ACTE PREMIER
EMMANUEL. — J'avais parié qu'étant médecin, vous me trouveriez une maladie.
LE DOCTEUR. — Ah ! vous vous êtes payé ma tête I
EMMANUEL. — Je jure que non !
LE DOCTEUR. — Ne vous en défendez pas ! Vous m'enchantez ! Je ne vois que des gens sérieux et respectueux, parmi lesquels je mène une existence d'âne, grave et respyectable. Quelle joie d'être chez un fantaisiste, qui joue avec la vie comme avec un ballon...
EMMANUEL. — Elt vous l'envoie par la figure... Excusez-moi. Mais on me refuse mon lait quotidien, et j'ai besoin d être reconnu malade.
LE DOCTEUR. — Encore un tour de votre domestique. Vous allez vous débarrasser de cette fille-là.
EMMANUEL. — J'ai horreur des décisions violentes.
LE DOCTEUR. — Alors, vous la laisserez briser votre vaisselle ?
EMMANUEL. - Oui.
LE DOCTEUR. - Quoi ?
EMMANUEL. — Docteur, il ne faut jamais aller contre la nature ! On ne guérit la bêtise que par la bêtise. Puisqu'elle veut renverser le thé, nous allons le lui commander. EJle va tout précipiter par terre avec fracas. Nous n'aurons même pas l'air d'entendre, et nous continuerons de causer.
LE DOCTEUR. - Riez-vous ?
EMMANUEL. — Pas encore 1 Mais je vais me rattraper. (H a sonné. Antoinette paraît^ Voulezvous nous préparer le thé, mon enfant ?
ANTOINETTE. — Bien, Monsieur.
(Elle sort, enchantée.)
LE DOCTEUR. — Je crois rêver... Mais j'admire ! Vous dépassez mes espérances ! Cher Monsieur, toute ma vie en étant prosaïque et rangé, 3 ai souhaité d'être extravagant.
EMMANUEL. — Que n'avez-vous suivi votre inspiration !
LE DOCTEUR. — Je voudrais que ma femme vous entendît !
EMMANUEL. — Où est-elle ?
LE DOCTEUR. — En dessous.
EMMANUEL. — Courez la chercher.
LE DOCTEUR. — Vous permettez ? Elle sera si heureuse ! C'est une femme tranquille comme moi, mais qui aime la gaieté et les caprices.
EMMANUEL. -— Elle doit être charmante ! Ramenez-la vite.
LE DOCTEUR. — Nous remontons dans cinq minutes.
(Ls Docteur sort.)