ADOLPHE CARNOT
Membre de l'Institut.
Un Romain qui savait faire valoir ses terres et qui a écrit, il y a deux mille ans environ, un remarquable traité d'agriculture, Columelle, s'étonnait que l'on n'enseignât pas les travaux des champs, les soins à donner aux animaux domestiques, aux arbres fruitiers, aux vignobles, aux abeilles, etc., pendant que d'autres arts, moins utiles à ses yeux, étaient en grande faveur à Rome.
* Je vois partout, disait-il, des écoles ouvertes aux rhéteurs, « aux danseurs, aux musiciens; les cuisiniers et les barbiers « sont en vogue; mais, pour l'art qui fertilise la terre, il n'y a « rien, ni maîtres, ni élèves.... Et pourtant, quand même nous « viendrions à perdre ceux qui professent toutes ces choses, la « République pourrait encore avoir de beaux j.ours, car nos « ancêtres, qui ne connaissaient point ces études et n'avaient « même pas d'avocats, n'en furent pas plus malheureux; tandis « que la Société humaine ne saurait se passer d'agriculture. »
Certes, depuis cette époque, il a été fait de grands progrès, surtout pendant les derniers siècles. La science, qui a révolutionné l'industrie, a de même rénové l'agriculture ; elle a secoué la routine et porté la lumière dans les vieilles formules empiriques.
Nous ne pouvons plus dire, avec Columelle, qu'on n'enseigne pas l'agriculture ; car, depuis 3o ans, en une foule de points de notre territoire, il a été créé des écoles où peuvent s'instruire un grand nombre de nos futurs agriculteurs. L'enseignement agricole supérieur, fondé chez nous avec V Institut agronomique