ROLE DES PLANTES FOSSILES DANS LA FORMATION DE LA HOUILLE
Dans les deux chapitres précédents, nous avons fait allusion aux plantes conservées à l'état de houille, et aux procédés que l'on pouvait mettre en usage pour mettre en évidence les détails de structure qui rendent leur présence dans l'intérieur même de ce combustible absolument certaine ; mais, comme la houille est loin de présenter dans toutes ses parties une organisation appréciable, qu'il y a des variétés où il n'est guère possible même d'en rencontrer des vestiges, on est en droit de se demander si les débris de plantes ont concouru seules à sa formation.
Le sujet présentant de l'intérêt, nous croyons devoir consacrer quelques pages à l'exposition des opinions les plus répandues sur son mode de formation.
Ce combustible est, comme on le sait, réparti sur la terre à toutes les latitudes, depuis Içs. ré-
gions glacées du Groenland jusqu'au Zambèze entre les tropiques ; il occupe des espaces immenses dans l'Amérique du nord, en Russie, en Allemagne, en Belgique, en Angleterre, etc., etc. Utilisé par les Chinois, dès la plus haute antiqviité, pour la cuisson des poteries et de la porcelaine, employé par les Grecs pour le travail du fer, il paraît avoir été inconnu des Romains. Actuellement il est l'élément indispensable des plus grandes comme des plus petites industries, et , son importance justifie toutes les recherches, tous les travaux, qui ont été faits pour connaître son origine.
Les hypothèses les plus variées ont été mises en avant pour expliquer sa formation. Nous ne citerons que les suivantes.
1° On y a vu le résultat d'éruptions de bitume fondu venant des profondeurs et recouvrant, pénétrant ^Its feuilles, rameaux, écorces, bois, racines, organes reproducteurs, etc., de plantes accumulées par les eaux dans les bas-fonds, les lacs, les estuaires, et dont les reliefs les plus délicats, les empreintes les plus fines, la structure intime auraient été conservés par cette espèce de goudron devenu solide en se refroidissant.
2° On l'a aussi considérée comme le résultat de la décomposition plus ou moins complète de plantes, sous l'influence de la chaleur et de l'humidité, décomposition qui aurait conduit les végé-
taux à passer par les principales étapes suivantes : tourbe j lignite ^ houille ^ anthracite.
3° Enfin, tout en admettant que la décomposition des plantes puisse amener la matière organique à prendre ces divers états, d'autres savants pensent que, pour devenir de la houille, il n'est pas nécessaire à cette matière d'avoir été tourbe et lignite, et qu'à l'époque houillère les plantes pouvaient passer immédiatement, si les conditions étaient favorables, à l'état de houille; de même, aux époques secondaires et tertiaires, l'altération des tissus végétaux conduisait généralement aux lignites, tandis que maintenant, dans les hautes latitudes, elle donne naissance à la tourbe.
En d'autres termes, la nature du combustible formé à chaque grande période géologique dépendait de conditions climatériques générales et d'actions chimiques locales.
L'anthracite et la houille appartiendraient surtout aux temps primaires, les lignites aux temps secondaires et tertiaires, et la tourbe à notre époque, sans que les tourbes puissent jamais devenir lignites, ni ceux-ci houille.
Quant à ^accumulation, dans certaines régions privilégiées, de masses considérables de combustible et à* leur absence complète dans d'autres appartenant à la même formation géologique, on les a attribuées tantôt à la présence d'immenses forêts poussant sur un sol bas et humide, exposé