‹ Les plaisirs du hasard; comédie en quarte actesChapitre 57 sur 85 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

LE DOCTEUR. — C'est de la beauté garantie !

EMMANUEL. — Votre fille est du bonheur sûr.

LE DOCTEUR. — Tant qu'on ne le tient pas, le bonheur est incertain 1

EMMANUEL. — Mais la destinée ne l'est pas : sentez-vous comme elle nous mène. On se croit libres : on ne l'est que pour un premier geste ; après, tout devient fatal. Elle va entrer fatalement, et fatalement je vais être sans voix... Mais en étant bien ému, ie suis bien content. Et vous, Docteur ? (Un temps.)

LE DOCTEUR, lui tendant les deux mains. — Moi aussi 1

(On sonne.)

LE DOCTEUR. — C'était sûr ! Dès que je suis dans la poésie, la réalité vient me tirer par la manche ! A tout à l'heure !... Car vous restez à dîner ?

EMMANUEL. — Vous êtes gentil.

(Le Docteur sort.)

SCËNE IX

EMMANUEL, LE CURÉ, puis LA FEMME DU DOCTEUR

EMMANUEL. — Il faut encore que je téléphone à Antoinette... Je vais avoir l'air idiot... Tant pis ! (Prenant le téléphone) Donnez-moi le cinquième... Une porte ! C'est elle !... (Dans le téléphone) Non, gardez... Vous me l'avez donné ?... Reprenezle. (Il raccroche et se retourne) Ce n'est pas elle 1

LE DOMESTIQUE. — Si Monsieur le Curé veut entrer, je préviens Madame.

LE CURE, saluant Emmanuel. — Monsieur...

EMMANUEL. — Monsieur le Curé, le sort me désigne pour vous tenir compagnie deux minutes.

LE CURÉ. — Très flatté !

EMMANUEL. — Je ne vous connais pas, donc je vous aime.

LE CURÉ. — Oh ! Monsieur, vous êtes sévère !...

EMMANUEL. — Du tout, Monsieur le Curé, et vous me le rendez.

LE CURÉ. — Moi ? Même si je vous connaissais...

EMMANUEL. — Alors vous êtes extrêmement bon.

LE CURÉ. — Je ne suis pas très méchant.

EMMANUEL. — Vous n'allez pas avec votre siècle.

LE CURÉ. — Il vaut les autres.

EMMANUEL. — Monsieur le Curé, on ne se confesse donc pas dans votre paroisse ?

LE CURÉ. — Pourquoi ?

EMMANUEL. — Ou on se confesse mal : on vous ment.

LE CURÉ. — On ne ment pas, quand on meurt...

EMMANUEL. — Mais quand on se marie ?... Se marie-t-on beaucoup ?

LE CURÉ. — Tous les jours, deux ou trois mariffges. Voyez mon carnet. Nous sommes le deux. Jusqu'au vingt-huit, pas une heure libre.

EMMANUEL. — Et le vingt-huit ?

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