‹ Les planètes et leur origineChapitre 25 sur 139 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tienne où elles se produisent, mais longtemps sans aucune preuve directe. C'est en 1890 (Set 6 juillet) qu'une belle observation de Keeler avec le grand équatorial du mont Hamilton l'a apportée.

11 a pu alors constater, de la façon la plus certaine, l'existence ( fîg. 3i), sur le bord du terminateur et se prolongeant nettement au delà de lui d'au moins un ou deux dixièmes de seconde d'arc, de renflements brillants, de couleur et d'éclat comparables à ceux de la calotte polaire australe. Il s'agit donc ici de phénomènes s'élevant au moins à So*"" ou 40*"" au-dessus de la surface de la planète.

L'observation de Keeler a d'ailleurs été bientôt confirmée (juillet 1892) par Perrotin avec la grande lunette de Nice et depuis, à la plupart des oppositions, par nombre d'observateurs (Douglass à l'Observatoire Lowell, Flammarion à Juvisy, etc.) avec des instruments de dimensions beaucoup moindres.

Quelle est la cause de ces curieuses apparences? On ne peut guère tes attribuer qu'à des nuages élevés flottant dans l'atmosphère martienne : mais, alors, par quel mécanisme se tiennent-ils en équilibre à des hauteurs aussi considérables et hors de toute compai-aison avec celles auxquelles les nuages nous ont habitués sur la Terre?

Canaux de Mars. SchiaparellL ■ — Revenons maintenant à l'étude physique de la surface de Mars; Schiaparelli va, en effet, la lancer dans une voie toute nouvelle. Ses premiers travaux sur Mars datent de l'opposition de 1877, où cette planète se trouvait presque à son maximum de proximité de la Terre.

Il profite de ces circonstances favorables pour chercher à obtenir des positions exactes des différents accidents que présente la surface. 42 points principaux sont repérés trigonométriquement, et en même temps un grand nombre de détails, jusque-là inconnus, sont signalés; en particulier, il découvre un très grand nombre de nouveaux fleuves, d ailleurs moins larges que les anciens et généralement plus longs.

Ajoutons qu'un certain nombre de ces apparences nouvelles ont été vues, à la même époque, tout à fait indépendamment de Schiaparelli, par Burton et Dreyer, et tracées par eux sur leur Carte, publiée en 18-9.

En i8'-9, nou\ elles études de l'astronome milanais; il repère cette fols ii4 points principaux et en même temps signale l'existence de nombreux nouveaux lleuves s'ajoutant à ceux de jS--; ils s'amin-

cissent encore par rapport à eux. Mais les dessins de Schiaparelli, relatifs à cette opposition, donnent lieu à deux remarques capitales :

i" Tous les fleuves nouveaux, aussi bien ceux de i 8^^ que ceux de iS^C), y sont indiqués, sauf quelques rares exceptions, comme rectiligiies.

2" Au lieu de se terminer à l'intérieur des continents, comme dans les dessins de 18-^, ils sont tous prolongés jusqu'à la tache sombre la plus \oisine, reconnue existante depuis longtemps.

Ces lignes sombres reliaient donc ensemble deux mers et il n'était plus possible de les considérer comme des fleuves.

Continuant, bien à tort d'ailleurs, la terminologie adoptée avant lui, il les appela, en conséquence, des canaux.

L'astronome milanais continue ses études svir Mars juscpi'en 1889, et ses observations ultérieures lui parurent non seulement confirmer mais, de plus, étendre considérablement à cet égard ses résultats antérieurs; si bien que, dans son Mémoire définitif, il affirme l'existence de 82 canaux, c[u'il dessine et auxquels il donne des noms.

Il alla d'ailleurs beaucoup plus loin, comme nous le verrons bientôt.

En résumé, dès l'opposition de 18^9 et plus affirmativement encore après celle de 1882, Schiaparelli décrit la surface de Mars comme se composant de larges parties sombres, les mers i^fig- 32) (cette figure donne une projection polaire de l'hémisphère boréal) reliées entre elles à travers le fond brillant figurant les continents par un très grand nombre de lignes sombres assez étroites, de largeur uniforme, rectilignes, de longueurs toujours considérables, de directions cpielconques, s'entrecroisant, se joignant et formant à leurs points de croisement comme de petites taches rondes un peu plus sombres que les lignes elles-mêmes. Ces taches de croisement, il les appelle nécessairement des lacs.

W en résultait, pour la constitution superficielle de Mars, un mode jusqu'alors absolument inconnu dans le système solaire, et, pour la la planète elle-même, le monde le plus étrange que l'on aurait pu imaginer. On comprend aisément l'émoi que causèrent ces nouvelles lorsqu'elles an ivèrent à la connaissance des différents observatoires.

Autant les premiers travaux de J877 avaient reçu l'approbation générale et avaient augmenté l'autorité scientifique de l'astronome qui avait su découvrir sur Mars ce que n'avaient même pas sou|)conné des observateurs comme Secchi, Kaiser, iJavves, Green et Lockyer,

Page 1