ACTE QUATRIÈME
LE DOCTEUR DENIS, rentrant avec son fils, — Eh bien ?
CHUISSIER. — Acquitté I
LE FILS.- Ah \
LE DOCTEUR. — Comme fou...
L'HUISSIER. - Exactement !
LE FILS.- Oh \
LE DOCTEUR. — Ma pauvre fille !... Monsieur le Substitut !...
LE SUBSTITUT, qui sortait. — Ah ! je suis très pressé !
LE DOCTEUR. — Par pitié, un seul mot !
LE SUBSTITUT. - Rien qu'un !
LE DOCTEUR. ïattirant dans un coin. — Vous le connaissez depuis toujours... Est-ce que jeune, déjà... ?
LE SUBSTITUT. - Oui.
LE DOCTEUR. — Non ?... Alors, vraiment... vous aussi vous croyez ?...
EMMANUEL, qui est arrivé à pas de loup — sur T épaule du Substitut. — Et tu ne vois aucun remède ? Brave vieux, va !
(Le Substitut hausse les épaules et s'éclipse.)
EMMANUEL, au Docteur. — Mon pauvre père, ai-je assez de chance d'être passé par la mairie ! Vous seriez capable de me refuser votre fille !
LE DOCTEUR, s'asseyant. — Laissez-moi !
EMMANUEL, au Fils. — A-t-on invité le Docteur Sandoinet au lunch ? Il pourrait recommencer là-bas sa petite démonstration.
LE FILS, l'écartant. — Laissez-nous I
EMMANUEL. — Quoi ?... Ah ! ne me brusquez
pas 1... (haussant le ion) Tout, mais ne me brusquez pas ! Le Président Va défendu !
LE DOCTEUR. — Qu'est-ce que tu lui as fait?
EMMANUEL, criant. — Je suis déjà assez furieux d'être fou : il ne faudrait pas me rendre fou furieux !
LE DOCTEUR, e0rayé. — Mon ami !...
EMMANUEL. — C'est que je n ai plus Tair d'être votre ami !
LE DOCTEUR, — Comprenez donc la honte..,
EMMANUEL. — D'appartenir à une Société burlesque ? J'y ai maintenant un avenir illimité ! (Il hausse légèrement les épaules, soupire, sourit) . — Mon pauvre père, au nom de la Poésie et de la Fantaisie que nous paraissions chérir ensemble, prenez mon bras et appuyez-y votre misère. (Au fils) Vous, jeune homme, portez mon pardessus, je vous prie, et soyez modeste. Il est midi trente-cinq ! Vous semblez oublier tous deux que, là-bas, des cierges brûlent pour rien, que l'organiste peste à son orgue, et qu'une jeune tille, dans son impatience délicieuse, s'empêtre dans sa traîne. De grâce, marchons, et vite ! Au dire de chacun, je suis fou ? N'est-il pas grand temps de me marier ?
RIDEAU
ACHEVÉ D'IMPRIMER LE 15 AVRIL 1922 PAR F. PAILLART A ABBEVILLE (SOMME).
Lo Bibliothèque Université d'Ottowo
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CE PQ 26J3 .E56P6 1922 COO BEKJAMÏN, ACC# 1230062