FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE DES PLANTES INDUSTRIELLES
Page 6. — Colza.
En 1788, on cultivait aux environs de Lille trois variétés de colza; 1° le colza à fleur blanche, variété qu'on avait introduite en Flandre en 1758; 2° le colza chaud qui avait une fleur jaune ; 3° le colza froid dont la lige était plus élevée et plus forte que celles des variétés précédentes ; cette variété avait aussi une fleur jaune. On reprochait au colza à fleur blanche et au colza chaud d'avoir des ramifications presque à fleur de terre; ces deux variétés étaient fort peu cultivées. En 1797, les cultivateurs belges donnaient la préférence au colza chaud.
D'après un mémoire publié en avril 1770, le colza chaud mûrissait quinze jours plus tôt que le colza froid. Le premier arrivait à maturité à la Saint-Jean.
On croit généralement que les graines du colza parapluie contiennent moins d'huile que tes semences du colza ordinaire. Les résultats de deux analyses faites par M. Bénard , pharmacien à Amiens, prouvent que cette opinion n'est pas exacte. Voici les chiffres obtenus par M. Benard :
100 de graine sont donné :
Colza parapluie 37 , 80 d'huile.
— ordinaire 37,15 —
Ces chiffres démontrent la faute que commettent les fabricants d'huile qui refusent d'acheter au prix de la cote commerciale les graines de colza parapluie.
Page 16. — Colza.
M. Pigeon, cultivateur aux Graviers, près Villepreux (Seine- et- Oise), a fait planter cette année son colza suivant un procédé
nouveau. Tous les ouvriers suivaient la charrue comme s'il avait été question d'une plantation de pommes de terre. Des femmes les précédaient et posaient des plants sur la dernière bande renversée par la charrue. Par cette méthode la terre n'a été nullement piétinée ou tassée par les planteurs, et les mottes, qui ont une si grande influence sur le colza pendant les gelées, sont restées telles que la charrue les avaient formées au mois d'octobre.
Page 43. — Colza.
M. Morrière a publié le compte suivant d'une culture de colza dans la plaine de Caen :
Dépenses par hectare 688 fr. 13 c.
Produit brut 750 »
Bénéfice par hectare 161 87
Prix de revient de l'hectolitre 19 60
Prix de vente de 1847 à 1854 25 »
Bénéfice par hectolitre 5 40
Page 104. — Ricin.
M. Hardy espace le ricin en Algérie à 2 mètres de distance. Il a récolté en juin sur du ricin de deux ans ainsi planté, 3220 kilogr. de graines par hectare.
Page 155. — Safran.
« Ordonnance de Henri II. en date du 18 mars 1550 et enregistrée au parlement le 12 juin 1551.
Henry, etc.... comme entre les fertilitez, pays, terres, et seigneuries, et mesmement au pays d'Albigeois, LauragnesetAngoumois, y croit grande quantité de sarTrans de pareille , en plus grande beauté, que ceux qui croissent en autres pays étrangers, et partant les marchands d'Allemagne et d'ailleurs ont toujours accoutumé d'en venir acheter, même en nos foires de Lion, pour les mener en leur pays, et en ce faisant laissent en notre dit royaume par chacun an, plus de deux ou trois cent mille livres, outre les droits de nos gabelles, et autres droits qu'ils nous payent, et pour obvier aux abus qui pourroient empêcher le cours desdites marchandises , soit expressément défendu par les privilèges desdites foires et plusieurs vu 24
nos édits, à toute personne de notre royaume, pays, terre et seigneuries, et autres fréquentans ou iceux, de déguiser, sophistiquer ou altérer lesdites marchandises à ce que tous marchands étrangers ayant meilleur vouloir et assurance de les venir enlever et achepter en leur propre bonté et valleur naturelle, sans ce qu'ils ayent occasion d'en divertir et d'en aller chercher et acheter hors de notre royaume, toutes fois nous ayant été duement avertis que depuis quelques temps en ça s'est trouvé certain nombre dudit saffran qui a été altéré, déguisé et sophistiqué, et chargé d'huile, miel, moulx et autres mixions et sophistications, afin que ledit saffran, qui se vend au poids, se trouve plus pesant, encore y mettent plusieurs autres herbes approchant de la couleur et des chairs de bœufs recuites et effilandrées..., à quoi avons bien voulu obvier à tels abus..., fais et faisons par ces présentes inhibitions et deffenses à tous de quelque état, qualité et condition qu'ils soient de faire lesdites mixions et autres quelconques esdits saffrans pour altérer les vraie, propre et naturelle bonté, et ce sur peine de confiscation desdits saffrans, que nous voulons être ars et brûlez en plein marché et lieu public, et sur peine corporelle sur ceux qui auront altéré et corrompu lesdits saffrans et d'amande arbitraire : et néanmoins à. ce que nos officiers en puissent avoir plus prompte et facile connoissance et révélation, nous voulons et ordonnons que les dénonciateurs qui découvriront révelleront lesdits abus , faussetez et du profit qui proviendra des confiscations, condamnations et amandes.... sophistications de marchandises, ayent et leur soit adjugé la tierce partie du profit qui proviendra des confiscations, condamnations et amendes....
Page 150. — Mamelle.
C'est M. Clergame qui a constaté pour la première fois, en 1808, que la maurelle se propageait par semence et qu'on pouvait la cultiver aux environs de Gallargues.
Page 165. — Pastel.
L'ordonnance de Charles Le Bel du 13 décembre 1334, relative aux exportations, contient, article 7, les lignes suivantes:
« Guedes pour chacun vingt sols, on paiera quatre deniers et audessus de vingt sols, néant. »
Cet impôt prouve qu'on exportait à cette époque du pastel hors de la France.
On lit dans une ordonnance de Jean II. en date de 1350 : « Nuls laboureurs de houe ne pourront labourer de houe ou de bêche qu'en vignes, excepté les terres où les chevaux ne pourroient labourer, et aussi les terres à guesdes etcortillages.» (Titre XX.)
Page 201. — Indigotier.
On pense que l'indigotier argenté (indigofera argentea,) est l'espèce qui présente le plus de chances de réussite en Algérie.
Cet indigotier, au dire de M. Pietro% Greco, est cultivé dans la province de Reggio.
On le coupe quand les 2/3 de ses fleurs sont épanouies.
Page 214. — Garance.
Arrest du conseil d'État séant à Versailles le 2k février 1756 : «. Le roi était en son conseil d'État, a ordonné et ordonne que ceux qui voudront entreprendre de cultiver des plantations de garence dans des marais et autres lieux de pareille nature qui ne sont point cultivées, ne pourront, pendant vingt années, à compter du jour que les dessèchements et défrichements auront été commencés, être imposés à la taille, eux ni ceux qui seront employés à la dite exploitation, pour raison de la propriété, ou du profit à faire sur l'exploitation desdits marais et terres cultivées en garence.... Ordonne Sa Majesté, qu'en outre ils jouiront de tous les privilèges portés par l'édit de 1607 et sur la déclaration de 1641, en faveur des entrepreneurs des dessèchements. »
Paye 236. — Garance.
Lorsque les racines de garance sont bien sèches, on les soumet à l'action d'une meule à rober, afin d'enlever à la garance ou alizari la terre qui lui est adhérente et la pellicule qui l'enveloppe. Cette opération fait perdre à la racine 5 à 6 pour 100 de son poids, déchet qu'il faut ajouter à une perte de 18 pour 100 qu'elle subit en se desséchant. Au moyen d'un blutoir grossier, on obtient la racine pure qu'on soumet
immédiatement à l'action de meules verticales qui la convertissent en une poudre d'un brun rouge d'une grande finesse.
C'est par l'eau et l'acide sulfurique qu'on extrait de la poudre le produit appelé garancine. Voici comment on opère : on verse la poudre dans de grands filtres de laine contenus dans des caisses en bois ou en plomb ; on la lave à grandes eaux afin que celles-ci entraînent la partie sucrée. Les eaux de lavage arrivent dans des cuves en pierre où elles fermentent presque toutes seules. Alors on en extrait 5 à 6 pour 100 d'alcool. Quand la garancine a perdu sa partie sucrée, on la met dans des chaudières en cuivre ou des tonnes en bois avec un mélange d'eau et d'acide sulfurique; cet acide dissout les parties mucilagineuses et s'empare de la partie colorante jaune. Alors on désacidule l'eau en lavant de nouveau la garance dans les filtres. Quand la désacidulation est complète, on met la garance dans des cabas et on soumet ceux-ci à l'action d'une presse hydraulique. Les galettes qu'on en retire ont 0m,20 d'épaisseur ; on les porte ensuite dans une étuve#où elles sèchent sur des claies. Dès qu'elles ne contiennent plus d'eau, on les réduit en poudre au moyen de meules; on emballe cette poudre dans des barriques.
Page 259. — Carthame.
Dans les environs de Naples on sème le carthame à la volée, en mars ou avril. Suivant M. D'Oronzo Gabrielle-Costa, il épanouit ses fleurs dans la contrée de Lecée, soit à la fin de juin, soit dans les premiers jours de juillet. On récolte les fleurs après la rosée, quand elles sont bien ouvertes, contrairement à ce qu'a écrit A. Thouin. On les dessèche dans un lieu abrité du soleil.
Cette plante est attaquée par le curculio carthami, Oliv.. insecte qui a été importé dans le royaume de Naples, et surtout dans la province d'Otrante, par des graines venues d'Egypte. On le détruit en exposant les semences au soleil; alors il sort de la graine et on le ramasse pour l'écraser.
Un hectare produit 254 kilog. de carthame au prix moyen de 2 fr. le kilog.
M. Hardy a constaté à Alger qu'on devait récolter les fleurs du carthame tous les quatre à cinq jours, et les renfermer dans des sacs quand elles sont sèches, pour que l'air n'altère pas leur couleur.
La récolte d'un hectare exige trente journées d'enfant.
Les pétales fournissent seules la matière rouge : celle-ci y existe dans la proportion de 15 pour 100.
Le carthame d'Egypte de première qualité ou safranon beledy se récolte aux environs du Caire ; celui de deuxième qualité ou safranon sheblaouyse récolte sur les terrains en remontant le Nil. Le carthame de troisième qualité porte le nom de safranon de Saydy où on le cultive.
Page 271. — Cactus à cochenilles.
La culture du cactus à cochenilles a lieu très en grand aux îles de Lancerote, Fostaventure, Canaries, Palma etTénériffe (Iles des Canaries).
M. Hardy a constaté qu'il fallait planter 5000 de boutures de nopal par hectare. Voici le compte qu'il a donné d'une nopalerie.
Années. Dépenses.
Ve Plantation d'un hectare 4700 fr. »
2e Entretien et plantation d'un hectare 8957 »
4e Récolte et soins d'entretien 5000 »
Total 48997fr. »
Recettes.
3e Récolte de la plantation de la l,c année 19239 fr. t>
4e — — de la 2e année 19239 »
5e — des plantations de la lrc et 3e année.... 38478
6e — de la plantation de la 2e année 19239 »
7e — — de la 3e année 19239 •
Total. 115434 fr. *
Ce qui donne un bénéfice de 66,437 fr., soit 9.776 fr. par an et par hectare 3,258 fr.
Page 280. — Jujubier.
M E. Latour a extrait en 1857 une matière colorante rouge, du bois de jujubier (Ziziphus, sativus L) qui croit à l'état sauvage dans les
plaines et les terrains sablonneux de l'Afrique. Le bois de jujubier rouge en contient 10 pour 100. Cette matière est d'un beau rouge carminé et elle est très-soluble.
Page 280. — Lavrsonie.
Le henné tamru est très-cultivé dans les jardins qui avoisinent les grandes villes d'Egypte. Ses fleurs développent une odeur forte; mais qui plaît aux femmes. On les distille pour en obtenir une eau qui sert dans les bains ou à parfumer les vêtements.
Le henné kenani est celui qui fournit la poudre avec laquelle les peuples de l'Afrique se teignent en rouge la paume delà main, etc. La couleur produite par le henné ne s'efface qu'à force de lavages, après trente ou quarante jours.
Les tiges sèches de cet arbrisseau servent aux Égyptiens à faire des paniers très-solides mais communs.
Page 282. — Sumac.
Le sumac le plus estimé est récolté dans le Val de Mazacca, aux environs deCarini dans le royaume deNaples.
M. F. Marini recommande de planter le sumac en lignes à la distance de 0m,50 à 0m,60 en tous sens. Après la plantation qu'on opère en décembre ou janvier, on rabat les plants à 0m,30 au-dessus du collet. L'année suivante, on taille de nouveau en janvier ou en février, et on donne un labour à la houe. La récolte a lieu à la fin de juillet ou au commencement d'août.
Le sumac de Carini se vend sur place 18 fr. les 100 kilog. ; ceux de Malaga et de Porto ne valent sur les lieux de production que de 10 à 15 fr. le même poids.
En Algérie on le vend de 20 à 22 fr.
Pagt 302, — Bambou.
M. Hardy plante le bambou en Algérie depuis le 15 de mars jusqu'au 15 de mai.
Page 306. — Chicorée à café.
J'ai dit que la chicorée à café était très-épuisante. Au commencement de ce siècle la commission des hospices de Lille insérait la clause
suivante dans les baux qu'elle renouvelait : Le fermier n'ensemencera ni ne fera ensemencer aucune desdites parties de terre en chicorée, à peine de résiliation de bail.
Page 311. — Chicorée à café.
Les touraillons valent 3 fr. les 100 kilog.
La poudre de qualité supérieure se vend de 65 à 70 fr. les 100 kilog.
Page 315. — Moutarde.
La moutarde noire est très-cultivée dans le département du Bas- Rhin. On cultive à Strasbourg, et principalement dans le canton de Gevry, une sous-race à graine rougeâtre qu'on préfère à la moutarde noire parce que ses semences sont plus grosses.