STRUCTURE ET MOUVEMENTS DE QUELQUES AUTRES ESPÈCES DE DROSERA
Drosera anglica. — Drosera intermedia. — Drosera capensis. — Drosera spathulata. — Drosera filiformis. — Drosera binata. — Conclusions.
J'ai étudié d’autres espèces de Drosera dont quelquesunes habitent des pays fort éloignés; mon étude a porté principalement sur le fait de savoir si ces Drosera capturent ou non des insectes. Cet examen me paraissait d'autant plus nécessaire que les feuilles de quelques espèces diffèrent considérablement sous le rapport de la forme des feuilles arrondies du Drosera rotundifolia. Toutefois, on remarque fort peu de différences entre elles au point de vue de la fonction.
Drosera anglica (Hudson 1). — On m’a envoyé d’Irlande plusieurs feuilles de cette espèce de Drosera; ces feuilles sont très-allongées et s'élargissent graduellement à partir de la tige jusqu’au sommet qui se termine en une pointe grossière. Elles se tiennent presque droites; le limbe a quelquefois un pouce (2,54 centim.) de longueur, tandis que la largeur n’atteint que le 1/5 de pouce (0,51 centim. ) Les glandes de tous les tentacules ont la même conformation, de sorte que les glandes marginales extrêmes ne diffèrent pas des autres comme chez le Drosera rotundifolia. Quand on irrite ces glandes par des attouchements un peu rudes ou en les mettant en contact avec des parcelles inorganiques microscopiques, ou avec des matières animales, ou enfin en leur faisant absorber du carbonate d’ammoniaque, les tentacules s’infléchissent ; la base du tentacule est le siége principal du mouvement. On n’excite aucun mouvement chez les tentacules
1. M™* Treat a fait dans le American Naturalist., déc. 1873, p. 705, une excellente description du Drosera longifolia qui, sous bien des rapports, ressemble au Drosera anglica, au D. rotundifolia et au D. filiformis.
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en coupant ou en piquant le limbe. Ces feuilles capturent fréquemment des insectes, et les glandes des tentacules infléchis déversent alors d’abondantes sécrétions acides. J’ai placé des morceaux de viande rôtie sur quelques glandes et les tentacules se mirent en mouvement au bout d’une minute ou d’une minute trente secondes; au bout d’une heure dix minutes, les glandes avaient atteint le centre. J’ai placé sur cinq glandes, à l’aide d’un instrument qui avait été plongé dans l’eau bouillante, deux parcelles de liége bouilli, une de fil bouilli et deux petits morceaux de charbon tirés directement du feu; j'avais pris ces précautions superflues à cause des remarques faites par M. Ziegler. Une des parcelles de charbon provoqua une légère inflexion au bout de huit heures quarante-cing minutes, et l’autre au bout de vingt-trois heures; le morceau de fil et les deux morceaux de liége provoquèrent aussi un mouvement au bout du même laps de temps. Je touchai trois glandes six fois de suite avec une aiguille; un des tentacules s’infléchit considérablement au bout de dix-sept minutes, et se redressa au bout de vingt-quatre heures; les deux autres ne furent pas affectés. Le liquide homogène, contenu dans les cellules des tentacules s’agrége après que ces derniers se sont infléchis; il s’agrége surtout si on met les glandes en contact avec une solution de carbonate d’ammoniaque; enfin, j'ai observé les mouvements ordinaires dans les masses de protoplasma. Dans un cas, l'agrégation se produisit une heure dix minutes après qu'un tentacule avait transporté un morceau de viande au centre de la feuille. Il résulte clairement de ces faits que les tentacules du Drosera anglica se comportent de la même façon que celles du Drosera rotundifolia.
Si l’on place un insecte sur les glandes centrales, ou que l’insecte s'y pose naturellement, le sommet de la feuille se recourbe vers le centre. Par exemple, j'ai placé des mouches mortes sur trois feuilles près de la base du limbe; au bout de vingt-quatre heures, le sommet de ces feuilles, qui jusque-là était droit, s'était recourbé complétement, de façon à embrasser et à cacher les mouches; le sommet de la feuille avait donc décrit un angle de 180°. Au bout de trois jours, le sommet de la feuille et les tentacules commencèrent à se redresser. Toutefois, autant que j'ai pu m’en assurer, et j'ai fait de nombreux essais à ce sujet, les côtés des feuilles ne s’infléchissent jamais, ce qui établit une différence de fonction entre cette espèce et le Drosera rotundifolia.
Drosera intermedia (Hayne). — Cette espèce est tout aussi commune que le Drosera rotundifolia dans quelques parties de l’An-