LAVÉES ET SÉCHÉES
Trinidad 9 (i) . . .
Guayaquil
Guayaquil A
Trinidad 7 A
Caracas 2.
Trinidad 3
Soconusco
Criollo. .
Trinidad 6
San Thomé .
Caracas 3.
. Trinidad 2 A
Trinidad 2
Suriname.
Trinidad 7
' Caracas i
Trinidad 4
Forastero .
Trinidad i
Trinidad i A
Trinidad 4 A
Guayaquil A
On voit, en comparant les tableaux relatifs aux poids des cabosses et de leurs graines qu'il y a, suivant les provenances, une très grande diffé-
(i) Nous ne pouvons insister ici sur les caractères de ces formes, dont on trouvera une description dans le livre consacré, par MM. Chalot et Luc, au Cacaoyer au Congo français (Challamel, Paris, 1906). Ces dénominations n'ont d'ailleurs rien d'absolu : depuis le moment de leur première notation, ces plantes ont, semble-t-il, subi bien des modifications.
rence et qu'il est difficile de dionner des chiffres moyens pour les poids et la contenance des cabosses.
La culture du cacaoyer est une des cultures tropicales demandant le plus de soins; il faut, avant de se lancer dans Tinstallation d'une cacaoyère, bien étudier les conditions climatériques de la région; connaître les chutes d'eau, la température et le régime hygrométrique. Il ne faut pas oublier que le cacaoyer craint la sécheresse, surtout si cette condition défavorable se prolonge pendant un certain temps. D'ailleurs, l'habitat naturel des espèces du genre Theobroma, qui ne s'éloigne guère de l'Equateur, indique déjà les principales conditions de culture.
Il faut à cette plante une moyenne de température de 24 à 28**, la température ne descendant pas en dessous de 12", la moyenne des minima étant de 18 à 20^. Le cacaoyer demande une chute d'eau annuelle de 1,60 à 1,80 au minimum. Dans des régions qui ne possèdent pas ces conditions, le cacaoyer peut vivre, mais il ne pourra jamais servir de base à une exploitation lucrative.
Le cacaoyer s'élève généralement de semis . Mais, pour arriver à obtenir du cacao de bonne qualité, il faut éviter autant que possible le mélange de variétés dans une plantation ; lors de la création d'une nouvelle plantation, il faudra choisir soigneusement une variété et s'en tenir à celle choisie, afin de pouvoir faire fermenter régulièrement les graines.
Une fois la variété choisie, il est nécessaire de sélectionner les graines destinées à la multiplication dans les cabosses d'arbres forts et sains, donnant une bonne récolte de belle qualité.
Il ne faut pas oublier que, quelles que soient les variétés ou la variété que Ton importera, on aura toujours beaucoup à lutter contre les maladies; il faudra donner beaucoup plus de soins à ces arbres qu'à d'autres plantes de culture pérennante. Il est donc nécessaire d'avoir à sa disposition un personnel nombreux, et l'entretien de la plantation sera assez coûteux.
Étant forcé de donner à cette culture beaucoup de soins et d'y consacrer beaucoup d'argent, il semble rationnel de semer les graines de variétés produisant un cacao de première qualité, c'est-à-dire les variétés du groupe criollo.
Les premières qualités obtiennent toujours de meilleurs prix sur le marché et sont toujours moins sujettes aux fluctuations de prix que les qualités inférieures.
Comme la plupart des graines des régions tropicales, celles du cacaoyer perdent assez rapidement leurs propriétés germi natives. Le meilleur moyen de protéger les cabosses et de conserver les graines pendant au moins deux mois, est d'employer la paraffine; on enduira les fruits d'une couche d'au moins 2 millimètres d'épaisseur. Il faut, pour réussir cette opération, la faire très soigneusement. Après avoir détaché les cabosses de l'arbre, il est nécessaire de les laisser pendant 2 ou 3 jours à l'air, afin que, sur
une épaisseur de 2 millimètres environ, la couche externe du fruit soit de^ enue assez sèche; il suffit alors de plonger la cabosse dans la paraffine liquéfiée à 60", celle-ci se solidifiera en se refroidissant ; on pourra, si la couche n*est pas suffisante, en appliquer une seconde avec les doigts. Si Ton n'a pas soin de sécher les cabosses avant d'y appliquer la paraffine, celle-ci se boursoufle et se décolle; les agents de fermentation et les parasites peuvent facilement pénétrer dans les graines. Avant Tenvoi, .on emballera avec soin chaque cabosse dans une feuille de papier.
Le cacaoyer est un arbre à racine principale pivotante, descendant profondément dans le sol et munie de fort peu de racines latérales. Ce pivot est absolument nécessaire pour la stabilité de la plante qui, sahs le développement régulier de cet organe, est sujette à être renversée à la première tornade. Pour obtenir un bon pivot, il faudra d'abord, naturellement, planter en terrain bien défoncé et soigner ensuite l'écoulement régulier de l'eau dans le sous-sol.
On sèmera de préférence en place et, si le semis a été fait en pépinière, on effectuera la transplantation avant que le jeune cacaoyer soit âgé d'un an et en ayant soin de ne pas défaire la motte, afin d'éviter d'endommager l'extrémité du pivot.
Les graines seront avantageusement désinfectées avant le semis.
Pour le semis on place, en général, dans des poquets distants de iS centimètres environ et de 2 ou 3 centi mères de profondeur 2 ou 3 graines avec leur extrémité la plus épaisse vers la base. On recouvre la terre meuble de feuilles de bananier; on les écarte dès que la tigelle se montre audessus du sol. On laisse ordinairement persister la plante qui est de plus belle venue. La pépinière sera abritée et dans le début on fera même bien d'abriter les plates-bandes par une légère toiture en herbes ou en feuilles de palmier. A l'âge de 3 à 4 mois les plantes sont en état d'être mises en place. Si l'on doit transplanter en motte et si le terrain est très friable, on peut conseiller de placer le semis en paniers ceux-ci seront aisément mis en terre où ils pourriront rapidement.
L'ombrage est une chose essentielle pour la croissance régulière du cacaoyer dans le jeune âge et, à l'état adulte, il paraît nécessaire, du moins dans certains cas Une des meilleures plantes d'ombrage, pendant le début de la croissance, est le bananier. Celui-ci peut donner un rendement qui diminuera, dans une certaine mesure, les frais d'établissement de la plantation. Les tiges de bananier laissées sur le sol constitueront un engrais potassique, donnant au terrain un des éléments dont le cacaoyer a le plus besoin, comme l'ont démontré, à Maurice, les recherches de M. Boname.
Comme nous l'avons dit, le planteur devra veiller le plus possible, s'il veut obtenir de bonnes récoltes et s'il veut éviter la dépréciation de la marchandise, à ce qu'il ait dans la plantation une seule et même variété. Si donc, dans une plantation existante, le planteur reconnaît la présence de plusieurs variétés, il devra supprimer certaines variétés et avoir soin d'en trier les graines et de les faire fermenter séparément.
Pour faire une plantation de cacao, il faudra choisir de préférence
Fig. 33. — PÉPINIÈRES DE CACAOYERS
A Temvo (Mayumbe, État Indépendant du Congo).
Fig. 34. — Cacaoyers en pépinières a Temvo (Mayumbe, État Indépendant du Congo).
des terrains humides dans des vallées abritées, surtout quand on se trouve dans des régions où la chute d*eau est faible et pas très régulière.
Une autre question a encore son importance c'est celle du greffage du cacao sur lequel nous ne pouvons pas insister ici. 11 faut également mentionner la taille; elle p^ut, bien conduite, donner des résultats appréciables.
Le bananier est. pour la culture du cacaoyer, un abri provisoire, et il faudra le remplacer par des abris permanents. On emploiera, à cet effet, des Légumineuses diverses, ou Tune ou Tautre des plantes de la liste suivante :
Andira inermis ou Angelia : Glyciridia sepium ; Erythrina umbrosa ou Immortelle; Cedrela odorata ou acajou; des Myristica ou muscadiers; VAlbizzia Lebbek ou bois noir; le Pithecolobium saman; VHura crepitans, VArtocarpus ou arbre à pain ; le Bixa, les Itiga, les Anona, ou encore les Casiilloa et le Manihot Glaziovii qui fournissent du caoutchouc.
Parmi ces espèces, VErythrina^ appelé parfois « mère du cacao », mérite de fixer particulièrement Tattention du planteur. En effet, cette espèce qui fleurit abondamment, laisse tomber sur le sol une quantité considérable de fleurs qui renferment de 3 à 6 p. c. d'azote rendu au sol.
M. le Prof. Carmody, de la Trinidad, a pu calculer que :
2S0 cacaoyers y produisant Soo livres de cacao, contiennent 2.5 p. c. d'azote, soit I2,S livres d'azote.
So immortelles, produisant 800 livres de fleurs, contiennent au moins 3 p. c. d'azote, soit 24 livres d'azote.
Ces Erythrina seront donc très utiles dans cette culture, car enlevant pour leur développement au sous-sol une notable quantité d'azote, ils en rendent à la surface presque le double de celle enlevée par la récolte. Le planteur de cacao aura donc avantage à se servir de cet arbre d'abri.
Malgré cet avantage, tous les agronomes coloniaux n'acceptent pas la nécessité absolue de l'ombrage et, sans nier l'importance des Erythrina et autres plantes enrichissant le sol en azote, ils considèrent, probablement avec raison, que c'est à la suite d'un ombrage excessif et irrationnel que l'on a eu à déplorer le développement de maladies parasitaires, les Krulloten ou balais de sorcières, dans les Indes occidentales Néerlandaises par exemple.
Il ne s'agit, bien entendu, nullement de l'ombrage pendant les premières phases du développement, le jeune cacoyer comme les autres plantes ne supporte guère pendant la journée l'action directe du soleil.
Dans tous les pays, sauf à la Nouvelle-Grenade, le cacaoyer est cultivé sous ombrage. A Suriname, VErythrine glauca sert généralement de porte-ombre. Cet arbre se développe très facilement et se multiplie très bien par boutures. Parmi les inconvénients de cette espèce, citons la formation rapide d'une vaste couronne qui peut donner trop d'ombre si on ne taille pas régulièrement; beaucoup d'épiphytes, tels des Broméliacées, s'attachent aux branches de V Erythrina; ces branches, offrent couvertes de
cette végétation prise au grand vent, et brisées elles peuvent être jetées sur les cacaoyers qu'elles endommagent. Une plante, connue à Suriname sous le nom de Zwarte Koffemama (mère noire du caféier), est considérée dans certaines régions comme plus favorable; dans d'autres régions, cependant, la croissance de cette espèce, que d'aucuns comptent comme variété de la première, n'est pas aussi rapide, et son ombrage paraît insuffisant pour le cacaoyer. On plante actuellement cacaoyers et Erythriva beaucoup plus espacés qu'on ne le faisait dans le temps; les cacaoyers s^ plantent de i8 à 24 pieds et les Erythrina de 40 à 5o pieds de distance.
En septembre et octobre, après floraison, VErythrina laisse tomber ses feuilles; en novembre commence la nouvelle feuillaison. A Trinidad, les travaux des agronomes et chimistes ont démontré que les feuilles et les fleurs rendues à la terre enrichissaient celle-ci d'une forte dose de matières azotées, et formaient sur le sol une couche d'humus des plus favorable à la culture.
D'après les remarques de M. van Hall, lombrage à Trinidad serait moins compact qu'à Suriname, bien que les plantations soient plus serrées, cela proviendrait non seulement du fait que d'autres Erythrina sont employés comme arbre d'ombrage, mais probablement de ce que le sol est plus léger à Trinidad, et que les plantes d'une même espèce forment à Trinidad une couronne moins dense. Chaque pays producteur emploie pour ainsi dire d'autres espèces, toutes de la famille des Légumineuses, mais ce sont les représentants du genre Erythrina qui sont le plus généralement usagés.
Il n'est guère question, dans les pays producteurs de cacao, de restitution au sol de principes chimiques, et M. van Hall se demande si, sauf quelques rares exceptions, même dans le cas d'une main-d'œuvre très économique, cette précaution pourrait donner des résultats.
Comme nous le rappelions plus haut, à Trinidad la culture du cacaoyer se fait sans ombrage; au début elle avaii été faite sous ombrage; mais il y a une dizaine d'années, les planteurs ont acquis la conviction que cet ombrage fait plutôt du mal que du bien. Les plantations de Trinidad sont relativement peu étendues : on plante serré à 9-12 pieds de distance. Au début, on plante des bananiers qui sont enlevés totalement dès l'âge de trois ans ; parfois au début on intercale aussi dans les cultures des plantes vivrières Dès la plantation des jeunes cacaoyers, on soigne particulièrement l'entretien du sol, les uns retournant tous les ans assez profondément le sol, les autres faisant briser superficiellement seulement l'adhérence des particules de terre, prétendant qu'un travail profond du sol est utile seulement si les plantes ne sont pas très saines. Dans cette région on fume fortement avec du fumier d'étable (bêtes à cornes et moutons). On considère cet engrais comme si nécessaire que, pour l'avoir sous la main en quantité suffisante, pour chaque surface de 4 acres plantés en cacaoyers, on en laisse un en prairie.
Le bétail est conservé pendant la journée entière dans un enclos, de sorte que peu de fumier est perdu Dans ces conditions, on voit, à la Grenade, le cacaoyer produire pleinement dès l'âge de 5 à 6 ans. En
moyenne, la production atteint 3So kilos par acre, et dans les cultures les mieux entretenues on peut obtenir 5oo et même 65o kilos par acre.
Quant à la taille, Topinion des planteurs de la Grenade varie autant qu'ailleurs : les uns taillent fortement, les autres se contentent d'enlever les gourmands.
Cette culture rappelle donc plus ou moins la culture des arbres fruitiers telle qu'elle se pratique dans les régions plus tempérées ; elle se différencie surtout de la culture du cacaoyer dans les autres régions tropicales par les soins donnés au sol.
Actuellement, deux plantations guyanaises, « Margarethenburg » à Nickerie (140 acres de cacaoyers de 3o ans) et Cottica (quelques acres de jeunes cacaoyers), possèdent des cacaoyers mis en culture sans ombrage ; il existe probablement déjà dans d'autres régions tropicales des plantations similaires.
On considère le plus généralement l'influence des arbres d'ombrage comme agissant surtout pour protéger les cacaoyers contre l'ardeur du soleil qu'ils ne pourraient supporter ; certes, on cite comme avantage de l'ombrage la lutte contre l'érosion, la non déperdition des éléments du sol, l'augmentation de la teneur en azote et en humus, mais cela semble pour certains auteurs très secondai le, et M, le docteur Preuss, lui-même, estimait que, si la culture du cacaoyer pouvait se faire à la Grenade sans arbre d'ombrage, c'était grâce à l'état de l'atmosphère très chargée de nuages et à la forte chute d'eau répartie très également pendant toute l'année; si l'on examine un tableau de la chute d'eau dans les diverses régions à cacao, on voit que, dans cette région, cette chute d'eau n'est pas plus forte ni plus régulière que dans d'autres pays où la culture s'est toujours faite avec ombrage.
Sans entrer dans le détail des opinions des divers auteurs, on pourrait résumer comme suit les actions bienfaisantes de l'ombrage :
I** Les arbres protègent feuilles, rameaux et tronc contre un éclairage trop intense ;
2** Pendant la saison sèche, ils empêchent, par l'ombrage, le dessèchement du sol ;
3® Ils protègent les cacaoyers contre le vent ; *
4° Grâce au développement considérable de leur système radiculaire, ils conservent au sol sa mobilité;
5** Ils enrichissent le sol en azote.
De ces cinq avantages, le premier est nul pour M. van Hall ou, du moins, ne peut être considéré comme favorable; le second n'existe pas; d'autres avantages sérieux existent.
L'action de l'ombrage sur le sol a été étudiée au point de vue des cultures européennes par M. Wollny, et des conclusions qu'il a pu énoncer, les suivantes ont quelque intérêt au point de vue colonial :
lo La température d'un sol recouvert de végétation, ou d'une couche de paille, engrais, etc., est plus haute en hiver que celle d'un terrain non
couvert; par contre, elle est plus fraîche en été : le sol est donc moins soumis à des variations de température ;
2** Un sol recouvert de végétation est moins humide qu'un sol qui en est privé, et cela par suite de Tévaporation qui se fait par toute la surface des plantes;
3® La structure du sol se conserve beaucoup mieux sous une couverture que dans un sol nu.
Le I*» et le 2** sont également admis par tous les forestiers pour ce qui concerne les plantes d'une forêt ; tous ces derniers admettent que, sous le couvert de la forêt, la structure favorable du sol est mieux conservée, le soleil et le vent décomposant facilement Thumus.
L'action favorable de l'ombrage sur le sol, qui se manifeste dans la région tempérée, est encore plus nette dans les régions tropicales où le soleil est plus vif et où les écarts de température entre un sol ombragé et un sol nu sont plus considérables. On peut admettre du moins à Suriname la règle que, dans les régions tropiclaes, la température d'un sol ombragé, est pendant le jour, beaucoup plus basse, et pendant la nuit, un peu plus haute que celle d'un sol non ombragé.
Dans ces régions, l'ombrage aura donc l'indiscutable avantage d'empêcher la destruction de l'humus.
Or, un sol riche en humus a pour la culture des avantages que l'on peut résumer :
i« Le pouvoir de rétention de l'eau est plus considérable et le dessèchement par la suite est moins rapide;
2° L'élasticité du sol est augmentée : pendant la période humide lo sol devient moins compact; pendant la période sèche il se crevasse moins;
3° Le sol conserve sa mobi ité et sa porosité et facilite la croissance, tout en permettant les échanges gazeux et la nitrification ;
40 Le sol est plus apte à absorber les matériaux nutritifs qui peuvent être facilement assimilés.
Un des grands avantages des arbres d'ombrage dans la culture du cacaoyer, c'est la protection qu'ils donnent aux plantes en les abritant contre le vent; nous résumerons les autres comme suit :
1° Les arbres d'ombrage agissent comme brise- vents ; les cacaoyers sont beaucoup plus sensibles au vent que les caféiers; et si dans tous les cas les résultats de la suppression des arbres d'ombrage ont été si néfastes, c'est que les cacaoyers n'étaient plus protégés contre les vents ;
2° Les arbres d'ombrage enrichissent le sol en humus, grâce. aux feuilles qui tombent; tous les arbres ne donnent pas un humus équivalent, celui fourni par ÏErythrina cultivé à Suriname est un des meilleurs;
3° Les arbres d'ombrage ameublissent le sol par leur système radiculaire; les Légumineuses possèdent cette propriété au plus haut degré;
4** Les arbres d'ombrage enrichissent le sol en azote; c'est là encore une propriété qui appartient surtout aux Légumineuses ; pour cette raison on a donné partout la première place aux arbres de cette famille.
Il est indiscutable que les diverses espèces de plantes demandent une intensité différente de lumière, et qu'une certaine dose concourt le mieux au développement ; il y a là un optimum dont nous ne connaissons pas la valeur ; il varie probablement suivant les autres conditions de milieu.
M. VAN Hall pense, et nous croyons qu'il a grandement raison, que beaucoup de plantes de grande culture, considérées comme exigeant l'ombrage, tels le poivrier, le cacaoyer et le caféier, peuvent être cultivées très bien sans ombrage, et même se développer mieux, si la culture est soignée et si le sol est conservé en bon état.
Le cacaoyer et le caféier donnent de plus forts rendements quand ils sont privés d'ombrage, et ils commencent à produire beaucoup plus tôt; la durée de la production est, il est vrai, raccourcie, mais cela n'est pas défavorable, car la production totale est augmentée.
M. le docteur van Hall arrive donc tout naturellement à la conclusion que la croyance générale, d'après laquelle le cacaoyer ne peut supporter la pleine lumière du soleil, est inexacte, mais, au contraire, il faut admettre que si l'ombrage du cacaoyer est défavorable, l'ombrage du sol par contre est très favorable
Une plantation, pendant longtemps ombragée, ne supporterait naturellement pas la suppression brusque de l'ombrage; les arbres s', abituent à une certaine quantité de rayons solaires, ils sont constitués suivant la lumière qu'ils reçoivent; une augmentation de rayons amène des perturbations et souvent des maladies graves.
Comment faut-il cultiver le cacaoyer sans arbres d'ombrage et remplacer les bénéfices que l'on pourrait retirer de leur présence? Comme nous l'avons rappelé, les avantages sont : apport d'humus, conservation de ce dernier, mobilité du sol, augmentation d'azote, abri contre les vents.
Il faudra donc, si l'on désire cultiver sans ombrage, apporter des matières capables de donner de l'humus, conserver au sol sa structure et abriter les plantes.
Par l'apport d'engrais de ferme, on pourra remplacer l'humus, constitué par les feuilles; par un travail approprié on pourra maintenir au sol sa structure et des arbres utihsables pourront être employés comme brisevents. Mais ces conditions ne peuvent se trouver partout ; à Suriname, par exemple, où le sol n'est pas approprié pour la formation de prairies et l'élève de bétail, la main-d'œuvre est très chère ; on ne pourra se passer d'ombrage que, si l'on trouve un biais permettant de conserver au sol toutes ses propriétés et de faire bénéficier les planteurs des avantages de la culture en plein soleil ; ceux-ci sont, nous le rappelons : rapidité de production et très forte production.
A Suriname, les essais ont été faits en intercalant entre les cacaoyers des Légumineuses herbacées.
Les essais tentés à Margarethenburg et dans de petites plantations à Cottica peuvent être considérés comme assez réussis, mais à côté de ces résultats heureux, dont les raisons sont encore très obscures, il y a eu de très nombreux insuccès.
Parmi les Légumineuses herbacées que l'on a choisies pour essayer de
remplacer les arbres, citons le Cajanus indiens et le Mucuna pruriens var. ulilis ou. « Velvetbean » des Anglais; de nombreux essais faits au Jardin de Suriname ont démontré que cette dernière espèce produit beaucoup de feuilles et recouvre bien le sol. Le Cajanus produit également assez bien d*humus, mais cet humus ne possède pas, semble-t-il, les qualités de celui produit par YEryihrina,
Bien que ces expériences ne soient pas encore totalement concluantes, le travail du sol, opéré avant le semis de Légumineuses intercalaires, a eu le meilleur effet; elles prouvent déjà que, dans la culture du cacaoyer sans ombrage, il faut, en tout premier lieu, bien améliorer le sol.
A la plantation « Susanna's Daal » on a établi un autre essai : la culture du cacaoyer dès le jeune âge avec le Cajanus indiens.
On peut donc conclure :
I** Le cacaoyer peut très bien être cultivé en plein soleil; il donne même dans ces conditions une production plus forte;
2** La valeur des arbres d'ombrage réside dans Tamélioration de la structure du sol, qu'ils amènent par le maintien d'une température fraîche, en empêchant la désorganisation rapide de l'humus, en apportant de l'humus par les feuilles, en augmentant la mobilité du sol par le sj'stème radiculaire et en enrichissant le sol en azote. Les arbres d'ombrage rendent également des services comme abris contre le vent et, si Ton veut cultiver le cacaoyer sans ombrage, il faudra obtenir d'une autre manière les améliojrations citées plus haut; cela peut être obtenu comme à la Grenade en apportant des engrais en forte dose et en travaillant le sol, ou en faisant des cultures intercalaires de plantes parmi lesquelles les Légumineuses sont à conseiller;
4** De cette manière, la culture du cacaoyer sera une culture plus intensive, exigeant plus de frais d'entretien, mais donnant également un meilleur rapport ;
5* La praticabilité de cette méthode culturale dépend naturellement des conditions locales : sol et main-d'œuvre.
A la question de l'ombrage ainsi comprise se rattache, tout naturellement, pour le cacaoyer celle aussi importante de l'emploi d'engrais, question relativement encore peu étudiée, mais qui doit être prise en considération, car d'elle dépend, dans les régions tropicales comme dans nos régions tempérées, l'avenir des cultures, sources des vraies richesses coloniales.
Pour se rendre compte de la plus ou moins grande nécessité de l'apport d'engrais dans cette culture, il est nécessaire de se faire une idée de la quantité de substances que les graines exportées enlèvent au sol. Les analyses ci-dessous dues à M. Bonâme, indiquent ce que prennent au sol i,ooo kilos de graines de cacao sèches; pourob tenir ces i,ooo kilos il faut, d'après M. Bonâme, 8,i3o kilos de fruits.
Graines Cabosses entières
Acide phosphorique Kilos 6,348 9,142
Acide sulfurique 1,080 4,191
Chlore o,o85 0,451
Chaux 0,934 5,100
3,ll8
traces
Magnésie
Potasse
Soude
Oxyde de fer
Silice
Acide carbonique
Matières minérales totales
Azote
On enlève donc surtout de la potasse et de Tacide phosphorique; ces chiffres montrent également qu'en rendant au sol comme engrais une partie du fruit, on lui rend une forte proportion de potasse.
On peut encore conclure de ce tableau que le cacaoyer n'est pas particulièrement exigeant sur la richesse du sol, la récolte d'un hectare de cacaoyers (600 kilos de graines riches) n'enlèverait au sol que 3 kil. 804 d'acide phosphorique et 5 kil. 870 de potasse. Mais cela ne veut pas dire que l'apport d'engrais soit totalement inutile.
M. R. D. Anstead, du Département de l'Agriculture de la Grenade, a attiré récemment l'attention sur le tort qu'ont certains planteurs de brûler les feuilles du cacaoyer. Comme il le fait très justement ressortir, les cacaoyers sont des plantes qui demandent beaucoup d'humus ; en brûlant leç feuilles, on perd la plus grande partie de l'azote qui y est contenu ; il vaut donc mieux les enterrer. Nous sommes complètement de l'avis de l'agronome de Grenade, si les feuilles sont saines ; si elles sont attaquées par des Champignons, on devra les brûler, même en perdant une substance utile. On la ramènera dans le sol, par exemple par l'emploi d'un engrais vert.
De nombreuses expériences sur l'action des engrais ont été faites dans ces dernières années ; parmi celles-ci il convient de citer celles du Prof. Wohltmann, installées à Victoria (Cameroun). Nous signalerons, en particulier, les résultats obtenus avec le cacao de Victoria, un ameîonado, ayant leçu les engrais suivants.
La dose indiquée convenant à un arbre :