‹ Les plantes exotiques ornementalesChapitre 1 sur 70 · G. STEINHEIL, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

G. STEINHEIL, ÉDITEUR

t, RUE CASIMIR-DBLAVIGNB, 2

INTRODUCTION

Les recherches scientifiques onU la plupart du temps, pour motif des travaux analogues de Fauteur, et, suivant une sorte de filiation, les expériences découlent les unes des autres. Mais il en est parfois qui ne se rattachent nullement aux études antérieures de l'expérimentateur, et dont l'origine est due à un concours fortuit de circonstances : tel est le travail dont je donne ici le résultat.

Étant encore presque enfant pendant la guerre de 1870, l'investissement de Pains, interrompant mes études^ me fit passer l'hiver de 1870- 1871 dans une propriété de mon père, près de Lodève, ma ville natale. On sait que cet hiver fut exceptionnellement froid, même dans le midi de la France. Je fus étonné de voir mourir les Agave americanay que j'avais toujours vus dans le jardin, mais, en même temps, je fus frappé de voir résister un Chamœrops excelsa^ mis en pleine terre peu de temps auparavant.

Dix ans plus tard, l'étude de la botanique m'ayant amené à visiter le jardin d'acclimatation de la villa Thuret, à Ântibes, l'idée me vint d'essayer d'acclimater dans ma région quelques plantes intéressantes qui me semblaient devoir y résister au froid. Les encouragements de Naudin me décidèrent, et c'est ainsi que j'entrepris les expériences d'acclimatation que l'on verra plus loin.

Ces expériences me parurent avoir une réelle utilité, à cause de la région dans laquelle elles étaient entreprises. En effet, Lodève se trouve dans les Cévennes, à environ 200 mètres d'altitude, et à la limite de la région de

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rOlivier. (^eux-ci ne montent guère que 100 mètres plus haut, et ils gèlent partiellement pendant les hivers les plus froids. Il est donc probable que tout ce qui résistera dans cette localité sera apte à résister dans toute la région de TOlivier, et l'on aura ainsi une utile comparaison entre les expériences d'acclimatation des plantes exotiques dans cette région et celles qui ont été faites si souvent dans la région de rOranger.

Organisation des expériences. — Les essais ont été faits sur un terrain en amphithéâtre, exposé au sud-est, et formant un certain nombre de plans soutenus par des murailles. L'exposition était excellente pour le but que je me proposais, les cultures étant préservées du vent du nord, très nuisible à la végétation, dans ce pays, par le vent qu'il amène. Cette circonstance me permettait de faire les essais sur des plantes très jeunes, toujours moins résistantes, ce qui rendait les expériences moins dispendieuses.

On pourrait, il est vrai, me reprocher d'avoir opéré dans de» conditions particulièrement favorables, qui ôteraient aux expériences une partie de leur valeur, mais je ne m'en tins pas là. A mesure qu'une espèce se montrait résistante, des pieds devenus forts étaient transplantés dans la propriété de mon père, à des expositions beaucoup moins abritées, où ils devaient montrer leur résistance dans des conditions certainement moins favorables. Du reste, Tamateur qui voudra planter des espèces délicates dans la région de l'Olivier devra toujours choisir une exposition chaude et abritée ; faire autrement, exposer ces plantes au nord et aux vents les plus froids serait courir au-devant d'un échec certain. Ces plantes, dans une telle région, sont toujours dans une situation périlleuse, et ce serait s'illusionner grandement que de croire qu'elles peuvent venir convenablement dans de mauvaises conditions.

Quelques-unes des plantes, en petit nombre, furent achetées vivantes chez les horticulteurs, mais la plupart furent obtenues par semis, ce qui avait le double avantage de fournir de nombreux exemplaires et d'être moins dispendieux. Les semis de graines, achetées chez les marchands grainiers, ou envoyées de la villa Thuret par Naudin, furent faits chez mon père, en pots et sous bûche. Les jeunes plantes furent cultivées en

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pots plus ou moins longtemps^ un, deux ou trois ans, selon les espèces, et rentrées l'hiver en orangerie, puis livrées à la pleine terre sur le terrain d'expérience, sous forme de pépinière qu'on éclaircissait à mesure que les sujets grandissaient.

Quand les plantes semblaient délicates, une partie des pieds étaient abrités en hiver, les autres étant laissés à l'air libre. Les abris étaient de deux sortes : pour les grandes plantes, ils consistaient dans un empaillage complet ; pour les petites, une petite masse de feuilles sèches recouvrait simplement la plante. L'été, les plantes étaient arrosées autant qu'il était nécessaire.

Lorsque les plantes mouraient, de nouveaux essais étaient tentés, afin de bien s'assurer que la mort des sujets était bien due au froid et non à quelque autre cause fortuite; mais il ne fut pas toujours possible de se procurer de nouveau des graines ou des plantes; d'autres fois, l'action dn froid fut si évidente, qu'il parut inutile de renouveler l'expérience .

Mes occupations me retenaient loin de Lodève, mais je m'y rendis deux fois par an. Au printemps, je faisais faire sous mes yeux les semis, repiquages, plantations et transplantations. J'examinais avec soin l'état de chaque plante, je notais l'effet de l'hiver ; chaque plante avait son numéro, et chaque espèce avait sa fiche dans le registre d'observations. Puis je procédais au pincement ou au recepage des parties gelées, et je remplaçais les plantes qui avaient péri. En automne, je me rendais compte du résultat des opérations du printemps et de la végétation de l'été ; puis, je faisais faire la toilette d'hiver aux plantes qui en avaient besoin .

Les expériences ont été commencées en 1886 et terminées en 1902 ; les essais m'ayant paru suffisants, la pépinière a été transformée en jardin paysager exotique.

Au cours des essais, à mesure qu'une espèce intéressante se montrait résistante, je la cultivais en quantité, et, lorsque les sujets étaient devenus suffisamment forts, je les distribuais gratuitement à toutes les personnes des environs qui voulaient les planter dans leurs jardins, de sorte que les plantes les plus résistantes se sont trouvées pratiquement introduites dans le pays à mesure que leur résistance était constatée. J'ai ainsi répandu, au cours de ces seize années d'expériences, quelques centaines

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de ChamaeropSj Pritchardia, Dracœna, Agave^ Opuntia^ Eucalyptus^ Veronica^ Cupressus, Dasylirioriy Bambusa^ etc. Les Palmiers surtout étaient très demandés.

Climatologie. — Il est un écueil difficile à éviter dans les essais de cette nature, c'est d'asseoir son jugement sur une série d'hivers moyens ou chauds qui donneraient une opinion erronée sur le climat de la localité. On voit souvent se produire des séries d'années à hivers doux, pendant lesquels certaines plantes délicates prennent un développement extraordinaire ; on les croit sauvées pour toujours, en raison même de leur grosseur, mais il suffit d'un hiver rigoureux pour les geler complètement, montrant ainsi que le résultat aurait été faussé si l'on n'avait pas eu cet hiver froid pendant la période de culture. J'ai eu la chance de rencontrer, au commencement des expériences et au moment où les plantes étaient très jeunes et par conséquent très délicates, un des hivers les plus rigoureux du siècle, dans le Midi, l'hiver de 1890-1891. J'ai pu avoir ainsi pour la plupart des plantes le minimum de résistance dans la localité. D'autres hivers assez froids ont donné des degrés divers de résistance, et ont permis de comparer les plantes les unes aux autres, d'après les dégâts produits par le froid.

Le nombre des plantes résistantes est moins grand qu'on ne pourrait s'y attendre en raison de la situation méridionale de Lodève. La température est rarement assez basse pour tuer les plantes, mais la pureté de l'air dans certaines saisons est une des causes les plus fréquentes de leur mort. 11 se produit souvent des gelées blanches terribles, en automne, qui grillent les extrémités encore en végétation, ou, au printemps, brûlent les bourgeons à peine ouverts. Ces gelées, dues au rayonnement nocturne, sont souvent plus nuisibles que les abaissements de température beaucoup plus considérables survenant en hiver, alors que la plante est au repos et que les parties vertes se sont durcies graduellement. C'est pour cela que bien des espèces résistent aussi bien sur les côtes de l'Océan, malgré un plus grand abaissement de la température, parce que le ciel est généralement couvert aux mêmes époques, et que la végétation est préservée du rayonnement par une couche de vapeurs.

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Température des hivers. — Il eût été intéressant de connaître exactement la température des hivers, pour la mettre en regard des expériences sur les plantes ; malheureusement, il m'était impossible d'établir une station météorologique convenable, et je dus me contenter de quelques minima de température faits par le jardinier, sans prétention d'exactitude. Voici le résumé des observations :

Années 1886 à 1890, hivers moyens.

Année 1890-1891, hiver exceptionnellement froid ^TemarqiiMe par rabaissement de la température et surtout la continuité du froid en janvier 1891 . Voici quelques températures minima :

7 janvier — 7"

Années 1891 à 1895, hivers assez froids.

Années 1895 à 1897, hivers très doux.

Année 1897-98, hiver très doux et pluvieux.

Année 1898-99, hiver assez froid, La température est descendue plusieurs fois à — 6* et — 7**.

Année 1899-1900, hiver moyen, mais gelées très hâtives qui ont fait beaucoup de mal en décembre ; la température est descendue une fois à — 7^

Année 1900-1901, hiver très froid. La température est descendue plusieurs fois jusqu'à — 10®. Couche de neige de 0"*,75 d'épaisseur, qui a persisté 12 jours. Le deuxième jour, verglas épais chargeant la neige et produisant la rupture des branches d'arbres et des feuilles des plantes vertes.

il înthoduction

Année 1901-1902, hiver doux.

Dans le compte rendu des expériences, je ferai ressortir trois hivers froids :

1898-99, assez froid.

1900-1901, très froid.

1890-91, exceptionnellement froid.

On ne s'attend pas à trouver dans Ténumération des espèces essayées les détails des observations faites sur des milliers de pieds. Je me suis contenté de donner, pour chaque espèce, un résumé aussi clair et succinct que possible de la manière dont s*est comportée Tespèce pendant les diverses catégories d'hivers.

VÉRIFICATION DES NOMS DES PLANTES. — Je me suis hcurté à une difficulté impossible à vaincre. Il eût été bon de ne donner que des noms vérifiés botaniquement ; malheureusement, pour beaucoup de plantes, c'était chose impossible. Beaucoup ont péri tout de suite, sans avoir pu montrer leurs caractères botaniques, fleurs et fruits; d'autres sont des arbres ou des plantes qui ne fleurissent qu'au bout d'un certain nombre d'années ou qui vivent dans la région et n'y fleurissent pas ; ceux-là ne pouvaient pas non plus être vérifiés scientifiquement. J'ai dû me contenter, la plupart du temps, de faire la vérification d'après le port, le feuillage et autres caractères secondaires. J'ai souvent identifié le mieux que j'ai pu des sujets de même espèce, livrés par les horticulteurs sous des noms différents. J'ai débrouillé les Cactées d'après les descriptions, mais sans avoir sous les yeux des échantillons types. Enfin, j'ai corrigé le mieux possible les erreurs des jardiniers, mais je ne me dissimule pas les imperfections de mon travail à ce point de vue; aussi j'ai jugé inutile de faire suivre les noms des plantes des noms d'auteurs, pour ne pas faire croire à une précision de nomenclature qui n'existe pas en réalité, ces expériences étant un travail d'horticulteur, et non un travail de botaniste (1).

Procédés de culture spéciaux. — Les plantes essayées sont, natu-

(i) Un petit nombre d'espèces ont ét6 supprimée» comme n'ayant pu être Bufflsamment vérifiées : on ne les trouvera pas dans Ténumération,

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rellement, toutes vivaces, puisqu'il s'agit d'expérimenter leur résistance à l'hiver. Elles ont presque toutes un intérêt ornemental ; cependant il a été essayé aussi quelques plantes dépourvues d'intérêt à ce point de vue, les unes parce qu'elles n'ont pas donné ce que j'espérais, les autres parce que les graines m'avaient été envoyées par Naudin, et que je me suis fait un devoir d'essayer sans contrôle tout ce qu'il m'envoyait.

Mon but n'était pas seulement de trouver ce qui pouvait résister sans aucun soin, mais aussi de chercher les modes de culture qui permettraient d'utiliser certaines belles espèces ne résistant pas complètement. J'ai pu ainsi obtenir, par des moyens détournés, une ornementation parfois fort belle, comme pour les Bananiers, avec des espèces incapables de passer l'hiver en plein air.

Espèces déjà cultivées. — Un certain nombre d'espèces, une trentaine environ, sont déjà cultivées, soit rarement, soit fréquemment dans les jardins de la région. Je n'ai pas cru devoir les supprimer, les unes parce que leur résistance n'est pas complète et que j'avais à donner des détails intéressants à ce point de vue, les autres parce qu'elles appartiennent à la catégorie des plantes ne vivant pas habituellement dans le Nord, et qu'il était bon que mon travail présentât une énumération aussi complète que possible des plantes sensibles au froid capables de vivre dans la région expérimentée. Les plantes de ces deux catégories sont les suivantes :

Sterculia platanifolia Erythrina crista-galli Poinciana gillicsii Acacia julibrissin Eriobotrya japonica Opuntia ficus-indica Bupleurum fruticosum Aralia japonica Santolina chamœcyparissus Ginerarla maritima Arbutus unedo Nerium oleander Bignonia grandi flora Phytolacca decandra Laurus nobilis

Aristolochia sipho Gupressus funebris

— macrocarpa Gryptomeria japonica Pi nus pinea Ginkgo biloba Gepholataxus fortunei Agave americana Yucca aloifolia

— gloriosa

— pendula Ghamœrops excelsa Sabal palmetto Bambusa nigra

— viridis

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RÉSUMÉ DES EXPÉRIENCES. — Je vais donner ici uu résumé succinct de Tensemble des expériences.

Environ 500 espèces ont été essayées. Sur ce nombre 23& peuvent être cultivées, parmi lesquelles 128 restent vertes tout Thiver ; c^est un résultat meilleur qu'on n'aurait pu l'espérer. Parmi celles-ci, un certain nombre résistent complètement aux hivers de la région, d'autres ont seulement une résistance suffisante pour pouvoir être employées à l'aide de simples artifices de culture. Parmi les unes et les autres, il en est un certain nombre qui n'ont pas assez d'intérêt pour apporter un appoint ornemental à nos jardins ; la culture n'en sera pas conseillée.

Voici le tableau des diverses catégories :

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Plantes sans intérêt.

Résistance complète 33

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Voici l'énumération des espèces de chaque catégorie (1).

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