MORON, PHILIS, TIRCIS
MORON
AHl ah! je vous y prens, cruelle; vous vous écartez des autres pour ouyr mon riual?
PHILIS
OUy, je m*écarte pour cela; jeté le dis encore : le me plais auec luy, et Ton écoute volontiers les Amans lors qu'ils se plaignent aussi agréablement qu'il fait. Que ne chante-tu comme luy? je prendrois plaisir à t'écouter.
MORON
Si je ne sçay chanter, je sçay faire autre chose, et quand....
PHILIS
Tais toy? je veux Tentendre. Dis, Tircis, ce que tu voudras.
MORON
Ahl cruelle....
PHILIS
SilencCi dis-je, ou je me mettray en colère.
TIRCIS en chantant.
ARbres espais, et vous prez esmailiez, La beauté dontrHyuer vousauoitdespouillez, Par le Printemps vous est rendue :
Vous reprenez tous vos appas ; Mais mon ame ne reprend pas La joye, helasl que j'ay perdue.
Morbleu que n'ay-je de la voix? ah! nature marastre! pourquoy ne m'as-tu pas donn^ dequoy chanter comme à vn autre?
PHILIS
En vérité. Tircis, il ne se peut rien de plus agréable, et tu remportes sur tous les Riuaux que tu as.
MORON
Mais pourquoy est-ce que )e ne puis pas chanter? N'ay-je pas vn estomach, vn gosier, et vne langue comme vn autre? Oûy, oûy, allons, je veux chanter aussi, et te montrer que TAmour fait faire toutes choses. Voicy vne chanson que j'ay faite pour toy.
PHILIS
Oiiy, dis? je veux bien t'écouter pour la rareté du fait.
MORON
Courage, Moron, il n*y a qu'à auoir de la hardieue.
de risle Enchantée. 9 1
Morôn chante,
TOn extrême rigueur S*acharne sur mon cœur.
Ah 1 Philis )e trespasse 1 Daignes me secourir?
En se ras- tu plus grasse De m'auoir fait mourir?
Viuat, Moron.
PHILIS
Voila qui est le mieux du monde : mais, Moron, je -souhaiterois bien d'auoir la gloire, que quelque Amant fût mort pour moy; c*est vn auantage dont je n'ay pas encor joUy, et je trouue que j'aymerois de tout mon cœur vne personne qui m'aymeroit assez pour se donner
la mort.
MORON
Tu aymerois vne personne qui se tuâroit pour
toy?
PHILIS
Oûy.
MORON
Il ne £iut que cela pour te plaire ?
PHILIS
Non.
MORON
Voilà qui est fait, je te veux montrer que je me sçay tuer quand je veux.
TIRCIS chante.
Ah l quelle douceur extrême.
De mourir pour ce qu'on ayme. bis
MORON
C'est vn plaisir que vous aurez quand vous voudrez.
TIRCIS chante.
Courage, Moron? meurs promptement £n généreux Amant.
le vous prie de vous mesler de vos affaires, et de me laisser tu^r à ma fantaisie. Allons, je vais faire honte à tous les Amans; tien? je ne suis pas homme à faire tant de façons, voy ce poignard? prens bien garde comme je vais me percer le cœurj^ le suis vostre seruiteur, quel* Se riant que niais.
^'J;*- PHILIS
Allons. Tircis, viens-t'en me redire à Técho, ce que tu m'as chanté.
de l'Isle Enchantée. gS
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