‹ Les plaisirs du hasard; comédie en quarte actesChapitre 43 sur 85 · SCÈNE III EMMANUEL LE FILS · texte numérisé non relu

SCÈNE III EMMANUEL LE FILS

EMMANUEL. — Bonjour ! Votre sœur est-elle enfin rentrée ?

LE FILS. - Ah ! Ah !... Ah ! Ah ! Ah !

EMMANUEL. — Dites vite.

LE FILS. — Si je vous dis oui, et que ce ne soit pas vrai ?

EMMANUEL. — Je ne vous revois de ma vie !

LE FILS. — Alors je dis non.

EMMANUEL. — Mais, pour l'amour de Dieu, quand rentre-t-elle ?

LE FILS. — S'agit-il de l'amour de Dieu ?

EMMANUEL. — Ah ! mon cher, je suis si bien ici ! J'aime la maison, les meubles, le père, la mère, le frère...

LE FILS. ' — Je me demande si vous aimerez la fille?

EMMANUEL. - C'est fatal.

LE FILS. — Qu'est ce qui est fatal ? Que ma sœur, élevée comme elle l'a été...

EMMANUEL. — La vie culbute les prévisions. *

LE FILS. — Ma sœur est une petite fille bien consciencieuse...

EMMANUEL. — Qui prendra conscience d'ellemême.

LE FILS. — ... Avec un sens si minutieux de ordre...

EMMANUEL. — Comme la nature ! Elle doit être exquise ! Avant même de la voir, je ne suis plus libre. Vos parents sont d'une si chaude cordialité, je me dis : « Si tu n'épouses pas leur enfant, tu ne seras qu'un ingrat!... et tu rateras ton existence !» Il y a de la fatalité dans mon cas. Puis, une jeune fille élevée ici, parmi ces gravures, sur ces tapis, ne peut avoir que de grands yeux et une démarche divine !... D'avance je suis ému. N'ai-je pas raison ?

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