‹ Les plaisirs du hasard; comédie en quarte actesChapitre 59 sur 85 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

EVE, gaîm&ni. — Oui. Monsieur.

EMMANUEL. — Je suis honteux !

EVE. — De quoi donc ?

EMMANUEL. — De... vous voir rire.

EVE. — On ne vous a pas dit que j'étais gaie ?

EMMANUEL. - Non.

EVE. — A moi on m'a dit que vous étiez spirituel.

EMMANUEL. - Oh !... Qui ?

EVE. — Mon père, ma mère, mon frère et le domestique.

EMMANUEL. — Quelle réputation ! Je ne m'en remettrai pas !

EVE. — Si. Nous allons nous asseoir et causer à bâtons rompus ; ce sera très drôle. D'ailleurs, je m'amuse toujours, tant qu'on ne me présente pas un mari.

EMMANUEL. - Parole sage 1

EVE. — Vous aussi, redoutez les présentations ?

EMMANUEL. — Et les scènes d'amour... Des mots !... La vie est un enchevêtrement de petites histoires, parmi lesquelles il faut rester coi et se laisser faire, de peur d'emmêler tout. Soudain, on épouse qui on doit épouser... On le sent. Rien à dire.

EVE. — Et c'est en somme très simple.

EMMANUEL. — Mademoiselle, tout est simple.

EVE. — Sauf quand votre malice complique tout.

EMMANUEL. — Ma malice ?

EVE. — Je connais de vos exploits.

EMMANUEL. — Qui précisément n'en sont pas. Je m'en tiens à la bonne nature, et fais familièrement ce qu'elle commande.

EVE. — D'où confusion des gens !

EMMANUEL. — Ah ! c'est leur faute î Connaissez-vous l'histoire de mon patron Saint-Denis ?

EVE. — Un peu.

EMMANUEL. — De lui seul je m'inspire.

Vous savez ce qu'il a fait, qui a tant étonné ses ennemis ?

EVE. - Non.

EMMANUEL. — Quand ils lui eurent coupé la tête, il ne l'a pas replacée sur ses épaules : d'abord, elle n'aurait peut-être pas tenu ; puis ces imbéciles eussent été dans l'admiration ; ce n'était pas assez. Il a donc pris sa tête, puis, comme une boîte ou un livre, cette bonne tête il l'a mise sous son bras ; et les autres en ont eu une stupeur humiliée, que je m'efforce, par mes faibles ressources, de ressusciter chez leurs descendants, nos contemporains.

EVE. — Vous êtes spirituel ; la féimille a raison.

EMMANUEL. — Le domestique aussi.

EVE. — C'est dommage que vous ne soyiez pas mon grand-oncle, mon confesseur ou mon romancier préféré.

EMMANUEL. — Vous me demanderiez quoi ?

EVE. — Un mari...

EMMANUEL. — A vous présenter ?

EVE. — A épouser tout de suite : j'aurais confiance.

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