PRINCESSE
Enfin tu peux tout espérer de moy, si tu trouues moyen d'enflammer pour moy son coeur.
MORON
11 n'y a rien qui ne se puisse faire; mais. Madame, s'il venoit à vous aymer, que feriez-vous, s'il vous plaist?
Ah! ce seroit lors que je prendrois plaisir à triompher pleinement de sa vanité, à punir son mépris par mes froideurs, et à exercer sur luy toutes les cruautez que je pourrois imaginer.
MORON
Il ne se rendra jamais.
LA PRINCESSE
Ah! Moron, il faut faire en sorte qu'il se rende.
de risle Enchantée. 87
MORON
Non? il n'en fera rien, je le connois, ma peine serait inutile.
LA PRINCESSE
Si faut-lt pourtant tenter toute chose, et es-
prouuer si son ame est erticrement insensible.
Allons je veux luy parler, et suiure vne pensée
qui vient de me venir.
Fin du troisiesme Acte.
QVATRIESME INTERMEDE